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Colloque pré-ADF: Société civile et gouvernance

Rapport du Colloque

Colloque pré-ADF : Société civile et gouvernance
Addis-Abeba
10 octobre 2004

I. Participation

1. Le Colloque sur la société civile et la gouvernance s'est tenu le 10 octobre 2004 dans le Africa Hall de la CEA, à Addis-Abeba (Éthiopie). Le potentiel des organisations de la société civile de contribuer au développement de l'Afrique augmente rapidement. A cet égard, ADF IV a offert l'occasion d'établir un agenda pour une participation renforcée de la société civile à la gouvernance et au développement en vue de mettre en valeur ce potentiel. Le Colloque pré-ADF sur la société civile et la gouvernance se proposait de faciliter l'examen, à l'échelle de l'Afrique, des questions de la société civile et la gouvernance, et la contribution de celle-ci à la bonne gouvernance sur le continent. Étant donné le prestige d'ADF et sa capacité d'établir un agenda pour les décideurs, le principal objectif du Colloque a été de donner une occasion supplémentaire de souligner l'importance de la société civile dans la gouvernance et de contribuer à élaborer des recommandations, aux fins de politiques concrètes à l'intention de la Table ronde des chefs d'État et de gouvernement d'ADF IV pour une plus grande participation de la société civile.

2. Ont participé au Colloque les représentants des Organisations de la société civile des pays suivants : Côte d'Ivoire, Éthiopie, Guinée, Kenya, Nigéria, Tanzanie, Sierra Leone, Soudan et Togo. Les organisations suivantes y ont aussi pris part: Commission de l'Union africaine (AU), Christian Relief and Development Association (CRDA), Inter-Africa Committee et le Partenariat Afrique Canada (PAC). La liste des participants figure dans l'annexe du présent document.

II. Compte rendu des travaux

A. Élection du Bureau et adoption de l'ordre du jour(point 2)

3. Les participants à la réunion ont élu M. Felix Mosha , Président et Mme. Iyesha Josiah, Rapporteur. Ils ont décidé de discuter tous les points en séance plénière et ont adopté l'ordre du jour suivant :

i) Discours d'introduction

ii) Élection du Bureau et adoption de l'ordre du jour

iii) Discussions générales

iv) Discussions thématiques 

1.- La société civile et la formulation de politiques

2.- La société civile, et la transparence et l'information ;

3.- La société civile et la prestation renforcée de services publics ;

4.- La société civile, la justice sociale, les droits et l'état de droit.

v) Adoption du rapport et clôture du Colloque.

B. Discours liminaire (Point 1 de l'ordre du jour)

4. M. Kebede Asrat, Directeur exécutif de Christian Relief and Development Association (CRDA), a prononcé un discours liminaire dans lequel il a indiqué que la participation populaire en tant que concept de développement avait gagné en reconnaissance en Afrique au début des années 90. A cette époque, les communautés étaient censées contribuer aux programmes de développement et les appuyer, mais pas intervenir dans le choix de leur contenu ou de leurs orientations, d'où le manque de progrès dans l'éradication de la pauvreté au sein du continent. C'est ainsi que les chercheurs et les spécialistes ont été amenés à réexaminer le bien-fondé et les limites des modèles de développement prescrits pour alléger la pauvreté. La marginalisation des pauvres et leur exclusion du système social dans son ensemble et des initiatives de développement ont été citées parmi les nombreux obstacles qui empêchent que les modèles de développement viennent à bout de la pauvreté, surtout en Afrique.

5. M. Kebede a également indiqué qu'en Afrique l'analyse théorique de la participation dans le contexte plus large du développement avait commencé avec la déclaration sur la Charte africaine de la participation populaire au développement et à la transformation (Arusha, 1990), selon laquelle la participation populaire devait être considérée à la fois comme moyen et comme fin. En tant qu'instrument de développement, elle est l'élément moteur de l'engagement collectif en vue de déterminer les processus du développement centré sur l'homme, et le catalyseur de la volonté des populations de faire des sacrifices et de mobiliser les énergies sociales nécessaires pour rendre cette participation effective. En tant que fin en soi, la participation populaire est un droit fondamental des populations de prendre part de manière totale et effective aux décisions qui ont des conséquences sur leur vie à tous les niveaux et en tout temps.

6. M. Kebede a également souligné que les organisations de la société civile, par le simple fait de leurs interventions au niveau des communautés de base, étaient bien placées pour suivre de près la vie des populations au jour le jour. Il a toutefois déploré que la plupart des organisations de la société civile soient dispersées et tendent à faire valoir leurs différences plutôt que leurs similarités, ce qui les affaiblissait dans leur interaction avec les pouvoirs publics. Il a aussi rappelé le problème des contraintes financières, qui amenait la plupart des organisations civiles à se déchirer. Il a exhorté les OSC à rationaliser leurs activités et à rechercher les domaines de complémentarité.

7. En conclusion, M. Kebede a rappelé aux participants qu'ils devaient examiner les moyens de renforcer la participation de la société civile à la formulation, à la mise en _uvre et à l'évaluation des politiques publiques aux niveaux national et local, sur la base des valeurs essentielles de dialogue, de négociation et de partenariat. A cet égard, il les a invités à prendre activement part aux travaux, qui sont déterminants pour atteindre les objectifs du colloque.

8. Après le discours liminaire, le président de séance a résumé et souligné les aspects clés de la participation et du développement. Notant que la définition des organisations de la société civile était considérée comme un exercice difficile, il a estimé qu'elles appartenaient à un secteur apolitique, non lucratif, et non gouvernemental, et qu'elles _uvraient pour le bien des populations.

9. Le président a rappelé aux participants les différentes déclarations et allocutions des chefs d'État et de gouvernement africains invitant les organisations de la société civile à participer activement à la vie socioéconomique et politique des pays africains.

10. Le président a souligné la nécessité d'enrichir le contexte en se référant aux grandes décisions prises par les gouvernements à tous les niveaux en ce qui concerne la participation populaire de la société civile, notamment les divers Protocoles et Accords signés par les chefs d'État africains, qui affirment la nécessité de la participation des organisations de la société civile aux activités culturelles, politiques et économiques des pays. Ces décisions sont contenues dans des documents tels que :

La Déclaration de Harare de 1990 dans laquelle les chefs d'État invitaient les organisations de la société civile à participer au développement ; les articles 90 et 91 de la Charte africaine de développement et le Traité portant création de la Communauté économique africaine de 1991, appelant à l'implication des ONG, à la mise au point de mécanismes de consultations et à l'action sociale aux fins de la mobilisation et de la concertation ; la Déclaration de Grand-Baie (Maurice) de 1999 et la Déclaration de Syrte (Jamahiriya arabe libyenne), de 1999. Toutes ces Déclarations ont reconnu l'importance du rôle des organisations de la société civile. Enfin, l'adoption de l'Acte constitutif de l'Union africaine au Togo en 2000 et la réunion des organisations de la société civile tenue à Addis-Abeba en juin 2001 ont été de bonnes occasions d'inviter les gouvernements africains à associer pleinement la société civile, en tant qu'acteurs essentiels, à la réalisation d'une vision de développement commune de l'Afrique et à chercher à les intégrer dans ADF IV. Par conséquent, la société civile demande à présent aux dirigeants de mettre en pratique les engagements pris dans les différentes instances internationales.

11. Les participants ont noté les défis qui se posent aux organisations de la société civile et qui entravent leur participation au développement. Ils ont constaté que les gouvernements et la société civile faisaient toujours appel aux mêmes bailleurs de fonds pour les financements. Le fait que ces deux entités sont en compétition pour l'obtention des mêmes ressources a créé un climat de suspicion et de méfiance mutuelles, et les bailleurs de fonds n'arrangent pas la situation ; au contraire, ils donnent l'impression que les organisations de la société civile gèrent mieux les ressources que les gouvernements. Les participants ont, en outre, jugé essentiel pour les gouvernements de considérer les organisations de la société civile comme des partenaires et non comme des concurrents. Ils ont enfin noté que les organisations de la société civile pourraient utiliser efficacement leurs ressources en répondant aux besoins des populations et en complétant l'action des pouvoirs publics dans les domaines où le gouvernement n'avait pas les capacités requises pour fournir certains services.

12. Les participants ont reconnu que les organisations de la société civile étaient de plus en plus capables d'influencer la conception de nouveaux budgets favorables aux droits des pauvres, des femmes et des enfants en Ouganda, en Afrique du Sud et en Namibie. D'importants progrès sont à noter pour ce qui est d'influencer les DSRP ainsi que les politiques et prêts de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international et d'analyser leur incidence sur les pauvres dans plusieurs pays. Les organisations de la société civile ont joué un rôle important dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix (dans les régions de l'Union du fleuve Mano et des Grands Lacs), l'éducation civique (en Zambie et en Namibie), la représentation politique des femmes (au Rwanda et au Mali), la protection des droits des personnes vivant avec le sida (au Botswana et en Afrique du Sud) et la formulation des politiques régionales (au sein de la SADC et de la CEDAO). Ces organisations ont, en outre, renforcé les capacités au niveau microéconomique pour assurer une plus grande transparence au sein des collectivités locales, en facilitant la création de structures communautaires telles que les comités de santé et d'approvisionnement en eau, les associations de parents, etc. C'est sur la base de ces expériences que les organisations de la société civile peuvent exercer un rôle de soutien dans le domaine de la bonne gouvernance.

C. Discussions thématiques(point 4 de l'ordre du jour)

Séance thématique  1: société civile et formulation de politique des pouvoirs publics

13. Dans ses observations liminaires, le Président a fait observer que les groupes nantis et socialement dominants, forts de leurs ressources et de leur position sociale, exercent fréquemment une influence considérable sur la politique des pouvoirs publics, soit directement, soit en appuyant les organisations intermédiaires qui défendent effectivement leurs intérêts. À l'inverse, les couches de la population relativement pauvres et socialement défavorisées n'ont souvent aucune possibilité d'influer sur la politique des pouvoirs publics et sur l'allocation des ressources. Il est souvent recommandé de procéder à des innovations institutionnelles telles que la décentralisation de la prise de décision en tant que mécanisme permettant de remédier à ce déséquilibre et d'assurer une plus grande participation des populations, bien qu'on ne sache pas encore dans quelle mesure elles pourraient y contribuer véritablement.

14. Il a invité les participants à réfléchir sur les questions suivantes : Dans quelles conditions socioéconomiques et politiques, la mobilisation des collectivités locales permet-elle effectivement d'influer sur l'élaboration des politiques ? Quelles sont les stratégies les plus efficaces pour atteindre des taux élevés de participation de la population à la formulation de la politique nationale ? Quelles sont les institutions permettant d'atteindre des taux plus élevés de participation des populations aux activités politiques ? Par exemple, la décentralisation permet-elle toujours, en principe ou seulement quelquefois d'atteindre cet objectif ?

15. Au cours des débats qui ont suivi, les participants ont examiné les principaux problèmes relatifs à la formulation des politiques. Ils ont fait le point des activités des OSC elles-mêmes et noté que : a) certains groupes dominants influaient sur la formulation des politiques, par exemple les milieux d'affaires et que les citoyens ordinaires en étaient exclus ; b) un problème de méfiance mutuelle entre les gouvernements et les OSC que montre l'idée selon laquelle les OSC dépenseraient beaucoup plus pour leurs frais généraux que pour la mise en _uvre des programmes ; c) un problème lié au fait que les gouvernements et les OSC se disputent les financements étrangers, en particulier ; d) certaines OSC ont des problèmes de crédibilité, par exemple, elles ne rendent pas compte de leur gestion et ne fonctionnent pas de façon démocratique ; e) les OSC ne travaillent pas en réseau et sont d'une très grande discrétion en ce qui concerne leurs activités ; f) nombre d'OSC s'emploient à assurer leur propre survie au lieu de fournir effectivement des services aux populations intéressées, ce qui porte atteinte à leur crédibilité.

16. Compte tenu des observations susmentionnées, les participants ont formulé les recommandations suivantes :

Les OSC devraient :

  • Rendre compte de leur gestion en ce qui concerne leurs sources de financement à la communauté qu'elles desservent, aux donateurs et aux gouvernements;

  • S'employer à être autosuffisantes, dans la mesure du possible, pour renforcer leur crédibilité en renforçant la transparence et le respect de l'obligation redditionnelle;

  • Souscrire aux principes démocratiques quant à leur fonctionnement interne;

  • Sensibiliser les populations à certaines questions;

  • Présenter des arguments objectifs et non subjectifs;

  • S'efforcer d'être plus efficaces en connaissant mieux les législations nationales, les traités, initiatives ou programmes régionaux ou continentaux et d'en tirer un meilleur parti;

  • Travailler en réseau pour promouvoir l'intérêt mutuel et exercer une plus grande influence sur les décideurs;

  • Communiquer des informations sur le développement en se servant des médias.

Les gouvernements doivent:

  • Accepter les OSC en tant qu'organismes permettant de dialoguer et les associer assez tôt au processus de formulation des politiques, par exemple, l'approche préconisée dans les DSRP;

  • Créer un environnement favorable aux médias en adoptant les politiques qui conviennent;

  • Associer les OSC et le secteur privé à la promotion de la bonne gouvernance;

  • Prendre en considération les points de vue des OSC.

Séance thématique 2: société civile transparence et information

17. Le Président a souligné que les OSC dynamiques pouvaient souvent influer sur la qualité de la gouvernance en fournissant de plus amples informations sur la mise en _uvre et le suivi de la politique gouvernementale. Toutefois, les cas pourraient différer et il convient de s'inspirer des expériences passées et récentes pour déterminer quand et comment les activités de la société civile permettraient de mieux promouvoir la transparence et la diffusion des informations concernant le fonctionnement du processus législatif, les allocations de dépenses publiques, la mise en _uvre de la politique et des programmes approuvés, etc.

18. Il a demandé aux participants d'examiner les questions suivantes : Quelles sont les activités en matière d'information et de diffusion entreprises par les organisations civiques qui permettraient de renforcer la transparence et le respect de l'obligation redditionnelle ? Quels sont, les meilleurs moyens, pour les groupes de la société civile, d'aider les gouvernements à mettre en _uvre les recommandations contenues dans les études spéciales, les programmes et textes législatifs pertinents ? Dans quelle mesure les citoyens peuvent -ils le plus effectivement lutter contre le détournement des ressources par les fonctionnaires et les élites locales et mettre en examen les fonctionnaires ayant commis des malversations ? Qu'est-ce qui permet de déterminer l'efficacité des activités et des campagnes destinées à encourager les pouvoirs publics à accorder une plus grande attention à la probité et à répondre, en général, aux attentes de la population ?

19. Au cours des débats qui ont suivi, les participants à la réunion ont fait remarquer que les OSC permettraient d'améliorer la gouvernance en fournissant de plus amples informations sur la mise en _uvre et le suivi des politiques en matière de gouvernance :

20. À la suite des débats, les participants à la réunion ont formulé les recommandations suivantes :

Les organisations de la société civile devraient :

  • Encourager et faciliter la diffusion des rapports du commissaire aux comptes, en particulier auprès des administrations locales;

  • Inviter les sociétés multinationales qui interviennent dans les industries extractives à publier les montants qu'ils ont versés aux administrations, par souci de promotion de la transparence en matière de recettes et de budget;

  • Simplifier la législation pour assurer une consommation rentable des administrations publiques;

  • Tenir compte de la façon dont les informations sont communiquées aux intéressés. À cet égard, la méthode et le vocabulaire utilisés devraient être à la portée de la majorité de la population; la communication par radio, par exemple, pourrait être plus efficace en ce qui concerne les communautés majoritairement illettrées;

  • S'engager dans le suivi et la dénonciation de la corruption dans le secteur public comme dans le secteur privé, en les encourageant à adopter leur propre code de conduite;

  • Prendre note des obligations internationales, continentales et régionales signées par le gouvernement dans le cadre de protocoles sur la transparence et la lutte contre la corruption et s'efforcer de développer de meilleures normes de pratique;

  • Engager les ONG dans la mise en place de commissions et d'enquêtes spéciales et diffuser leurs conclusions comme il se doit;

  • Créer des médias, y compris des stations radio privées.

Le gouvernement doit :

  • Considérer la corruption non pas comme une question morale mais comme une question économique qui doit donc être rendue publique;

  • Créer une banque d'informations, l'élaborer et l'interpréter comme il se doit;

  • Faciliter la création de médias indépendants, y compris de stations de radio privée;

  • Dépénaliser les activités anticorruption et de contrôle de la corruption.

Séance thématique 3: Société civile et amélioration de la prestation des services publics

21. Les OSC reconnaissent éprouver des difficultés à améliorer la prestation de services. Dans son intervention, le Président a déclaré que la qualité des services publics et l'efficacité des dépenses publiques sont les principaux critères de la bonne gouvernance. Des propositions courantes sur le rôle éventuel de la société civile dans l'amélioration du fonctionnement des États sur ces deux plans ont concerné les points suivants :

- Partenariats entre le secteur public et le secteur privé, dans lesquels les OSC collaborent étroitement avec les institutions étatiques pour la conception et la prestation de services, ainsi que pour le suivi de leur qualité et de leur couverture;

- Mobilisation de fonds par les OSC auprès de leurs groupes de clients et autres;

- Prestation directe des services par les OSC elles-mêmes. L'idéal serait une sorte de synergie, dans laquelle les institutions étatiques acquièrent plus de légitimité et fonctionnent mieux, en établissant avec les OSC des relations de travail adaptées et en exploitant ainsi les réservoirs de capital social. Toutefois, cette sorte de partenariat fleurissant entre l'État et la société civile peut exiger des conditions institutionnelles et politiques précises, qui ne sont pas facilement reproductibles.

22. Il a posé des questions qui donnent à réfléchir:

- Quelle est la nature de l'environnement politique et en quoi celui-ci est-il propice aux activités de la société civile?

- Comment renforcer l'efficacité des innovations institutionnelles de tous genres visant à encourager les complémentarités?

- Quel type de leadership et de forme d'engagement de la part des fonctionnaires et des associations civiques peuvent contribuer à la confiance mutuelle et entraîner une prédisposition ou partenariat?

- Comment des relations de coopération et la création d'alliance entre les organisations de la société civile et des bureaucrates compréhensifs peuvent-elles contribuer à améliorer la qualité des services publics et l'efficacité de leur prestation?

23. Après ces observations, les participants ont souligné que la qualité des services publics et l'efficacité des dépenses publiques sont au nombre des principaux critères de la bonne gouvernance. Selon eux, les OSC peuvent aider les gouvernements à améliorer leur fonctionnement dans ces domaines.

24. Les participants ont recommandé ce qui suit :

Les OSC devraient:

  • Établir des partenariats avec les administrations locales pour garantir l'efficacité et la rentabilité de la prestation de services sociaux. Ces partenariats permettraient également de combler les besoins des administrations locales en matière de capacités institutionnelles et humaines ;

  • Informer le public des services sociaux mis à sa disposition;

  • ·Se décentraliser pour toucher le maximum de groupes ruraux cibles, dans le but d'améliorer la prestation des services publics.

Le gouvernement doit :

  • Communiquer la ventilation détaillée du budget national au niveau local et au niveau des districts, ce qui aiderait les organisations de la société civile à mieux faire campagne pour la justice et l'équité dans l'affectation des ressources, et faciliterait le contrôle et l'évaluation des services sociaux ;

  • Travailler en partenariat avec les organisations de la société civile pour superviser la prestation des services sociaux et en contrôler l'efficacité.

Séance thématique 4: Société civile, justice sociale, droits et état de droit

25. Dans le cadre de ce point de l'ordre du jour, le Président a fait observer que, pour les pays développés et les pays en développement, une société civile dynamique était essentielle à la lutte contre l'injustice. Dans certains pays, les atteintes aux droits de l'homme et le non-respect de la légalité représentent un véritable problème ; dans d'autres, la législation, elle-même, ne permet pas d'assurer le respect des droits de l'homme et la justice sociale. Quel que soit le type d'injustice, la capacité de la société civile de la réduire ne doit jamais être sous-estimée.

26. Le Président a appelé les participants à réfléchir sur les questions ci-après :

  • Quelles sont les conditions dans lesquelles les activités des organisations de défense des droits de l'homme, visant à mettre en _uvre la législation en vigueur, à prendre de nouvelles initiatives en matière de droit ou à réformer les institutions, pourront-elles améliorer le fonctionnement des services de police et de sécurité de l'État et le respect de l'obligation redditionnelle par ces derniers ?

  • Dans quelle mesure les organisations de la société civile peuvent-elles le mieux protéger les personnes menacées par des États répressifs et prendre les dispositions nécessaires pour leur permettre de défendre leurs droits par des voies légales ?

  • Dans quelle mesure les parties intéressées de la société civile peuvent-elles se pencher sur les cas d'inadaptation de la législation en vigueur ou le problème de l'incapacité des tribunaux et des professions judiciaires à en assurer l'application?

  • Comment peuvent-elles le mieux surmonter les obstacles d'ordre politique aux efforts visant à lutter contre l'injustice ou faire face à un environnement social qui a tendance à entraver ces efforts ?

27. Pendant l'examen de ces questions, les participants ont établi une nette distinction entre les législations nationales et le droit international, et ils se sont interrogés sur l'influence des organisations de la société civile dans le processus d'élaboration des lois.

28. Ils ont également reconnu le monopole historique exercé par les gouvernements dans les pays africains et se sont demandé comment les OSC pourraient mettre un terme à ce monopole. Il a été dit que ces dernières devaient insister sur l'inefficacité de l'application de la législation promulguée par le gouvernement.

29. S'agissant des ONG, les participants étaient d'avis que ces dernières pouvaient elles aussi jouer un rôle déterminant en matière de justice sociale, mais que ce n'était pas toujours le cas en raison d'un manque de capacités. Le gouvernement devait donc créer un environnement propice à la participation des ONG à la promotion de la justice sociale, notamment en fournissant une formation adéquate au niveau communautaire pour que les citoyens puissent comprendre les tenants et les aboutissants de la justice sociale et de l'état de droit.

30. Les participants ont également indiqué que les gouvernements devraient adopter des mesures positives et faire tout leur possible pour mettre en oeuvre la totalité des conventions et protocoles qu'ils ont signés. Les OSC doivent appeler l'attention sur les protocoles signés par un gouvernement mais qui ne sont pas mis en _uvre ; par ailleurs, elles doivent signaler les principales dispositions de la constitution qui ne protègent pas des droits fondamentaux comme les droits des femmes.

31. Les participants ont formulé les recommandations ci-après :

Les organisations de la société civile devraient :

  • Renouveler leur engagement à être une instance qui rend le gouvernement comptable de ses actes;

  • Préconiser la participation des ONG à l'élaboration de lois les concernant.

Le gouvernement devrait :

  • Créer un environnement permettant aux OSC de jouer un rôle dans la protection des droits de l'homme ;

  • Accepter que les OSC participent au processus de gouvernance et reconnaître leur importance comme acteur et partenaire du développement ;

  • Éviter de considérer les OSC comme un parti d'opposition et ne pas entraver leurs activités ;

  • Faciliter la création d'un forum de dialogue avec les OSC ;

  • Mettre au point des mécanismes nationaux d'évaluation par les pairs en ce qui concerne la gouvernance économique et politique, et inclure les OSC dans ces mécanismes ;

  • Renforcer les capacités de la commission de lutte contre la corruption, du médiateur et du pouvoir judiciaire, ce point étant indispensable pour l'harmonie et la sécurité.

D. La voie à suivre (Point 5 de l'ordre du jour)

32. Les participants ont insisté sur l'importance des partenariats entre les OSC et le gouvernement et ont estimé que les OSC devaient prendre contact avec le gouvernement et demander des informations qui pourraient leur être utiles pour prendre des décisions et élaborer des politiques.

33. Les participants ont par ailleurs estimé que le rôle des OSC dans le processus du Mécanisme d'évaluation intra-africaine n'était pas approprié et il a donc été suggéré de leur attribuer un rôle bien défini à cet égard. Les participants ont également appelé tous les gouvernements à adhérer au Mécanisme.

34. Les participants ont jugé que les services du médiateur et de la commission de lutte contre la corruption ne disposaient pas de ressources humaines et matérielles suffisantes. Ils ont donc recommandé que les gouvernements renforcent ces services et veillent à ce que les OSC soient représentées au sein de ces deux services, dans un souci de transparence.

35. Les gouvernements devraient ratifier tous les protocoles qu'ils ont signés, y compris celui se rapportant aux femmes.

E. Adoption du rapport et clôture du Colloque (Point 6 de l'ordre du jour)

36. Les participants ont longuement examiné le projet de rapport et l'ont adopté après y avoir ajouté certaines observations, figurant dans la présente version. Ils ont accepté de mettre le rapport à la disposition d'autres organisations de la société civile participant à ADF IV mais n'ayant pas pu prendre part au Colloque.

37. Dans ses observations finales, le Président a insisté sur certains points importants dégagés lors des débats, notamment le besoin pour les OSC de parler d'une seule voix sur les thèmes qui les concernent et de renforcer leurs capacités de gestion, et la nécessité pour les gouvernements de considérer les OSC comme des partenaires du développement. Le Président a ensuite prononcé la clôture du Colloque.

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