Groupe
de discussion thématique D'ADF IV sur le secteur privé
et la gouvernance
Note de synthèse
Introduction
Dans toute économie
moderne, le rythme de développement du secteur privé
est largement tributaire des normes en vigueur en matière
de gouvernance des entreprises. Ces normes sont toutefois
particulièrement importantes dans les pays africains
car il est nécessaire d'y attirer l'investissement
étranger. Bien que de nombreux autres facteurs entravent
les mouvements de capitaux vers l'Afrique (par exemple, l'insuffisance
des données relatives aux perspectives commerciales
au niveau local), l'un des principaux obstacles est la perception
généralement négative de la gouvernance
des entreprises dans les pays africains, par rapport à
celle qui existe dans d'autres destinations d'investissement
potentielles.
Le Nouveau Partenariat pour
le développement de l'Afrique (NEPAD), qui préconise
dialogue et partenariats dynamiques entre secteurs public
et privé pour faire avancer une culture de la production
à valeur ajoutée, vient à point nommé.
De lourds investissements en main-d'_uvre à tous les
niveaux et des relations d'affaires mutuellement avantageuses
sur les plans continental et international seront toutefois
nécessaires pour y parvenir. Les objectifs du Partenariat
sont notamment :
- La formation d'associations
du secteur privé africain solides, mettant spécialement
l'accent sur le développement de petites et moyennes
micro-entreprises;
- L'établissement
entre secteurs public et privé de partenariats plus
spécialisés et mieux intégrés
pour promouvoir des stratégies de développement
nationales et régionales;
- La collecte d'informations
fiables et sûres et la mise en place d'interfaces
analytiques entre le secteur privé africain, les
entreprises et les capitaux internationaux et le secrétariat
du NEPAD ;
- La collecte de données
d'actualité crédibles, structurées,
complètes et exploitables concernant les possibilités
commerciales pour favoriser le développement du secteur
privé ;
- L'orientation des efforts
d'intégration régionale sur l'établissement
d'une capacité productive au lieu d'accorder une
importance excessive aux échanges.
Dans le mémorandum
d'accord du Mécanisme d'évaluation intra-africaine,
adopté en mars 2003 lors du sixième sommet du
Comité des chefs d'État et de gouvernement chargé
de la mise en _uvre du NEPAD, sont passés en revue
les problèmes auxquels fait face le continent en matière
de gouvernance des entreprises. On y reconnaît le besoin
d'ouverture du commerce international en Afrique et la nécessité
de nouveaux partenariats entre le gouvernement, le secteur
privé et la société civile. Des codes
et des normes prioritaires sont conçus pour favoriser
l'efficacité des marchés, la maîtrise
des dépenses excessives, la consolidation de la démocratie
et l'accroissement des flux financiers privés dans
des domaines comme les politiques monétaires et budgétaires,
la transparence financière et budgétaire, la
gestion de la dette publique, la gouvernance des entreprises,
les normes internationales de comptabilité et de vérification
des comptes et le contrôle effectif du secteur bancaire.
S'agissant de la gouvernance
des entreprises, il s'agit principalement de : a) mettre
en place un cadre réglementaire efficace et un environnement
propice aux activités économiques ; b)
faire en sorte que les entreprises respectent les droits de
l'homme, assument leur responsabilité sociale et veillent
à la viabilité de l'environnement ; c)
promouvoir l'adoption de codes d'éthique commerciale
(par exemple, les codes Cadbury et King) pour atteindre les
objectifs de l'organisation ; d) veiller à ce
que les entreprises traitent tous leurs partenaires (actionnaires,
employés, communautés, fournisseurs et clients)
de façon juste et équitable ; et e) faire
respecter l'obligation redditionnelle des entreprises, notamment
de leurs directeurs.
Face à la demande de
bonne gouvernance, la table ronde Africa Business Round Table
(ABR) met au point, avec l'assistance de plusieurs organisations
et institutions internationales, un système d'évaluation
permettant de juger les critères d'admission en vue
de l'octroi d'un label de bonne gouvernance des entreprises.
Ce projet vise à établir, à l'échelle
du continent, des normes de bonne gouvernance des entreprises
qui s'appliquent à toute la sphère commerciale.
L'objectif est de définir des normes appropriées,
de les faire approuver, de former les entreprises à
leur utilisation et de vérifier leur respect. Lorsqu'il
sera pleinement mis en _uvre, le projet devrait donner aux
entreprises privées africaines un point d'accès
privilégié aux marchés internationaux
ainsi que la possibilité d'attirer des flux importants
d'investissement étranger direct et d'établir
des partenariats stratégiques avec des entreprises
de niveau international, et il devrait devenir une caractéristique
centrale du NEPAD.
Objectif du groupe de discussion
thématique
L'objectif du groupe de discussion
thématique sur le secteur privé et la gouvernance
est de définir les processus et structures nécessaires
à la création d'une architecture de la gouvernance
des entreprises qui favorise un secteur privé fort
et dynamique. Le groupe examinera les plans directeurs et
les cadres réglementaires, les moyens de lutter contre
la corruption, les normes et les codes de conduite des entreprises
et les partenariats entre secteurs public et privé.
Principaux thèmes
1. La fixation des normes
Tout système qui vise
à évaluer formellement la qualité de
la gouvernance des entreprises en Afrique doit réaliser
l'équilibre entre la rigueur nécessaire et l'applicabilité
des normes qu'il prévoit. D'une part, la méthode
d'évaluation doit être suffisamment rigoureuse :
les investisseurs étrangers potentiels doivent être
convaincus qu'une évaluation positive est justifiée
et fiable. D'autre part, le système doit veiller à
ce que ses exigences soient justes et raisonnables, en tenant
compte des capacités réelles des entreprises
africaines et en veillant à ce que le respect des exigences
imposées ne soit pas trop difficile à vérifier.
On doit donc se poser les questions suivantes :
- Comment un tel équilibre
peut-il être réalisé ? L'initiative
de la table ronde africaine peut-elle servir à cet
égard ? Quelles propositions spécifiques
devrait-elle adopter ?
- Y a-t-il un risque que
les entreprises ne soient pas suffisamment motivées
pour respecter les normes fixées ? Que montre
l'expérience jusqu'à présent ?
- Comment peut-on évaluer
de façon juste et raisonnable la mesure dans laquelle
les pays respectent les normes de gouvernance des entreprises ?
- De façon plus générale,
quand convient-il de chercher à remédier à
la médiocrité de la gouvernance au moyen de
systèmes d'incitations et quand faut-il imposer des
sanctions pénales ?
2. Le rôle des gouvernements
Il est généralement
admis aujourd'hui que la principale tâche des gouvernements
en ce qui concerne l'économie nationale est de fournir,
dans la mesure du possible, un environnement macroéconomique
stable pour stimuler un développement économique
et social durable. Certaines questions d'interprétation
peuvent toutefois se poser.
- Reconnaît-on suffisamment
combien il importe d'améliorer les normes de gouvernance
des entreprises ? Dans le cas contraire, comment peut-on
y veiller ?
- Quelles sont les mesures
spécifiques indispensables pour stimuler l'investissement
national et étranger ?
- Dans quelle mesure les
gouvernements africains peuvent-ils assurer les conditions
matérielles et techniques préalables à
la bonne gouvernance des entreprises ou contribuer à
la réunion de ces conditions ?
- Que peut-on faire d'autre
pour lutter contre la corruption ?
3. La perspective intra-africaine
L'un des nombreux facteurs
contribuant à la faiblesse du commerce inter-États
en Afrique est l'inefficacité des politiques nationales
dans les domaines de l'accès aux marchés, de
la politique des prix et des mécanismes d'incitation.
Le problème le plus notable est l'absence de mécanismes
réglementaires simplifiés, harmonisés
et facilement applicables pour intégrer les transactions
et les échanges transfrontières. Il convient
de répondre de toute urgence aux questions suivantes :
- Comment le commerce et
l'investissement intra-africains peuvent-ils être
développés rapidement au-delà des protocoles
régionaux ?
- Si, comme l'expérience
de l'Union européenne donne à penser, l'harmonisation
des politiques est une condition préalable indispensable
à une bonne gouvernance des entreprises au niveau
régional, quels sont les défis que le continent
africain doit relever à cet égard ?
Conclusion
Tels sont certains des thèmes
que le groupe de discussion thématique devra examiner
avant la tenue d'ADF IV en octobre 2004. L'opinion du groupe
sur les principaux domaines de préoccupation et le
consensus dégagé sur les mesures à recommander
orienteront les délibérations en plénière,
avec d'autres parties prenantes et certains chefs d'État,
pendant le Forum lui-même.