Tour
d'horizon de la gouvernance en Afrique Australe : Recommandations
et Plan d'action
Atelier préparatoire
au quatrième Forum pour le développement de
l'Afrique (ADF IV) pour les États d'Afrique de l'Est
et d'Afrique australe
Lusaka, 24-26 novembre 2003
Table
des matières
PREMIÈRE
PARTIE
1.
Introduction
1.1 Historique
1.2 Faits
marquants survenus en Afrique australe
1.3 Le
projet africain sur la gouvernance
1.4 Conclusions
tirées des rapports nationaux
1.5 Quelques
observations importantes
DEUXIÈME
PARTIE
2.
Points de vue de l'Afrique australe sur la gouvernance
2.1 Consultation
sous-régionale
2.2 Les
défis de la gouvernance et la voie à suivre
2.3 Représentation
et institutions politiques
2.4 Efficacité
des institutions
2.5 Gouvernance
économique et bonne gestion des entreprises
2.6 Conclusion
TROISIEME
PARTIE
Matrice
du plan d'action
Références
ABRÉVIATIONS
ET ACRONYMES
| ADF IV |
Forum sur le développement
de l'Afrique |
| CEA |
Commission économique pour
l'Afrique |
| COMESA |
Marché commun des États
d'Afrique de l'Est et d'Afrique australe |
| EISA |
Institut électoral d'Afrique
australe |
| NEPAD |
Nouveau Partenariat pour le développement
de l'Afrique |
| OIM |
Organisation internationale pour
les migrations |
| OIT |
Organisation internationale du Travail |
| OMC |
Organisation mondiale
du commerce |
| ONG |
Organisations non gouvernementales |
| PANUREDA |
Programme d'action des Nations Unies
pour le redressement économique et le développement
de l'Afrique |
| PAS |
Programmes d'ajustement structurel
|
| PPTE |
Pays pauvres très endettés
|
| SADC |
Communauté de développement
de l'Afrique australe |
| UA |
Union africaine |
PREMIÈRE
PARTIE
INTRODUCTION
1.1
Historique
1. La participation populaire
au redressement et au développement économiques
de l'Afrique a, au fil des ans, gagné en reconnaissance
auprès des gouvernements africains et de leurs partenaires
pour le développement, notamment le système
des Nations Unies. Le Programme d'action des Nations Unies
pour le redressement économique et le développement
de l'Afrique, 1986-1990 (PANUREDA) a d'ailleurs un des principaux
fruits de cette reconnaissance. Les autres faits marquants
ont été, notamment, trois grandes conférences
internationales organisées par l'ONU, les organisations
non gouvernementales (ONG) et les gouvernements africains,
à savoir la Conférence internationale d'Abuja
sur l'Afrique : le défi du redressement économique
et du développement accéléré
(1987), la Conférence internationale de Khartoum
sur la dimension humaine du redressement et du développement
de l'Afrique (1988) et la Conférence internationale
sur la participation populaire, tenue à Arusha (République-Unie
de Tanzanie) en 1990, au cours de laquelle a été
adoptée la Charte africaine de la participation populaire
au développement.
2. La bonne gouvernance
figure également à l'ordre du jour des réunions
internationales depuis la fin des années 80, en particulier
à la suite des résultats négatifs des
programmes d'ajustement structurel (PAS). Les PAS n'ayant
pas permis de surmonter les principaux obstacles structurels
et institutionnels à une croissance rapide et soutenue
dans les pays africains, des termes et concepts tels que
démocratie, société civile, participation
populaire, transparence, obligation redditionnelle, droits
de l'homme, etc., sont apparus de manière proéminente
sur la scène de l'économie du développement.
En effet, alors que les PAS étaient surtout axés
sur la maîtrise des prix grâce à la libéralisation,
à la déréglementation et à la
privatisation, c'est aujourd'hui la question relative aux
institutions appropriées, incarnée par les
expressions « gouvernance » ou « bonne
gouvernance », qui est devenue la pierre angulaire
du programme de développement.
3. Les questions relatives
à la bonne gouvernance figurent parmi les préoccupations
de l'Afrique depuis un certain temps mais ce n'est que récemment
qu'ont été reconnus et exposés les
rapports intrinsèques entre la bonne gouvernance
et le développement humain durable, y compris la
réduction de la pauvreté. C'est ainsi que
dans le document relatif au Nouveau Partenariat pour le
développement de l'Afrique (NEPAD) les dirigeants
africains ont reconnu que la croissance et le développement
économique étaient fortement tributaires d'un
grand nombre de facteurs politiques, notamment la gouvernance
économique et politique ainsi que la bonne gestion
des entreprises, qui sont des conditions préalables
au développement durable. La capacité de l'État
à poser le cadre institutionnel propre à favoriser
la bonne gouvernance est essentielle à l'interaction
entre, d'une part, le développement économique
et la gouvernance politique et, d'autre part, la gouvernance
économique et la bonne gestion des entreprises. Dans
le NEPAD, il est également souligné que le
bon fonctionnement des institutions publiques africaines
appelle d'importantes mesures de réforme et de renforcement
des capacités. Les réformes institutionnelles
doivent être axées sur les points suivants :
- Renforcement de l'administration et
de la fonction publique ;
- Contrôle parlementaire ;
- Promotion d'un processus décisionnel
concerté ;
- Adoption de mesures efficaces pour
combattre la corruption et le détournement de
fonds ;
- Réformes judiciaires.
4. C'est dans ce contexte
que de nombreux pays africains, notamment ceux d'Afrique
australe, ont récemment pris d'importantes mesures
visant à renforcer la gouvernance, l'objectif global
étant d'améliorer les perspectives de développement
humain durable.
1.2
Faits marquants survenus en Afrique australe
5. Depuis le début
des années 90, les pays d'Afrique australe ont fait
d'importants progrès sur la voie de l'institutionnalisation
de la démocratie et de la bonne gouvernance. Ces
progrès sont illustrés par plusieurs faits
intervenus dans la sous-région, notamment la mise
en place d'institutions démocratiques, la tenue d'élections
multipartites, le renforcement de la participation populaire
à la conduite des affaires publiques et le dialogue
entre pouvoirs publics et parties prenantes. S'y ajoutent
un certain nombre de changements d'ordre constitutionnel,
juridique et administratif, dont l'objectif est de consolider
et d'approfondir la démocratie dans les pays africains.
6. Pour appuyer ce processus,
il existe des structures régionales telles que le
Forum des commissions électorales de la Communauté
de développement de l'Afrique australe (SADC), l'Institut
électoral d'Afrique australe, le Réseau d'assistance
électorale de la SADC et le Forum parlementaire de
la SADC. Ces organisations se sont engagées à
soutenir le processus d'amélioration et d'approfondissement
de la démocratie dans la sous-région. Elles
ont tenu cet engagement en envoyant des observateurs pour
suivre et contrôler des élections dans différents
pays et, surtout, en assurant la formation des agents électoraux.
7. En dépit de ces
réalisations, d'importants défis restent à
relever, notamment des poches de conflit dans certains pays
de la région et des situations où les résultats
des élections sont rejetés par certains partis,
ce qui entraîne parfois la violence et l'instabilité.
Même dans certains pays où les résultats
des élections sont plus ou moins acceptés,
on peut constater des éléments de mécontentement
au lendemain d'une élection.
8. L'expérience a
montré que l'approfondissement de la démocratie
exigeait davantage que la tenue d'élections périodiques
et la création d'institutions. Il faut également
élaborer un ensemble de valeurs généralement
acceptées qui puissent favoriser un processus électoral
équitable fondé sur la représentation,
la responsabilité, l'intégration, la transparence,
l'égalité entre sexes, la tolérance
et le respect de la diversité. Ces valeurs fondamentales
ont été approuvées par les pays d'Afrique
australe et sont énoncées dans les divers
instruments et déclarations dont ces pays sont signataires,
notamment la Déclaration de Windhoek sur la liberté
de la presse (1991), le Traité de la SADC (1992)
et la Déclaration de la SADC sur le genre et le développement
(1997). En 2001, les dirigeants d'Afrique australe ont cité,
parmi les questions figurant à leur ordre du jour
commun, la promotion de valeurs et de systèmes sociopolitiques
communs, qui sont transmis par le canal d'institutions démocratiques,
légitimes et efficaces, ainsi que la consolidation
et le maintien de la démocratie, de la paix et de
la sécurité. Il en a résulté,
notamment, l'adoption en 2002, par les États membres
de la SADC, d'un plan stratégique indicatif de développement
régional.
9. Outre les efforts déployés
pour bâtir un État doté des capacités
voulues et soucieux d'assurer son développement grâce
à la réforme du système de gestion
publique, on constate un mouvement parallèle vers
la participation populaire et le renforcement du pouvoir
d'action de la société civile. En Afrique
australe, tout le monde s'accorde à penser que la
quête de la démocratie et la campagne en faveur
de la bonne gouvernance ne peuvent aboutir sans un soutien
populaire massif ainsi que le dévouement et le travail
acharné de tous les citoyens. Ce fait capital a été
officiellement reconnu lors de la Conférence internationale
sur la participation populaire au redressement et au développement
de l'Afrique, tenue en 1990 à Arusha (République-Unie
de Tanzanie). La quasi-totalité des pays africains,
dont ceux d'Afrique australe, ont approuvé la Charte
africaine de la participation populaire au développement,
qui a permis de placer les enjeux au premier plan du programme
de développement régional. Il en résulte
que de plus en plus d'électeurs s'expriment lors
des scrutins locaux, régionaux et nationaux et l'on
constate une nette augmentation du nombre de citoyens qui
sont disposés à participer aux institutions
et aux processus nationaux. Dans toute la sous-région,
on assiste à l'éclosion d'un grand nombre
d'organisations de la société civile et d'ONG.
1.3
Le projet africain sur la gouvernance
10. La Commission économique
pour l'Afrique (CEA) a été le principal animateur
du débat sur la bonne gouvernance, soulignant à
maintes occasions le rôle central de la gouvernance
dans l'Afrique contemporaine et mettant en évidence
les relations d'interdépendance entre la bonne gouvernance
et le développement économique durable. S'il
est sans doute vrai que l'on peut s'attaquer à la
mauvaise gestion et à l'inefficacité en réduisant
la taille et le rôle de l'État, la CEA n'en
a pas moins soutenu que les États ayant embrassé
l'idéal de la démocratie et fait le pari du
développement avaient les meilleures chances de favoriser
le redressement et le développement de la région.
La CEA continue d'ailleurs de souligner que, pour inverser
la tendance au déclin économique, il fallait
des gouvernements engagés et actifs, dotés
de capacités renforcées dans les domaines
de la formulation des politiques et de la gestion des services
essentiels et ne redoutant pas de voir leur action passée
au crible, au nom de la responsabilité et de la transparence.
11. Dans le cadre de son
engagement renouvelé à mieux servir l'Afrique
et en sa qualité d'organisme chef de file pour le
volet gouvernance du NEPAD, la CEA a réaffirmé
sa détermination à contribuer au renforcement
des capacités et de l'efficacité des gouvernements
et à consolider les institutions et les pratiques
de bonne gouvernance. C'est parce qu'elle a reconnu l'importance
de la bonne gouvernance pour le développement économique
et social que la CEA a entrepris un ambitieux programme
visant à étudier et à mesurer les aspects
multiples et complexes de la gouvernance en Afrique. Le
Projet africain sur la gouvernance a pour but de suivre
les progrès que les différents pays accomplissent
sur la voie du renforcement des valeurs démocratiques
et de la gouvernance. Ce projet, qui vient compléter
les efforts des gouvernements, se veut une tentative de
forger un consensus, au sein de la vaste palette de parties
prenantes, sur les méthodes à employer pour
améliorer la bonne gouvernance sur le continent.
12. Le Projet africain sur
la gouvernance a été lancé dans 10
des 11 pays couverts par le Bureau sous-régional
de la CEA en Afrique australe, à savoir l'Afrique
du Sud, le Botswana, le Lesotho, le Malawi, Maurice, le
Mozambique, la Namibie, le Swaziland, la Zambie et le Zimbabwe.
Ce n'est qu'en Angola que le Projet n'a pas encore démarré.
Parmi les dix pays dans lesquels le Projet a été
lancé, seuls deux, le Mozambique et le Zimbabwe,
n'ont pas encore achevé l'établissement de
leur rapport.
1.4
Conclusions tirées des rapports nationaux
13. Un examen des rapports
des études menées à terme permet de
constater l'existence d'un consensus général
sur le fait que la bonne gouvernance est une condition sine
qua non du développement humain durable. En effet,
la bonne gouvernance favorise une allocation des ressources
judicieuse et conforme aux priorités, tout en garantissant
la participation populaire à la mise en œuvre des
programmes de développement. Pour réaliser
cet objectif, les pays d'Afrique australe doivent mettre
en place des institutions publiques qui soient fortes et
centrées sur le peuple et instaurer une culture d'intégration
politique et sociale.
14. La plupart des pays
d'Afrique australe sont signataires des principales conventions
internationales sur les droits et libertés civils
et politiques, y compris les droits de la femme et de l'enfant.
La plupart des constitutions prévoient la participation
à la vie politique sans discrimination aucune fondée
sur la race, la couleur, la naissance, la religion, la tribu,
l'origine et l'appartenance ethnique. Les régimes
politiques sont généralement reconnus légitimes,
même si la participation populaire se heurte notamment
aux faibles niveaux d'instruction, à la discrimination
sexuelle et au fossé entre zones rurales et zones
urbaines. S'il est vrai que les libertés d'expression
et d'association sont reconnues dans une certaine mesure,
les partis politiques d'opposition n'en souffrent pas moins
d'une insuffisance de protection de la part de la police,
des forces de l'ordre et des autres organes chargés
de l'application des lois.
15. Il en est particulièrement
ainsi lors des élections, où les cas d'intimidation,
de harcèlement et d'usage de la force brutale par
les responsables des partis sont devenus monnaie courante.
Certaines constitutions ne prévoient pas le financement
des partis politiques, alors que le parti au pouvoir a accès
à diverses formes de financement public. Cette situation
pénalise considérablement les partis d'opposition
durant les campagnes électorales en Afrique.
16. Dans la plupart des
pays, le système électoral prévoit
des élections libres et équitables. Tout citoyen
est libre de présenter sa candidature et de faire
campagne pour une fonction élective dans la sphère
politique. Dans la pratique, toutefois, l'exercice de ce
droit se heurte à de gros obstacles, liés
à l'insuffisance des mécanismes de contrôle
de l'application des lois et règlements électoraux.
Le rôle des organismes publics de surveillance dans
la gouvernance est certes reconnu dans la plupart des pays,
mais leur efficacité opérationnelle et leur
autonomie sont gravement compromises par les pouvoirs excessifs
conférés à l'exécutif.
17. Depuis la réintroduction
du multipartisme dans la plupart des pays, on est heureux
d'assister à une éclosion de journaux et de
médias électroniques indépendants.
Malheureusement, les gouvernements ont tendance à
s'attaquer aux médias à chaque fois que ceux-ci
critiquent l'inefficacité.
18. La qualité des
services publics s'est détériorée au
fils des ans dans de nombreux pays, au point que les secteurs
de l'éducation, de la santé, de l'approvisionnement
en eau et de l'assainissement ne sont plus que l'ombre de
ce qu'ils étaient quelques années auparavant.
Toutefois, il est encourageant de constater que la plupart
des États africains s'attaquent à ces problèmes
aux niveaux tant de la formulation des politiques que de
l'allocation des ressources. La réintroduction du
marché libre et de la gratuité de l'enseignement
primaire constitue une mesure positive qui a également
renforcé la contribution de l'Afrique australe à
la coopération économique intra-africaine.
Cette coopération s'est renforcée grâce
à l'existence d'organismes tels que le Marché
commun des États d'Afrique de l'Est et d'Afrique
australe (COMESA) ainsi que la Communauté de développement
de l'Afrique australe (SADC) et, en fin de compte, dans
le cadre du NEPAD.
19. Depuis le début
des années 90, de nombreux États d'Afrique
australe ont reconnu le dysfonctionnement des organismes
du secteur public et leur non-adéquation aux besoins
de développement nationaux. Dans de nombreux pays,
ont été mises en œuvre des mesures visant
à assainir les organismes du secteur public, notamment
la réduction de la bureaucratie, la maîtrise
des coûts ou du budget de l'État, le resserrement
des contrôles financiers, l'amélioration des
techniques de gestion et d'autres réformes d'ordre
organisationnel. Ce processus de rationalisation, que de
nombreux pays, dont le Mozambique et la Zambie, ont mis
en œuvre à la fin des années 80 et au début
des années 90, a débouché sur l'abolition
de nombreux organismes publics, la fusion de différentes
fonctions et la réduction de la taille de la fonction
publique.
20. Pour lutter contre la
corruption et renforcer la déontologie dans le secteur
public, par exemple, les gouvernements ont entrepris des
réformes telles que la révision et l'ajustement
des salaires et primes des employés, la prise en
compte du mérite comme seul critère de recrutement
et de promotion, la création d'un service d'assistance
publique et de traitement des doléances, la formation
continue des techniciens et des cadres et, enfin, la mise
en place de commissions de lutte contre la corruption. Dans
des pays tels que l'Afrique du Sud, le Botswana et la Zambie,
les gouvernements, les organismes donateurs et les organisations
de la société civile mènent actuellement
des campagnes très actives pour promouvoir les valeurs
d'intégrité, de transparence et de responsabilité
dans la conduite des affaires publiques, ainsi que pour
lutter contre la corruption, les tracasseries administratives
et d'autres pratiques contraires à l'intérêt
public. En outre, la plupart des pays, notamment Maurice
et la Namibie, s'efforcent de renforcer leurs capacités
en matière d'analyse et d'examen des politiques,
d'évaluation et de contrôle des résultats,
de planification stratégique et de gestion moderne
de l'information.
21. Outre les efforts déployés
pour bâtir un État doté des capacités
voulues et soucieux d'assurer son développement grâce
à la réforme du système de gestion
publique, on constate un mouvement parallèle vers
la participation populaire et le renforcement du pouvoir
d'action de la société civile. De plus en
plus d'électeurs s'expriment dans le cadre de scrutins
locaux, régionaux et nationaux et le nombre de citoyens
disposés à participer aux institutions et
aux processus publics est en nette augmentation. Dans toute
la sous-région, on assiste à la naissance
d'organisations de la société civile et d'ONG,
qui ont pour vocation de renforcer le pluralisme, la participation,
la responsabilité et la démocratie.
1.5
Quelques observations importantes
22. Les pays d'Afrique australe
ont accompli des progrès significatifs en matière
de bonne gouvernance, dans ses dimensions tant techniques
que politiques. Toutefois, de nombreux défis restent
à relever. Il ressort de l'ensemble des rapports
nationaux que la bonne gouvernance est une condition importante
et nécessaire que les pays africains se doivent de
remplir s'ils veulent renforcer la capacité de l'État
à s'acquitter de son mandat économique et
social, à savoir l'élimination de la pauvreté
et la réalisation de la croissance économique
et du développement humain.
23. Si certains pays s'emploient
à mettre en place des fondations politiques solides
et à créer les conditions nécessaires
à la promotion de la bonne gouvernance, il n'en reste
pas moins que le degré d'engagement et le rythme
des réformes varient d'un pays à l'autre.
Outre cette évolution politique, les pays d'Afrique
australe ont engagé de nouvelles réflexions
sur les sujets épineux tels que :
- La taille et le rôle appropriés
de l'État ;
- Les mesures à prendre pour
permettre à l'État de mieux s'acquitter
de son rôle ;
- La nécessité d'instaurer
et de consolider la gouvernance démocratique ;
- La nécessité de développer
le secteur privé ;
- Les mesures à prendre pour développer
la société civile et l'encourager à
faciliter la participation des citoyens à la
vie économique et politique.
24. Il ressort de la plupart
des rapports que la représentation politique se heurte
à des problèmes d'ordre organisationnel concernant
les élections et à une délimitation
hasardeuse des circonscriptions électorales. L'efficacité
et l'obligation redditionnelle dans les institutions publiques
pâtissent également du manque de ressources.
Or, s'il est incontestable que les ressources à la
disposition du gouvernement sont insuffisantes, il n'en
reste pas moins qu'elles sont souvent utilisées à
mauvais escient. De même, le pouvoir judiciaire a
été confronté à des problèmes
liés au manque de fonds. En outre, la corruption
a eu un impact négatif sur l'efficacité des
institutions dans la plupart des pays. Tous ces problèmes
ont été préjudiciables à la
prestation de services par les institutions publiques des
pays d'Afrique australe.
25. Si les journaux peuvent
sembler relativement libres (bien qu'aient été
soulignés des cas de harcèlement de journalistes),
il n'en est pas moins vrai qu'un net parti pris pour le
gouvernement dans les médias radiotélévisés
appartenant à l'État a des conséquences
néfastes pour la représentation politique,
étant donné que le public n'entend qu'un seul
son de cloche, celui du gouvernement.
26. Certes, la gestion de
l'économie est incontestablement affectée
par la pénurie de ressources, mais la mauvaise utilisation
du peu de ressources disponible a également entravé
le développement dans de nombreux pays. L'incapacité
à maîtriser les dépenses publiques a
provoqué la hausse de l'inflation, des taux d'intérêt
et des taux de change dans la plupart des pays. Une instabilité
macroéconomique de cette nature fait que toute tentative
visant à réduire la pauvreté et à
assurer la croissance économique est quasiment vouée
à l'échec.
DEUXIÈME
PARTIE
POINTS
DE VUE DE L'AFRIQUE AUSTRALE SUR LA GOUVERNANCE
2.1
Consultation sous-régionale
27. La recherche du consensus
constitue une part importante du processus de mesure et
de suivi des progrès accomplis en matière
de bonne gouvernance en Afrique. À cet égard,
un atelier préparatoire au quatrième Forum
sur le développement de l'Afrique (ADF IV) s'est
tenu à Lusaka du 24 au 26 novembre 2003, avec pour
principaux objectifs d'examiner les questions de gouvernance
en Afrique de l'Est et en Afrique australe, de placer ces
questions dans des contextes thématiques et cohérents,
de formuler des recommandations sur les solutions et les
mesures à adopter et, enfin, d'établir un
rapport de synthèse à soumettre à ADF
IV pour examen approfondi et suite à donner. L'atelier
de Lusaka a ainsi donné à un grand nombre
de représentants de pays et d'institutions ainsi
qu'à des experts de la gouvernance d'Afrique de l'Est
et d'Afrique australe l'occasion de se pencher sur les questions
et les problèmes de gouvernance qui ont été
recensés à partir des analyses et des études
effectuées au niveau national.
2.2
Les défis de la gouvernance et la voie à suivre
28. Les défis recensés
lors de l'atelier de Lusaka et les recommandations qui y
ont été formulées jettent une lumière
nouvelle sur la gouvernance dans la sous-région d'Afrique
australe, du moins telle qu'elle est perçue par les
délégations et les experts ayant participé
à l'atelier. Les questions examinées s'articulaient
autour de trois grands thèmes, à savoir :
- Représentation politique ;
- Efficacité des institutions ;
- Gouvernance économique et bonne
gestion des entreprises.
2.3
Représentation et institutions politiques
a) Systèmes et
processus électoraux
29. Le groupe sous-régional
de l'Afrique australe a recensé divers problèmes
électoraux qu'il convient de rectifier, à
savoir :
- Inefficacité des systèmes
électoraux ;
- Caractère dépassé
et répressif des lois électorales ;
- Caractère non démocratique
des principes, des valeurs et des codes de conduite
électoraux ;
- Absence de démocratie au sein
des partis.
30. Pour aller de l'avant,
le groupe sous-régional a proposé les stratégies,
les acteurs et les ressources qu'il convient de déployer
et de mobiliser. Cette proposition à volets multiples
portait sur des programmes à court, moyen et long
termes ainsi que sur des activités de plaidoyer,
de diffusion de l'information, de dialogue et d'observation.
Les acteurs appelés à mettre en œuvre cette
stratégie ont été choisis en fonction
de leurs compétences, de leurs ressources, de leur
attachement aux valeurs de bonne gouvernance, de leur volonté
politique et de leur détermination à faire
de la bonne gouvernance une réalité dans la
sous-région. Parmi ces acteurs, on dénombrait
des organes électoraux, des gouvernements, des organisations
de la société civile, des donateurs, des partis
politiques, des citoyens ordinaires et des notables.
31. Le groupe sous-régional
a également recommandé les moyens par lesquels
ces problèmes devraient être résolus,
notamment :
- Certains systèmes électoraux
devraient être analysés, réformés
et adaptés aux conditions locales, qu'il s'agisse
du scrutin majoritaire à un tour, du vote majoritaire,
de la représentation proportionnelle ou d'un
système hybride ;
- La légitimité des systèmes
électoraux - des points de vue de leur caractère
intégrateur, de la participation et de la transparence
du processus - doit faire l'objet d'une surveillance
constante ;
- Une culture de démocratie interne
doit être inculquée aux membres des partis
politiques ;
- Les normes de validation des processus
électoraux utilisées par les observateurs
tant nationaux qu'étrangers doivent être
acceptables aux yeux de tous ;
- Les codes de conduite en matière
électorale doivent être respectés
par l'ensemble des protagonistes ;
- Il convient de garantir la compétence
et l'autonomie des organes électoraux et des
partenaires qui surveillent l'ensemble des phases pré-électorales,
électorales et post-électorales ;
- L'apathie des électeurs et les
tendances du vote doivent faire l'objet d'une surveillance
et d'une évaluation constantes ;
- Pour mieux guider le processus électoral,
il convient d'engager des réformes électorales,
notamment la révision des lois électorales ;
- Il convient d'harmoniser les normes
de la SADC avec celles de l'Institut électoral
d'Afrique australe (EISA) et de l'Union africaine (UA),
de façon à mettre au point des normes
régionales applicables au niveau national, c'est-à-dire,
en d'autres termes, élaborer à l'échelle
régionale des normes nationales communes régissant
la conduite des élections. Il convient surtout
de faire en sorte que les systèmes électoraux
des pays de la sous-région soient enracinés
dans les constitutions et les systèmes juridiques
nationaux respectifs.
32. Le consensus qui s'est
dégagé lors de l'atelier de Lusaka illustre
l'importance des questions examinées au sein d'autres
instances, telles que l'EISA, où il a, par exemple,
été souligné ce qui suit :
« Chaque État
de la SADC devrait adopter un système électoral
en fonction de ses propres dispositions politiques, de son
histoire et de son système politique »
(EISA 2003 : 9). Le rôle joué par la
législation nationale et le cadre juridique dans
la maîtrise du processus de bonne gouvernance a également
été largement évoqué. Cette
observation est conforme à l'avis selon lequel « le
système électoral devrait être enraciné
dans la constitution ; la forme, le contenu et le fonctionnement
du système électoral adopté devraient
être énoncés dans la loi électorale ;
l'ensemble des parties prenantes, en particulier l'électorat,
devraient parfaitement comprendre le système électoral
utilisé dans les États de la SADC, ainsi que
les modalités d'allocation des sièges parlementaires,
la nature de la représentation et les conséquences
politiques ; les systèmes électoraux
devraient promouvoir et protéger les droits fondamentaux
de l'homme ainsi que le secret du scrutin ; des mesures
telles que l'action positive, y compris l'attribution de
quotas aux femmes et à d'autres groupes défavorisés,
devraient êtres adoptées dans le cadre des
systèmes électoraux nationaux ou au sein des
partis et des mécanismes mis en place pour en assurer
l'application » (ibid : 10).
33. Par conséquent,
les systèmes électoraux de la sous-région
devraient en principe être conformes au critère
suivant :
« Large représentation
des divers intérêts politiques et groupes démographiques ;
participation sans exclusive de l'ensemble des acteurs politiques ;
responsabilité politique du député
devant ses électeurs ; transparence et légitimité
du processus électoral et des résultats du
vote ; nécessité d'asseoir la démocratie
au sein des partis pour garantir la crédibilité
et la légitimité du choix des candidats au
sein du parti » (ibid).
b) Représentation
des femmes - en qualité et en nombre
34. Le groupe sous-régional
d'Afrique australe a en outre pris note des problèmes
affectant le rôle des femmes dans la gouvernance.
Il a ainsi estimé que les femmes restaient sous-représentées
aux postes de décisions dans les secteurs public
et privé, tant en qualité qu'en nombre.
La représentation des femmes dans les secteurs public
et privé non seulement se heurtait à de multiples
obstacles d'ordre social, culturel, politique et économique,
mais, en outre, ne bénéficiait pas de l'autorité
et des ressources voulues pour être efficace.
35. Le groupe a proposé
une stratégie à volets multiples et a identifié
les acteurs capables de contribuer à l'élimination
des inégalités entre les sexes dans la région.
Il a été souligné que les hommes comme
les femmes devaient être associés au combat
en faveur de l'égalité entre les sexes et
de la bonne gouvernance, aux côtés des pouvoirs
publics, du secteur privé, de la société
civile, de la jeunesse, des organes de plaidoyer, des donateurs,
des partenaires de développement, des collectivités
locales et des notables, y compris au niveau communautaire.
36. Pour lutter contre les
inégalités entre les sexes, le groupe a recommandé
les mesures suivantes :
- La parité doit être comprise
comme une notion qui dépasse la seule égalité
numérique (en nombre) entre hommes et
femmes aux postes de décision des secteurs public
et privé, car l'idéal serait une « représentation
effective » des femmes, c'est-à-dire
une représentation de qualité ;
- Pour assurer l'égalité
entre les sexes, les systèmes de gouvernance
ne devraient exclure aucun groupe social et devraient
être responsables devant le peuple et les institutions ;
- Les politiques relatives à la
parité doivent concerner les deux sexes ;
elles doivent viser tous les âges et être
fondées sur l'évolution culturelle et
le changement des comportements. La réalisation
de l'égalité entre les sexes exige la
sensibilisation de tous les acteurs concernés,
le renforcement des capacités et de l'autonomie
des femmes grâce à un système de
quotas, la réforme du système électoral
et de la législation, une discrimination positive
dans l'allocation des ressources, la réforme
des institutions, la diffusion libre et équitable
des informations sur la parité aux membres des
deux sexes et, enfin, l'incorporation des instruments
continentaux et internationaux relatifs à la
parité dans la culture et les systèmes
juridiques nationaux ;
- Les progrès accomplis vers l'égalité
entre les sexes aux fins de la bonne gouvernance devraient
être mesurés à l'aune de l'importance
accordée à la parité dans le programme
des partis politiques ; à cet égard,
l'indicateur concernant la SADC devrait passer de 30%
à 50% d'ici 2020.
c) Financement des partis
politiques
37. Le groupe a fait observer
que les partis politiques constituaient des institutions
centrales dans le processus de gouvernance. Or, ils sont
souvent confrontés à plusieurs problèmes
d'ordre financier, matériel et moral qui affectent
leur rôle et leur fonction en matière de bonne
gouvernance. Le financement des partis est une condition
préalable au renforcement de leurs capacités.
En effet, un financement suffisant permet aux partis politiques
de jouer un rôle efficace en matière de bonne
gouvernance et de participer à la vie politique sur
un pied d'égalité.
38. On dénombre trois
sources de financement des partis politiques, à savoir
les subventions de l'État, les fonds privés
et l'aide de donateurs extérieurs. La part du lion
est revenue aux partis représentés au parlement,
ce qui signifie que les fonds sont alloués avant
tout aux partis et aux particuliers ayant une réelle
base politique. L'accès des partis d'opposition aux
subventions de l'État a été jugé
problématique, alors que les partis au pouvoir ont
un accès plus facile aux ressources de l'État
pour leur fonctionnement (financement indirect) ; le
financement privé est entouré du plus grand
secret tandis que l'aide des donateurs étrangers
peut être assortie de conditions préjudiciables
aux intérêts nationaux. L'un des facteurs empêchant
les partis de mobiliser des fonds par leurs propres moyens
a trait à l'image négative qu'ont certains
d'entre eux : partis d'anciens dirigeants du système
du parti unique discrédité, organisations
semi-militaires ou entités nationalistes.
39. Pour renforcer le rôle
des partis politiques dans la consolidation de la bonne
gouvernance, le groupe a formulé les recommandations
suivantes :
- On devrait élaborer des critères
précis indiquant dans quelle mesure les partis
peuvent bénéficier d'un financement public ;
- Des règles précises devraient
régir le montant des fonds alloués et
le calendrier de leur décaissement ;
- Il convient d'adopter des lois régissant
le financement des partis et prévoyant la responsabilité
de ceux-ci devant leur électorat. Ces lois devraient
aussi prévoir, entre autres dispositions, l'identification
des sources de financement et la responsabilité
devant le parlement ;
- Les fonctions du parti au pouvoir devraient
êtres distinctes des fonctions de l'État
ou du gouvernement, ce qui permettrait de réduire
la domination exercée par le parti au pouvoir
et l'utilisation abusive des ressources de l'État
lors des élections ainsi qu'en d'autres occasions ;
- La démocratie interne devrait
être encouragée au sein des partis, car
ce serait l'un des moyens d'obtenir l'aide des bailleurs
de fonds étrangers ;
- Il faut favoriser un accès équitable
aux médias publics, afin d'encourager et de faciliter
la libre circulation de l'information ;
- Les mouvements de jeunesse et les ligues
des femmes au sein des partis politiques doivent être
rationalisés afin qu'ils ne soient pas que des
prétextes pour marginaliser ou écarter
politiquement les femmes et les jeunes.
40. En formulant ces recommandations,
le groupe sous-régional a pris note, en s'en félicitant,
des résolutions similaires adoptées par des
organismes régionaux. C'est ainsi que l'EISA (ibid :
18) a déclaré ce qui suit :
- Le financement public devrait être
accordé à tous les partis (et candidats
indépendants) qui prennent part aux élections
législatives et présidentielles et qui
peuvent faire état d'un soutien populaire, en
mettant en avant, par exemple, leur score lors des élections
les plus récentes ;
- Les organes chargés de la conduite
des élections devraient être responsables
de la réglementation de l'usage de ces fonds
publics, dont les bénéficiaires doivent
soumettre à ces organes des comptes vérifiables ;
- Il convient d'envisager l'élaboration
de règles régissant l'identification de
toutes les sources des fonds accordés aux partis
politiques.
41. La stratégie
nécessaire à l'application de ses recommandations
est multidirectionnelle et fait intervenir des acteurs tels
que les partis politiques, les parlements, divers organismes
et responsables gouvernementaux, notamment des contrôleurs
généraux, ainsi que des représentants
des bailleurs de fonds, du secteur privé et de la
société civile.
d) Constitutions et constitutionnalisme
42. Le groupe a clairement
reconnu le rôle central des constitutions dans la
gouvernance. Parmi les problèmes soulevés
par le groupe, figure le manque de clarté et de concision
de certaines constitutions nationales de la sous-région.
En fait, on constate généralement l'absence
de constitutionnalisme, l'insuffisance de la séparation
des pouvoirs, l'inefficacité des systèmes
de contrepouvoirs, une rigidité constitutionnelle
et l'existence de cultures politiques autoritaires dans
certains parties de la sous-région.
43. Compte tenu de ce qui
précède, le groupe a formulé les recommandations
ci-après :
- Il convient de renforcer les institutions
constitutionnelles, de consacrer la séparation
des pouvoirs et de mettre en place des systèmes
de contrepouvoirs ;
- Une culture du constitutionnalisme
et de la démocratie doit être développée ;
- Les constitutions doivent devenir moins
rigides et consacrer un équilibre des pouvoirs
entre les services gouvernementaux et au sein de ceux-ci
(ce qui implique, dans certains cas, la réduction
de la domination du pouvoir exécutif) ;
- Les constitutions doivent être
alignées sur des systèmes politiques et
électoraux donnés, qui sont de nature
à préserver et à consacrer l'ordre
constitutionnel ;
- Les constitutions devraient être
traduites dans les langues locales et/ou vernaculaires
respectives.
44. Ces recommandations
s'inscrivent dans l'esprit ayant guidé une des dispositions
du Protocole de la SADC sur la politique, la défense
et la coopération en matière de sécurité
(2001 :5), libellée comme suit :
Promouvoir le développement
des institutions et des pratiques démocratiques sur
le territoire des États parties et encourager le
respect des droits universels de la personne, tels qu'ils
sont consacrés dans les Chartes et conventions de
l'Organisation de l'unité africaine et de l'Organisation
des Nations Unies, respectivement.
45. Le groupe a recensé
les stratégies et les acteurs qui pourraient être
déployés pour consolider l'état de
droit et consacrer le constitutionnalisme dans la sous-région.
La stratégie à mettre en œuvre à cet
égard doit être multisectorielle et permettre
aux organes constitutionnels, juristes, collectivités
locales, organismes gouvernementaux, responsables de partis
politiques, milieux d'affaires et représentants de
la société civile de participer aux débats
et réformes constitutionnels.
e) Systèmes de
gouvernance traditionnels et étatiques
46. Le groupe a estimé
que les systèmes de gouvernance traditionnels demeuraient
essentiels à la réalisation de la bonne gouvernance
dans la sous-région et qu'ils n'étaient pas
nécessairement inférieurs ou supérieurs
aux systèmes modernes de gouvernance étatique.
Il a été noté que les deux systèmes
de valeur manquaient de compatibilité, ce qui fait
que leur interaction entraînait un conflit de valeurs.
47. Le groupe a recommandé
les mesures ci-après :
- Il convient de concilier les deux systèmes
de gouvernance ainsi que leurs systèmes subsidiaires
et d'introduire des mécanismes d'équilibre
des pouvoirs entre eux et en leur sein, afin de les
harmoniser du point de vue des valeurs fondamentales
de gouvernance ;
- Le respect des droits de l'homme devrait
être le critère fondamental.
48. Pour résoudre
le problème d'incompatibilité, le groupe a
vivement recommandé une stratégie bi-sectorielle
englobant les deux systèmes et ayant pour acteurs
les autorités traditionnelles, les responsables du
gouvernement et des collectivités locales, les dirigeants
politiques, les organes constitutionnels, les organisations
de la société civile et les communautés
de base.
f) La jeunesse et le
développement
49. Le groupe a estimé
que les jeunes formaient le plus important groupe de population
dans la sous-région, indépendamment du sexe
et d'autres différences. La définition retenue
est celle de l'ONU, à savoir qu'il s'agit des personnes
âgées de 18 à 35 ans. Les jeunes restent
largement marginalisés en ce qui concerne les enjeux
politiques de la sous-région. Ils sont parfois victimes
d'abus pour diverses raisons économiques et sociopolitiques,
et ils bénéficient rarement d'un appui institutionnel
efficace, de mesures d'autonomisation et d'un cadre politique
propice à leur participation à la gouvernance.
50. Étant donné
que la jeunesse constitue un groupe de population important,
il faut une stratégie globale et multisectorielle
ainsi que des acteurs déterminés à
résoudre les problèmes auxquels elle est confrontée.
Parmi les acteurs recensés, figurent les jeunes eux-mêmes,
les services gouvernementaux s'occupant de la jeunesse,
la société civile, les autres organismes de
plaidoyer, les partis politiques et les participants à
des forums nationaux.
51. Le groupe a en outre
formulé les recommandations ci-après :
- Il faut prévoir, dans la Charte
de l'Union africaine (UA), un protocole relatif à
la jeunesse, qui pourrait être incorporé
dans les systèmes juridiques nationaux et sous-régionaux ;
- Il convient de formuler des politiques
nationales propres à favoriser la participation
des jeunes aux activités de gouvernance, y compris
à la définition des programmes de développement
pour la jeunesse et la nation ;
- Il convient d'augmenter les ressources
allouées à la jeunesse ;
- Il importe de mettre fin à l'endoctrinement
violent et partisan des jeunes, en particulier dans
le cadre des mouvements de jeunesse des partis politiques,
afin qu'ils soient libres de jouer un rôle positif
et objectif dans la gouvernance.
2.4
Efficacité des institutions
a) Organismes de surveillance,
société civile et médias
52. Il a été
généralement constaté que la prestation
de services sociaux aux populations de la sous-région
ne saurait porter ses fruits sans l'existence d'institutions
efficaces. Étant donné que la prestation de
tels services constitue un paramètre permettant de
mesurer la bonne gouvernance, il a été convenu
que l'efficacité des institutions était une
condition préalable à la bonne gouvernance.
Les problèmes et obstacles entravant l'efficacité
de ces institutions ont été recensés,
notamment le fait que les organisations de la société
civile ne disposaient pas d'un espace démocratique
ni de capacités professionnelles qui puissent leur
permettre de participer à la gouvernance. En fait,
les intérêts de ces organisations sont souvent
incompatibles avec ceux de l'État et des partis d'opposition ;
en outre, ces organisations ne sont pas l'autonomie voulue
pour contribuer efficacement à l'amélioration
de la transparence des pouvoirs publics et pour exploiter
les systèmes de contrepouvoirs mis en place.
53. Les organisations de
développement ont été perçues
comme étant soumises aux donateurs et fragmentées,
tandis que les médias, en tant qu'agents de la transparence
des pouvoirs publics, n'ont pas toujours une culture du
journalisme d'investigation. Dans toute la sous-région,
les institutions de surveillance telles que les médiateurs,
les contrôleurs généraux, les organismes
de lutte contre la corruption, les commissions des droits
de l'homme, les commissions de juristes et autres organes
constitutionnels n'ont pas l'autonomie et la capacité
voulues. Souvent financées - parfois de manière
insuffisante - par l'État et dirigées par
des responsables nommés par le Président,
elles doivent rendre des comptes au pouvoir exécutif.
En outre, certaines d'entre elles souffrent des problèmes
d'exode des cerveaux liés au débauchage de
main-d' œuvre et à la mobilité du personnel
au sein de la région ou vers d'autres continents,
ainsi qu'aux taux de mortalité élevés
dus au VIH/sida.
54. Le groupe a formulé
les recommandations suivantes :
- Les organismes de surveillance, la
société civile et les médias devraient
avoir des codes de conduite ;
- Il faut mettre en place un cadre juridique
et politique efficace qui puisse réduire au minimum
les contrôles et les réglementations étatiques ;
- Les activités des institutions
de surveillance devraient être dépénalisées ;
- Tous les organismes financés
par l'État devraient répondre de l'utilisation
des fonds reçus et être libres, de par
la loi, de mener leurs activités dans les locaux
de leur choix;
- Il convient d'encourager le développement
de médias privés et responsables en mettant
en place, entre autres mesures, des cadres juridiques
et politiques propices, afin que les médias puissent
jouer un rôle transparent et responsable dans
les questions de financement et de propriété ;
- Il convient d'encourager des médias
publics pluralistes et équitables, en créant
des institutions et des organes régulateurs des
médias publics qui soient autonomes.
55. Le groupe a ensuite
proposé une stratégie et une liste d'acteurs
pour résoudre les problèmes susmentionnés.
Cette stratégie à volets multiples devrait
englober la formation aux fins du renforcement des capacités,
l'élaboration d'instruments juridiques et politiques
destinés à créer des conditions propices
et à consolider la pratique de la bonne gouvernance,
ainsi que le renforcement de l'autonomie dans la nomination
des hauts responsables et l'allocation des ressources. Les
acteurs chargés de la mise en œuvre de cette stratégie
peuvent être, notamment, les organisations de la société
civile, les pouvoirs publics, les parlements, les donateurs,
les organes constitutionnels, les médias et les communautés
de base.
b) Efficacité
du service public
56. Le service public reste
le principal cadre gouvernemental pour la prestation de
biens et de services sociaux ainsi que la réalisation
d'activités de développement au profit des
populations de la sous-région. Or, on a constaté
que le service public était confronté à
plusieurs problèmes, notamment l'exode des compétences
dû à l'insuffisance des salaires et des primes,
la pandémie du VIH/sida, le débauchage de
main-d' œuvre, l'absence de moyens pour la mise en valeur
des ressources humaines, l'inefficacité de l'allocation
des ressources et l'utilisation, parfois à des fins
politiques, du service public. La corruption constitue également
un problème au sein de la fonction publique. Tous
ces problèmes misent à l'efficacité
de la prestation de services et de biens sociaux aux populations
de la sous-région.
57. Le groupe a formulé
les recommandations ci-après :
- Il convient de mener rapidement à
bien le Protocole sur la liberté de circulation
au sein de la SADC et l'appliquer dans les plus brefs
délais afin d'encourager la mobilité de
la main-d' œuvre dans la sous-région ;
- Il faut engager un dialogue et un débat
ouverts sur la mobilité de la main-d' œuvre.
La CEA devrait de toute urgence commencer à faciliter
les discussions sur la liberté de circulation
des personnes et ses incidences au sein de la SADC ;
- Tous les secteurs doivent s'attaquer
à l'exode des compétences vers les autres
continents en usant de diplomatie et d'autres méthodes
pour parler à ceux qui débauchent la main-d'
œuvre spécialisée de la sous-région,
ainsi qu'en offrant de meilleurs traitements et avantages
aux professionnels locaux ;
- Il convient d'encourager la formation
et le perfectionnement du personnel, en faisant en sorte
que le recrutement et la promotion soient fondés
sur des critères de mérite plutôt
que sur des considérations politiques ou tribales ;
- L'allocation et l'utilisation des
ressources dans le secteur public doivent être
rationalisées ;
- Le VIH/sida doit être combattu
de toute urgence et sur tous les fronts, en tant que
crise des ressources humaines ;
- Toutes les formes de corruption devraient
être maîtrisées, voire éliminées,
dans la fonction publique.
58. Le groupe a estimé
que la libre circulation des travailleurs était une
question sensible, épineuse et, pourtant, cruciale
pour le développement socioéconomique des
différents États et de la sous-région.
C'est dans cet esprit qu'il a repris les recommandations
du groupe d'experts de la CEA sur les marchés du
travail et l'emploi en Afrique australe (2002 : 34-35).
Ce groupe d'experts a notamment souligné la nécessité :
- « De souscrire au principe
de la libre circulation des personnes au sein de la
sous-région, dans le contexte du projet de Protocole
de la SADC sur la facilitation de la circulation des
personnes ;
- De reconnaître l'importance
potentielle de la libre circulation des travailleurs
pour l'intégration régionale et sociale,
et de noter que les dispositions de certains instruments
régionaux n'ont pas été entièrement
appliquées ;
- De créer les conditions propices
à la libre circulation des personnes en ce qui
concerne notamment :
a) Les réglementations
concernant les visas ;
b) L'équilibrage
des gains et des pertes résultant de la libre circulation
(politiques de compensation) ;
c) Les règlements
régissant le change ;
d) Les dispositions régissant
les affaires et l'investissement ;
e) L'harmonisation progressive
des conditions de travail ainsi que des politiques de l'emploi
et la promotion proactive de l'emploi au niveau national ;
f) La lutte contre l'exode
des compétences (y compris des étudiants),
conformément aux mesures détaillées
énoncées dans le NEPAD pour inverser la tendance,
et telle qu'elle est envisagée et exposée
dans le document de l'Organisation internationale pour les
migrations (OIM) consacré aux migrations aux fins
du développement en Afrique, ainsi que dans les recommandations
formulées par l'Organisation internationale du Travail
(OIT) et d'autres organismes compétents ;
- D'exploiter les aspects positifs de
l'exode des compétences, par exemple :
- Rapatriement des revenus ;
- Investissement des revenus ;
- Services professionnels de courte
durée dans le pays d'origine ;
- Renforcement des capacités ;
- Double nationalité des
personnes de la diaspora.
- De collaborer avec les organisations
sous-régionales et l'Union africaine afin d'harmoniser
les approches de la question des travailleurs migrants
;
- D'encourager et de renforcer la collaboration
interministérielle et l'échange d'informations
entre les ministères compétents (Ministère
du travail et Ministère de l'intérieur,
par exemple) ;
- D'assurer la protection des travailleurs
migrants en ratifiant et en appliquant les normes internationales
du travail concernant les travailleurs migrants, notamment
les deux conventions pertinentes de l'OIT et la Convention
internationale de 1990 sur les droits des travailleurs
migrants ;
- D'engager le dialogue avec les partenaires
sociaux sur la question des migrations ;
- De promouvoir la bonne gouvernance
afin de retenir la main-d' œuvre. Il convient à
cet égard d' œuvrer à la réalisation
des objectifs du NEPAD. »
59. Étant donné
que les problèmes découlant de cette question
se recoupent largement, le groupe a proposé une stratégie
et désigné des acteurs pour réformer
le secteur public aux fins d'une plus grande efficacité
dans la prestation de services. Cette stratégie à
volets multiples devrait avoir un vaste champ d'application
et comprendre des phases à court, moyen et long termes.
Parmi les acteurs appelés à mettre en œuvre
cette stratégie, figurent les pouvoirs publics, les
donateurs, les organismes internationaux, les organes régionaux,
les mouvements de travailleurs, le secteur privé
ainsi que les établissements d'enseignement et de
formation.
c) La lutte contre la
corruption
60. Ayant à l'esprit
la gravité du phénomène de corruption,
le groupe sous-régional a fait observer que le Protocole
de la SADC contre la corruption (2001 : 6-9) contenait
une définition très complète de la
corruption, à savoir :
a) « Le fait de
solliciter ou d'accepter, directement ou indirectement,
par un agent public, tout article de valeur monétaire
ou toute autre prestation, notamment un cadeau, une faveur,
une promesse ou un avantage pour soi-même ou pour
toute autre personne ou entité, en échange
d'un acte ou d'une omission dans l'exercice de ses fonctions
publiques ;
b) Le fait d'offrir ou d'accorder,
directement ou indirectement, par un agent public, tout
article de valeur monétaire ou toute autre prestation,
notamment un cadeau, une faveur, une promesse ou un avantage
pour soi-même ou pour toute autre personne ou entité,
en échange d'un acte ou d'une omission dans l'exercice
de ses fonctions publiques ;
c) Tout acte ou toute omission
par un agent de l'État dans l'exercice de ses fonctions
publiques aux fins d'obtenir illicitement des avantages
pour lui-même ou pour un tiers ;
d) Le détournement
par un agent de l'État, à des fins autres
que celles qui étaient prévues, à son
profit ou au profit d'une tierce partie, de biens meubles
et immeubles, d'argent ou de titres appartenant à
l'État, et le transfert à un organisme indépendant
ou à un particulier de ces biens, de cet argent et
de ces titres qui avaient été confiés
à l'agent en question en vertu de ses fonctions aux
fins d'administration, de garde ou pour d'autres raisons ;
e) Le fait d'offrir ou de
donner, de promettre, de solliciter ou d'accepter, directement
ou indirectement, tout avantage indu à une personne
ou par une personne travaillant à quelque titre que
ce soit pour une entreprise privée, pour elle-même
ou pour autrui, afin que cette personne agisse ou s'abstienne
d'agir, en violation de ses devoirs ;
f) Le fait d'offrir, de
donner, de solliciter ou d'accepter, directement ou indirectement,
ou de promettre tout avantage indu à une personne
ou par une personne qui affirme ou confirme qu'elle est
capable d'exercer une influence indue sur la décision
d'une autre personne accomplissant des fonctions dans le
secteur public ou privé, que l'avantage indu soit
pour elle-même ou pour autrui, ainsi que le fait de
demander, de recevoir ou d'accepter l'offre ou la promesse
d'un tel avantage eu égard à cette influence,
que celle-ci ait été exercée ou non
et qu'elle ait débouché ou non sur le résultat
escompté ;
g) L'utilisation frauduleuse
ou le recel de biens tirés des actes visés
par le présent article ;
h) La participation, en
tant qu'auteur principal, co-auteur, agent, instigateur
ou complice, ou de quelque autre manière, à
la commission ou à la tentative de commission de
l'un quelconque des actes visés par le présent
article, ainsi que toute collaboration ou conspiration en
vue de la commission de ces actes. »
61. Le groupe a précisé
que la corruption constituait dans la sous-région
un problème important et complexe, qui affectait
tous les secteurs de la vie publique et privée et
qui représentait un gros défi pour la bonne
gouvernance. Le recours aux institutions anti-corruption
pour des « procès politiques »
plutôt que pour des « poursuites contre
les auteurs d'actes de corruption » porte atteinte
à l'intégrité et à la capacité
de ces institutions ainsi qu'à la confiance que le
public place en elles. La politisation de ces institutions
affaiblit purement et simplement la lutte contre la corruption.
62. La raison en est que
certaines affaires de corruption portées devant les
tribunaux de certains pays souffrent d'un manque de preuves
crédibles, ce qui conduit à l'acquittement
coûteux des suspects et au gaspillage du peu de ressources
dont dispose l'État. Ce problème a été
attribué en partie au fait que la corruption politique
n'est pas toujours traitée comme une grave forme
de corruption en tant que telle ; or, il s'agit d'un
problème de gouvernance que l'on doit rapidement
résoudre si l'on veut faire de la bonne gouvernance
une réalité dans la sous-région.
63. Le groupe a formulé
les recommandations suivantes :
- Les États membres de la SADC
devraient de toute urgence incorporer dans leur ordre
juridique interne le Protocole sous-régional
et les autres traités internationaux sur la corruption ;
- Il convient de renforcer les institutions
de lutte contre la corruption en leur donnant une autonomie
réelle pour ce qui est de leurs fonctions, du
contrôle, de l'obligation redditionnelle, du financement
et de la nomination des hauts responsables ;
- Il faut accélérer la
production et la diffusion des rapports d'audit sur
les institutions publiques ;
- Les autorités gouvernementales
doivent manifester la volonté politique d'appliquer
les recommandations issues des rapports d'audit ;
- Il convient d'instituer des mécanismes
de suivi de l'application des recommandations issues
des rapports d'audit ;
- Il faut dépolitiser les institutions
de lutte contre la corruption et leur fournir des ressources
suffisantes ;
- Le rôle des médias d'investigation
sur la corruption doit être renforcé grâce
à la mise en place de cadres constitutionnels
et institutionnels, à la nomination de personnes
compétentes et à la stabilité de
l'emploi ;
- Il convient de mettre en place des
mécanismes permettant de poursuivre les complices
intérieurs et extérieurs des actes de
corruption ;
- La corruption politique devrait être
définie avec précision, visée par
une loi et combattue en tant qu'obstacle de taille à
la bonne gouvernance politique et économique.
64. Aussi le groupe a-t-il
proposé des méthodes et désigné
des acteurs pour lutter contre la corruption, qui, en tant
que problème affectant la quasi totalité des
aspects de la vie, appelle une stratégie à
volets multiples. Toutefois, les principaux acteurs de ce
combat restent les organes constitutionnels de lutte contre
la corruption, les donateurs, la police, les tribunaux,
les parlements, les pouvoirs publics, les communautés
de base, les partis politiques, la SADC et l'Union africaine
par le truchement de leurs protocoles contre la corruption.
2.5
Gouvernance économique et bonne gestion des entreprises
a) Privatisation et économie
locale - investissements étrangers
65. Le groupe a fait observer
que la gouvernance devait être considérée
comme un problème à la fois économique
et politique. Sur le plan économique, le groupe a
mis en évidence les problèmes suivants :
la privatisation est une forme de démembrement externe
et interne des ressources et des actifs nationaux par le
biais de ventes sanctionnées par l'État plutôt
que par des mesures visant à responsabiliser les
populations locales ; les gouvernements ont fait preuve
d'irresponsabilité en contractant des emprunts qui
provoquent une instabilité macroéconomique
et un niveau d'endettement intolérable ; la
gestion de la dette et les procédures d'achat sont
inadaptées ; les conditions accordées
aux pays pauvres très endettés (PPTE) dans
le cadre de l'allègement de la dette sont insuffisantes au
regard du NEPAD; les droits de propriété des
pays africains sont violés par le biais du bio-piratage
des brevets ; aucune mesure n'est prise pour renforcer
le pouvoir d'action économique des populations locales
grâce à des investissements étrangers
directs et à des mécanismes de prêt
efficaces ; enfin, il y a une forte dépendance
à l'égard de l'aide extérieure et les
ressources naturelles sont mal gérées.
66. Le groupe a formulé
les recommandations suivantes :
- Il convient de réfléchir
à la question de la privatisation pour voir si
elle est toujours nécessaire ou si elle apporte
un plus à la croissance et au développement
de l'économie nationale ;
- La privatisation devrait être
un moyen de renforcer le pouvoir d'action des populations
locales et de promouvoir le secteur privé local ;
- La mobilisation des emprunts et la
gestion de la dette devraient constituer des éléments
fondamentaux de la gestion économique, de l'autonomisation
et de la bonne gestion des entreprises ;
- L'Afrique australe devrait adopter
une approche prudente de la question globale des investissements
étrangers directs et accorder une attention particulière
à la protection des droits intellectuels des
pays africains dans le contexte des accords de l'Organisation
mondiale du commerce (OMC) ;
- Il convient de donner aux populations
locales les moyens de gérer et de diversifier
leurs propres ressources naturelles et d'en tirer profit ;
- La sous-région doit faire entendre
sa voix dans le cadre des processus liés à
la gouvernance de la Banque mondiale et du FMI ;
elle doit également réfléchir à
la question de l'aide étrangère pour voir
si celle-ci apporte un plus à sa croissance économique
et à son développement.
67. La sous-région
est confrontée à de graves problèmes
d'envergure nationale et régionale qui appellent
des efforts concertés et des stratégies intégrées.
Aux niveaux national, régional et international,
ces stratégies comprennent les volets suivants :
instruments juridiques, engagement politique, diplomatie
et dialogue aux fins de la résolution des problèmes.
Les acteurs appelés à mettre en œuvre ces
stratégies peuvent être notamment les gouvernements
nationaux, le secteur privé, les investisseurs étrangers,
les donateurs, les populations locales et les organisations
de la société civile.
b) Rôle du secteur
informel
68. En Afrique australe,
le secteur informel devient de plus en plus adapté
aux besoins des économies nationales. En effet, à
mesure que le secteur structuré se réduit
du fait de son manque de compétitivité à
l'échelle mondiale et de rendement à l'échelle
nationale, de nombreuses personnes ont tendance à
réaliser leurs opérations et leurs activités
économiques dans le secteur non structuré.
Ainsi, ce dernier a acquis une place importante dans la
gestion de l'économie, les activités de développement
et la gestion des entreprises de la sous-région.
Il n'en reste pas moins confronté lui aussi à
des problèmes qui appellent des mesures urgentes
si l'on veut qu'il prenne de l'envergure et contribue efficacement
au développement national. Le secteur informel a
généralement été négligé
dans les différents débats sur la gouvernance
économique et la gestion des entreprises. En outre,
il ne bénéficie pas de la reconnaissance formelle
et officielle des pouvoirs publics ni du soutien qu'apporteraient
des instruments juridiques et politiques adéquats
et des mesures incitatives en faveur de la croissance.
69. Le groupe a formulé
les recommandations ci-après :
- Passer en revue les régimes,
la législation et les politiques d'incitation
économique en vigueur, afin de créer des
conditions propices à la croissance et au développement
du secteur informel ;
- Faciliter pour le secteur informel
l'accès aux ressources et aux informations sur
les débouchés ;
- Apporter au secteur informel le soutien
voulu ;
- Introduire des mécanismes d'appui
législatifs et financiers et mettre en place
un cadre politique favorable à l'entreprenariat,
assorti d'actions positives en faveur du secteur informel.
70. Pour résoudre
les problèmes du secteur informel, le groupe a proposé
une stratégie intégrée de gestion des
entreprises, qui permettrait l'émergence, le développement
et le fonctionnement efficace du partenariat entre les secteurs
structuré et non structuré, parallèlement
aux secteurs public et privé. Les acteurs appelés
à mettre en œuvre cette stratégie sont notamment
les pouvoirs publics, le secteur privé, les banques,
les intermédiaires financiers, les parlements et
les institutions de développement régionales
et internationales.
c) Propriété
des biens
71. Le groupe a fait observer
que la propriété des biens était un
enjeu de gouvernance tant politique qu'économique,
qui était à l'origine de certains problèmes
dans la sous-région d'Afrique australe. Les problèmes
recensés sont notamment les suivants : répartition
inéquitable des biens, rejet des biens traditionnels
tels que les terres tribales et le bétail comme garantie
bancaire et régimes fonciers inadaptés ;
utilisation peu optimale des biens disponibles et protection
inefficace du régime de propriété des
biens locaux ; multiplication des différends
à la suite d'une mauvaise gestion ou d'un héritage
et absence d'une obligation redditionnelle concernant les
ressources et les biens nationaux ; enfin, collusion
des autorités publiques ayant la responsabilité
de gérer les biens nationaux avec des forces extérieures
en vue du pillage des ressources nationales.
72. Ayant mis le doigt sur
ces problèmes, le groupe a formulé les recommandations
ci -après :
- Les réformes agraires devraient
être entreprises dans le souci de redistribuer
équitablement les terres et d'officialiser la
propriété foncière et la sécurité
du régime foncier ;
- Les États devraient favoriser
la répartition équitable et l'utilisation
optimale des ressources foncières et naturelles ;
ils devraient en outre examiner les déséquilibres
historiques et les approches traditionnelles concernant
les régimes fonciers colonial, privé et
coutumier, en vue d'harmoniser les trois régimes
et de les rendre plus équitables ;
- Prendre des mesures pour faire en sorte
que les terres et les autres ressources naturelles appartenant
aux populations et relevant du régime coutumier
soient acceptées par les banques comme garantie
en vue de la formation de capital privé ;
- Renforcer le pouvoir d'action économique
des populations locales pour leur permettre de mieux
exploiter leurs ressources et d'améliorer leur
participation à l'économie nationale ;
- Donner un rang de priorité à
la protection et à la gestion de l'environnement
dont dépendent les ressources naturelles des
États.
73. Les stratégies
à mettre en œuvre à cet égard comprennent
notamment les volets suivants : privatisation sélective,
coentreprises en matière d'investissements étrangers
directs et renforcement du pouvoir d'action économique
des populations locales. Les acteurs appelés à
mettre en œuvre cette stratégie sont notamment les
pouvoirs publics, le secteur privé, les organismes
de la société civile, les autorités
traditionnelles, les communautés de base, les banques,
les milieux universitaires, les investisseurs étrangers
et les donateurs.
d) VIH et sida
74. Dans la sous-région
d'Afrique australe, le VIH et le sida constituent de graves
problèmes, qui n'épargnent aucun secteur.
Il n'est donc pas étonnant que leur impact se fasse
sentir sur tous les aspects de la politique et de l'économie.
La bonne gouvernance peut avoir une incidence sur le VIH/sida
et inversement.
75. Face aux crises du VIH
et du sida, le groupe a souligné la nécessité
d'une stratégie multisectorielle qui soit sans exclusive
en ce qui concerne la contribution et la participation des
acteurs concernés. Ceux-ci peuvent être, notamment,
les pouvoirs publics, le secteur privé, la communauté
internationale, l'Église et la société
civile.
76. Le groupe a vivement
recommandé :
- Que tous les secteurs et acteurs de
l'économie et de la politique fassent du VIH
et de la pandémie du sida une priorité,
qui sera intégrée dans tous leurs programmes ;
- Que soient mises en œuvre la Déclaration
d'Abuja sur le sida ainsi que la Déclaration
de Maseru sur le VIH et le sida (adoptée par
la SADC) et que soient augmentés les crédits
budgétaires alloués à la prévention,
aux soins et à l'atténuation des effets ;
- Que la recherche médicale sur
les vaccins et le traitement du VIH/sida soit encouragée.
2.5 Conclusion
77. Le groupe sous-régional
d'Afrique australe, réuni à Lusaka pour préparer
ADF IV, a reconnu le caractère central des questions
et processus de gouvernance politique et économique
dans le développement socioéconomique et politique
de la sous-région aujourd'hui. Cette reconnaissance
est également manifeste dans d'autres rapports, traités,
résolutions et protocoles issus d'instances similaires.
Au cours de l'atelier de Lusaka, il a été
procédé à un examen approfondi des
systèmes de gouvernance étatiques et traditionnels,
des valeurs et principes constitutionnels, des institutions
et des processus électoraux, de la conduite des élections,
du comportement des citoyens et des électeurs et,
enfin, de la gestion de l'économie. Il a été
unanimement admis que ces questions revêtaient toutefois
un caractère complexe et multisectoriel, et qu'elles
appelaient des stratégies globales, des acteurs multiples,
des ressources importantes et des efforts concertés
dans le cadre du programme de développement des pays
de la sous-région.
78. Il ne suffit pas de
reconnaître le rôle central des questions de
gouvernance dans le développement national et régional.
Encore faut-il une véritable renaissance qui permette
de concrétiser cette reconnaissance par des mesures
appropriées visant à améliorer la situation
dans plusieurs domaines (représentation politique
et économique, participation, égalité
entre les sexes, responsabilité, constitutionnalisme,
autonomisation économique, prestation de services
et de biens publics), tout en combattant de manière
décisive la pandémie du VIH/sida et la corruption
dans la région. Pour obtenir des résultats
positifs sous la forme d'une bonne gouvernance, il convient
de mobiliser les ressources et les acteurs nationaux et
étrangers et de les engager à relever ces
défis et à résoudre ces problèmes.
La sous-région doit définir avec précision
la mission qui lui est dévolue et agir selon des
règles et des principes directeurs harmonisés.
Aussi est-il recommandé que les questions et les
problèmes soulevés et présentés
ici fassent l'objet d'un débat approfondi, pour suite
à donner, lors d'ADF IV à Addis-Abeba en octobre
2004, pour le plus grand bien de la sous-région et
du continent tout entier.
TROISIEME
PARTIE
MATRICE
DU PLAN D'ACTION
QUESTION/PROBLÈME |
MESURES
A PRENDRE |
STRATEGIE |
ACTEURS |
RESSOURCES |
Systèmes,
lois et codes de conduite électoraux |
Réformes
juridiques et politiques, incorporation dans les
ordres juridiques internes et harmonisation des
instruments et protocoles |
Approche
multisectorielle |
Organes
électoraux, pouvoirs publics, société
civile |
Fonds,
volonté morale et politique, ressources humaines,
ressources matérielles |
Inégalité
entre les sexes |
Sensibilisation,
législation, autonomisation, politique et
plaidoyer |
Approche
multisectorielle |
Hommes,
femmes, jeunes, pouvoirs publics, société
civile, secteur privé, partis politiques |
Fonds,
ressources humaines, volonté morale et politique,
ressources matérielles et économiques |
Marginalisation
des jeunes |
Réformes
politiques et législatives concernant le
renforcement du pouvoir d'action des jeunes, leur
participation et leur développement |
Approche
multisectorielle |
Jeunes,
hommes et femmes, société civile,
secteur privé |
Fonds,
volonté morale et politique, ressources matérielles
et économiques, ressources humaines |
Constitutions
sans constitutionnalisme |
Révisions
constitutionnelles, enraciner le constitutionnalisme
et une culture politique démocratique dans
les systèmes politiques et parmi les acteurs
politiques, réduire la domination du pouvoir
exécutif dans les systèmes politiques |
Approche
multisectorielle |
Partis
politiques, pouvoirs publics, société
civile, notables, donateurs |
Fonds,
appui technique, ressources humaines, volonté
politique et morale |
VIH/sida |
Assurer
un rôle plus dynamique dans la recherche et
la diffusion de l'information, formuler des politiques
et promulguer des lois, engager davantage de ressources,
lutter contre la stigmatisation grâce à
la promotion d'un changement d'attitude et d'une
évolution culturelle |
Approche
multisectorielle |
Pouvoirs
publics, donateurs, populations, société
civile, Église |
Volonté
morale et politique, fonds, ressources matérielles,
ressources humaines |
Corruption |
Donner
aux institutions de surveillance davantage d'autonomie
et de ressources, dépolitiser les affaires
de corruption, renforcer le rôle des médias
d'investigation et encourager la déontologie
et la responsabilité |
Approche
multisectorielle |
Pouvoirs
publics, donateurs, populations, société
civile, tribunaux, organes constitutionnels compétents
en matière d'obligation redditionnelle |
Volonté
politique et morale, fonds, appui technique, ressources
humaines, ressources matérielles |
Mauvaise
gestion de l'économie et des entreprises |
Consolider
la justice sociale, engager des réformes
économiques afin de renforcer le pouvoir
d'action des pauvres, entreprendre une nouvelle
répartition des ressources, garantir les
droits de propriété |
Approche
multisectorielle |
Pouvoirs
publics, secteur privé, donateurs, société
civile, populations, secteur informel |
Fonds,
ressources humaines, appui et conseils techniques,
investissements |
Mauvaise
qualité du service public |
Améliorer
l'efficacité du service public, réformer
la fonction publique et assurer son intégrité |
Approche
multisectorielle |
Pouvoirs
publics, donateurs, secteur privé, société
civile, populations |
Fonds,
appui et conseils techniques, ressources humaines,
volonté politique |
Absence
de financement des partis politiques |
Fournir
des fonds suffisants aux partis politiques représentés
au parlement, légiférer sur le financement
des partis aux fins de la responsabilité
et de la transparence, distinguer les activités
du parti au pouvoir de celles du gouvernement |
Approche
multisectorielle |
Partis
politiques, pouvoirs publics, donateurs, secteur
privé, sympathisants, communauté internationale
|
Fonds,
appui et conseils echniques, volonté politique,
base des ressources humaines du parti et mécanisme
comptable |
Incompatibilité
des systèmes de gouvernance traditionnels
et étatiques |
Concilier
les deux systèmes de gouvernance, utiliser
comme critère le respect des droits de l'homme |
Approche
bisectorielle |
Pouvoirs
publics, autorités traditionnelles, société
civile, organes constitutionnels et organismes de
recherche |
Volonté
politique, fonds, appui et conseils techniques,
ressources humaines |
RÉFÉRENCES
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Employment in Southern Africa, Lusaka, 2003.
Electoral Institute of Southern
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SADC.A Guide to Gender Dimensions
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---- Parliamentary Forum
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SADC Parliamentary Forum
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Defense and Security Co-operation, Blantyre, 2001
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2000
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