Groupe
de discussion thématique d'ADF IV sur les médias
et la gouvernance
Note de synthèse
Introduction
La bonne gouvernance est peut-être
le facteur le plus déterminant du développement.
Une gouvernance qui échoue empêche le progrès
alors qu'une gouvernance réussie l'accélère.
Un État bien gouverné est fondamentalement un
"État compétent". Ainsi, l'incapacité
de l'Afrique de concrétiser son potentiel pendant les
trente dernières années peut être imputée,
dans une grande mesure, à des "États incompétents"
: incapables de s'acquitter de leurs responsabilités
et caractérisés par des niveaux élevés
de corruption et d'insécurité politique et personnelle,
de faibles niveaux d'investissement national et étranger,
un système judiciaire partial, un secteur privé
national muselé, des taux de croissance faibles et
une aggravation des niveaux de pauvreté.
Alors qu'il y a dix ans le
besoin de bonne gouvernance était un sujet tabou qu'on
ne pouvait aborder avec les dirigeants et les gouvernements
africains, on reconnaît désormais de plus en
plus, même aux niveaux les plus élevés,
qu'il est nécessaire d'instaurer des États compétents.
Au demeurant, dans le Nouveau Partenariat pour le développement
de l'Afrique (NEPAD), la bonne gouvernance est citée
comme l'un des principes fondamentaux de cette initiative.
Mais il convient de veiller à ce que ce soit une réalité.
Les médias ont un rôle crucial à jouer
à cet égard car la démocratie ne peut
fonctionner au mieux sans des médias libres et informés.
Objectif du groupe de discussion
thématique
L'objectif du groupe de discussion
thématique d'ADF IV sur les médias et la gouvernance
est d'examiner le rôle actuel des médias africains
(sous toutes leurs formes : médias d'État, privés
ou publics ; non gouvernementaux, nationaux et communautaires;
organes de radiodiffusion, médias écrits et
Internet) dans la promotion de la bonne gouvernance. Le groupe
s'intéressera en particulier au rôle des médias
dans la création et la préservation d'une "société
ouverte" dynamique et bien informée et d'une culture
démocratique améliorée grâce à
la transparence et à la responsabilité, à
l'amélioration du sort des « sans voix »,
à la promotion du dialogue et à la fourniture
d'un espace dans lequel la liberté d'expression peut
être exercée et où le public peut participer
à l'élaboration des politiques. Le groupe comparera
également les meilleures pratiques suivies sur le continent.
Principaux thèmes
1. Transparence et obligation
redditionnelle
Les médias ont un rôle
important à jouer pour dénoncer la corruption
et les abus de pouvoir, défendre les droits de l'homme
et veiller à la transparence de la démocratie
grâce à un contrôle effectif des élections.
Des progrès manifestes ont été réalisés
dans certains pays d'Afrique au cours des dix dernières
années, mais certaines questions se posent encore :
- Quel est le rôle
des médias en Afrique au XXIe siècle ? Devraient-ils
se satisfaire d'un rôle d'observation et de facilitation
ou devraient-ils assumer un rôle plus militant ?
- Les médias sont-ils
actuellement capables de présenter avec efficacité
au public des informations exactes et objectives ?
- Quelles sont les conditions
nécessaires pour que les médias aient la possibilité
de tenir les dirigeants politiques responsables de leurs
actes ?
- Peu de pays disposent de
lois relatives à la liberté de l'information.
Dans quelle mesure ces lois sont-elles nécessaires
pour permettre aux médias de remplir leur rôle?
Quel message doit-on transmettre aux dirigeants et aux décideurs
à ce sujet ?
2. Médias d'État,
privés et publics : tout un monde de différences?
Une part énorme des
médias en Afrique appartient encore à l'État.
Cela dit, un nombre croissant d'organisations de médias
relèvent du secteur privé. Ce plus grand pluralisme
a souvent été loué comme une fin en soi.
Or, il importe désormais de se demander si la propriété
privée pourra toujours promouvoir la bonne gouvernance
et l'"intérêt général".
Il y a lieu de se préoccuper d'une tendance à
louer sans réserve les médias privés,
en particulier à la lumière des nombreux problèmes
de viabilité, de transparence et de responsabilité
qui affectent le secteur naissant des médias privés
dans de nombreux pays. La question est donc de savoir si la
croissance des médias "privés" suffit
ou s'il est également nécessaire de développer
des médias "publics" indépendants
et efficaces en Afrique. Les questions ci-après doivent
être étudiées :
- Quel est exactement le
degré de liberté et d'indépendance
des médias africains aujourd'hui ? Dans quelle mesure
celui qui paie les violons peut-il choisir le morceau ?
La source de financement est-elle le facteur primordial
de l'indépendance de la rédaction et de l'esprit
de corps ?
- Les médias "d'État"
et "publics" sont foncièrement financés
par les mêmes moyens (redevance, budget de l'État,
etc.). Quelles sont alors les différences fondamentales
?
- Les médias sont
des entreprises commerciales qui doivent dégager
un bénéfice. Les intérêts commerciaux
deviennent-ils trop puissants dans le marché des
médias africains ?
- Comment peut-on faire en
sorte que les médias privés fournissent les
informations de qualité nécessaires pour l'intérêt
général ?
3. Diversité et
participation au dialogue
On insiste désormais
sans cesse sur l'importance de la participation d'une vaste
gamme de partenaires au processus de développement.
Il est également prouvé que la participation
populaire à des décisions locales et nationales
contribue à améliorer la qualité des
projets gouvernementaux. Dans certaines études de cas,
l'accent nouvellement mis sur la participation des défavorisés
à la formulation des politiques en matière de
réduction de la pauvreté et de développement
aurait permis de donner la parole à ceux-ci, ce que
n'ont pas réussi à faire des institutions démocratiques
au macroniveau, comme le parlement national. Il est évident
que la participation doit être intégrée
dans le système de gouvernance à tous les niveaux
pour asseoir le développement durable. Dans ce contexte,
les médias doivent se poser les questions ci-après :
- Les médias parviennent-ils
à stimuler le débat nécessaire sur
les politiques économiques et sociales ? Ont-ils
la capacité d'analyser les problèmes ? Sont-ils
suffisamment informés pour poser les questions qui
comptent aux décideurs ?
- Les médias africains
sont-ils capables de présenter clairement les problèmes
au nom des « sans voix » ? Ces derniers
ne devraient-ils pas s'exprimer et se faire entendre eux-mêmes
? Comment les médias peuvent-ils y contribuer ?
- Les médias ont-ils
un rôle de facilitation du dialogue entre toutes les
franges de la société ?
- Que peuvent faire les médias
pour que le discours national soit plus ouvert ?
- Les médias sont-ils
conscients des besoins des différentes franges de
la société en matière d'information
?
- Incombe-t-il aux médias
de chercher activement à donner la parole aux « sans
voix » ?
4. Accès à
la profession
Dans de nombreux pays d'Afrique,
l'État continue à avoir un contrôle direct
ou indirect sur les médias et sur ceux qui peuvent
exercer le métier de journaliste. La plupart des journalistes
estiment toutefois que, bien qu'un professionnalisme strict
et une conduite respectueuse de l'éthique soient indispensables
pour des médias responsables et dynamiques, ce ne devrait
pas être au gouvernement de décider qui peut
être journaliste. Les médias doivent donc se
demander ce qui suit :
- Qui surveille les vigiles
? Quel est le meilleur moyen de veiller à ce que
les médias n'abusent pas de leur pouvoir ? Comment
peut-on tenir les médias responsables de leurs actions
?
- Doit-on parfois, et si
oui dans quel cas, empêcher certaines personnes de
travailler dans la profession ?
- Comment peut-on faire respecter
les normes minimales de professionnalisme ?
- Les associations indépendantes
et les syndicats de journalistes jouent-ils le rôle
voulu pour promouvoir la responsabilité dans les
médias ?
- Quel est le meilleur exemple
d'autodiscipline en Afrique ?
Conclusion
Tels sont certains des thèmes
que le groupe de discussion thématique sur les médias
et la gouvernance devra examiner avant la tenue d'ADF IV en
octobre 2004. L'opinion du groupe sur les principaux domaines
de préoccupation et le consensus dégagé
sur les mesures à recommander orienteront les délibérations
en plénière, avec d'autres parties prenantes
et certains chefs d'État, pendant le Forum lui-même.