Tour
d'horizon de la gouvernance en Afrique de l'Est : Recommandations
et Plan d'action
Atelier préparatoire
au quatrième Forum pour le développement de
l'Afrique (ADF IV) pour les États d'Afrique de l'Est
et d'Afrique australe
Lusaka, 24-26 novembre 2003
Table
des matières
Première Partie
Historique
et Introduction
1.1
Historique
1.2
Faits marquants survenus en Afrique de l'Est
1.3
Le Projet africain sur la gouvernance
1.4
Conclusions tirées des rapports nationaux
1.5
Quelques observations importantes
Deuxième
Partie
Points de vue
de L'Afrique De L'Est sur la Gouvernance
2.1
Consultation sous-régionale
2.2
Les défis de la gouvernance et la voie à
suivre
Troisième
Partie
Matrice
du plan d'action
Première
Partie
Historique
et Introduction
1.1
Historique
Le rôle de la participation
populaire au redressement et au développement économiques
de l'Afrique a, au fil des ans, gagné en reconnaissance
auprès des gouvernements africains et de leurs partenaires
pour le développement, notamment le système
des Nations Unies. Le Programme d'action des Nations Unies
pour le redressement économique et le développement
de l'Afrique, 1986-1990 (PANUREDA) a d'ailleurs été
un des principaux fruits de cette reconnaissance.
En outre, trois grandes
conférences internationales organisées par
l'ONU, les organisations non gouvernementales (ONG) et les
gouvernements africains ont permis de mettre en évidence
l'importance cruciale de la participation populaire pour
le développement durable. Il s'agit de la Conférence
internationale d'Abuja sur l'Afrique : le défi
du redressement économique et du développement
accéléré (1987), de la Conférence
internationale de Khartoum sur la dimension humaine du redressement
et du développement de l'Afrique (1988) et de la
Conférence internationale sur la participation populaire,
tenue à Arusha (République-Unie de Tanzanie)
en 1990, au cours de laquelle a été adoptée
la Charte africaine de la participation populaire au développement.
La bonne gouvernance figure
également à l'ordre du jour des réunions
internationales depuis la fin des années 80, en particulier
à la suite des résultats des programmes d'ajustement
structurel (PAS) et, plus récemment, des conditionnalités
et des processus liés aux documents de stratégie
pour la réduction de la pauvreté (DSRP). Les
PAS n'ayant pas permis de surmonter les principaux obstacles
structurels et institutionnels à une croissance rapide
et soutenue dans les pays africains, des termes et concepts
tels que démocratie, société civile,
participation populaire, transparence, obligation redditionnelle,
droits de l'homme, etc. sont apparus sur la scène
de l'économie du développement.
En effet, alors que les
PAS étaient surtout axés sur la maîtrise
des prix grâce à la libéralisation,
à la déréglementation et à la
privatisation, c'est la nécessité de mettre
en place des institutions appropriées et efficaces
pour formuler des politiques et en gérer la mise
en œuvre au profit de l'ensemble des groupes de citoyens
qui, depuis peu, est au cœur de la « bonne
gouvernance », devenue la pierre angulaire du
programme de développement.
La bonne gouvernance est
certes reconnue depuis un certain temps comme à la
fois un objectif de développement et un moyen d'assurer
le développement de l'Afrique, mais ce n'est que
récemment qu'ont été soulignés
les rapports intrinsèques entre la bonne gouvernance
et le développement humain durable, y compris la
réduction de la pauvreté. C'est ainsi que
dans le Nouveau Partenariat pour le développement
de l'Afrique (NEPAD), initiative conçue et mise en
œuvre par les Africains eux-mêmes, les dirigeants
africains ont réaffirmé :
-
Que la croissance et
le développement économique de leurs pays
étaient fortement tributaires d'un grand nombre
de facteurs politiques, notamment la bonne gouvernance
économique et la bonne gestion des entreprises ;
-
Que la gouvernance politique
était un préalable à la bonne gouvernance
économique et à la bonne gestion des entreprises.
La capacité de l'État
à poser le cadre institutionnel propre à favoriser
la bonne gouvernance est essentielle à l'interaction
entre, d'une part, le développement économique
et la gouvernance politique et, d'autre part, la gouvernance
économique et la bonne gestion des entreprises. Dans
le NEPAD, il est également souligné que le
bon fonctionnement des institutions publiques africaines
appelle d'importantes mesures de réforme et de renforcement
des capacités. Ces réformes institutionnelles
doivent être axées sur le renforcement des
aspects ci-après :
-
Administration et fonction
publique ;
-
Contrôle parlementaire ;
-
Processus décisionnel
concerté ;
-
Mesures efficaces de
lutte contre la corruption et le détournement
de fonds ;
-
Réformes judiciaires.
C'est dans ce contexte que
de nombreux pays africains, notamment ceux d'Afrique de
l'Est, ont récemment pris d'importantes mesures visant
à renforcer la gouvernance, l'objectif global étant
d'améliorer les perspectives de développement
humain durable.
1.2
Faits marquants survenus en Afrique de l'Est
Le contexte socioéconomique
En 2002, le taux de croissance
économique dans la sous-région d'Afrique de
l'Est n'a pas beaucoup évolué par rapport
à 2001, soit en moyenne 4,2% contre 4,4%, ce qui
traduit les bons résultats obtenus dans tous les
pays, sauf Madagascar (-11,9%).
Tableau 1 : croissance
économique des pays d'Afrique de l'Est, 1997-2002
(%)
| |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
Burundi |
0,7 |
4,4 |
-1,2 |
-0,3 |
3,2 |
4,1 |
Comores |
-1,1 |
-1,1 |
1,2 |
0,8 |
1,0 |
2,5 |
Djibouti |
3,1 |
1,7 |
2,2 |
4,0 |
1,5 |
2,0 |
Érythrée |
7,0 |
3,0 |
3,0 |
1,2 |
5,8 |
6,0 |
Éthiopie |
5,6 |
0,5 |
6,5 |
5,5 |
7,0 |
7,1 |
Kenya |
2,3 |
2,7 |
1,4 |
-0,3 |
1,0 |
1,2 |
Madagascar |
4,0 |
3,5 |
4,7 |
4,8 |
6,7 |
-11,9 |
Ouganda |
5,5 |
4,0 |
5,3 |
5,1 |
4,8 |
5,5 |
Rép.
dem. du Congo |
-4,1 |
-0,7 |
3,0 |
-11,4 |
-4,1 |
2,0 |
Rwanda |
10,9 |
6,7 |
5,0 |
6,3 |
6,0 |
9,9 |
Seychelles |
1,5 |
3,0 |
2,9 |
-8,4 |
-8,1 |
2,0 |
Somalie |
5,0 |
2,6 |
1,5 |
-0,8 |
- |
- |
Tanzanie |
3,3 |
5,0 |
5,7 |
4,4 |
4,6 |
4,4 |
Moyenne
sous-régionale |
3,2 |
2,5 |
3,8 |
0,6 |
4,4 |
4,2 |
Sources : -
Rapports de pays, diverses années
- Rapport sur le développement
de l'Afrique, 2002
Les pays ayant le plus contribué
à cette croissance sont ceux qui ont mis en œuvre
des réformes macroéconomiques et qui ont bénéficié
d'une stabilité intérieure et d'une aide importante
des partenaires de développement, notamment l'Éthiopie,
l'Ouganda, la République-Unie de Tanzanie et le Rwanda.
La crise qui a frappé Madagascar au lendemain des
élections présidentielles de décembre
2001 a conduit à la détérioration des
agrégats macroéconomiques, mais les résultats
de 2001 (6,7%) sont de bon augure pour 2002. En ce qui concerne
le Kenya, les incertitudes liées à l'issue
des élections présidentielles de décembre
2002 ont provoqué la réduction de la demande
de biens importés et la baisse des flux d'aide pour
le développement. Le processus de paix engagé
en République démocratique du Congo (RDC)
et au Burundi permet de jeter les bases d'un redressement
économique dans ces deux pays.
Outre la destruction de
l'infrastructure économique du fait des conflits,
on note que 46% des Africains vivent en dessous du seuil
de pauvreté, la plus forte proportion étant
enregistrée au Rwanda, où les pauvres représentent
70% de la population. Les efforts de redressement économique
sont également entravés par plusieurs autres
facteurs tels que le service de la dette, qui représente
environ 93,8% du PIB total de la sous-région d'Afrique
de l'Est. Le redressement économique se heurte en
outre à la baisse des volumes d'aide et des investissements
ainsi qu'à la faiblesse des moyens humains et technologiques.
Exception faite des Seychelles,
il convient de considérer le marasme économique
et la pauvreté dans le contexte des situations politiques
difficiles que connaissent les pays de la sous-région,
en particulier l'instabilité politique dans les pays
des Grands Lacs, dans la Corne de l'Afrique et à
Madagascar. Au cours de la décennie écoulée,
plusieurs pays d'Afrique de l'Est ont non seulement connu
des conflits armés et une instabilité politique,
mais ont également été affectés
par des épidémies telles que le VIH/sida et
le paludisme. L'impact des facteurs sanitaires a été
important et, dans la plupart des cas, dévastateur.
Des millions de personnes sont mortes, la plupart d'entre
elles sous la torture, et davantage sont devenues des réfugiés
et des déplacés.
Par ailleurs, les populations
de la sous-région entretiennent de nombreuses relations
sur les plans ethnique, culturel, social et politique, ce
qui fait que les conflits ou troubles survenant dans un
pays ont des conséquences directes pour l'ensemble
de la région. C'est particulièrement le cas
dans la région des Grands Lacs, où les conflits
qui déchirent l'un des États (Burundi, Ouganda,
République démocratique du Congo, République-Unie
de Tanzanie et Rwanda) débordent dans les pays limitrophes.
La porosité des frontières et les relations
de parenté entre les populations de part et d'autre
des frontières - qui partagent la même culture
et les mêmes valeurs - viennent compliquer et aggraver
la situation.
De par leur nature, leur
ampleur, leur durée et leur nombre, les conflits
compromettent la stabilité nationale et régionale
nécessaire à l'intégration économique
ainsi qu'au développement régional, et empoisonnent
les relations entre les États et les peuples. Ils
empêchent la création ou le maintien des conditions
requises pour un essor de la démocratie participative
et de la bonne gouvernance.
Cette situation de conflit
est la conséquence d'une longue accumulation de problèmes
complexes et liés, notamment la mauvaise gouvernance,
l'absence de démocratie, la monopolisation du pouvoir
politique par un individu ou un groupe ethnique, l'exclusion
systématique de certains groupes ethniques ou autres
groupes d'intérêt de la vie politique, la corruption
généralisée, le népotisme, la
violation des droits fondamentaux et l'aggravation de la
pauvreté. Ces facteurs négatifs expliquent
la répétition cyclique des violences politiques
et ethniques ainsi que l'instabilité quasi permanente
dans la plupart des pays de la sous-région.
1.3
Le Projet africain sur la gouvernance
La Commission économique
pour l'Afrique (CEA) a été le principal animateur
du débat sur la bonne gouvernance, soulignant à
maintes occasions le rôle central de la gouvernance
dans l'Afrique contemporaine et mettant en évidence
les relations d'interdépendance entre la bonne gouvernance
et le développement économique durable. S'il
est sans doute vrai que l'on peut s'attaquer à la
mauvaise gestion et à l'inefficacité en réduisant
la taille et le rôle de l'État, la CEA n'en
a pas moins soutenu que les États ayant embrassé
l'idéal de la démocratie et fait le pari du
développement étaient essentiels et avaient
les meilleures chances de favoriser le redressement et le
développement de la région. La CEA continue
d'ailleurs de souligner que, pour inverser la tendance au
déclin économique, il fallait des gouvernements
engagés et actifs, dotés de capacités
renforcées dans les domaines de la formulation des
politiques ainsi que de la gestion des services essentiels
et ne redoutant pas de voir leur action passée au
crible, au nom de la responsabilité et de la transparence.
Dans le cadre de son engagement
renouvelé à mieux servir l'Afrique et en sa
qualité d'organisme chef de file pour le volet gouvernance
du NEPAD, la CEA a réaffirmé sa détermination
à contribuer au renforcement des capacités
et de l'efficacité des gouvernements et à
consolider les institutions et les pratiques de bonne gouvernance
sur le continent.
C'est parce qu'elle a reconnu
l'importance de la bonne gouvernance pour le développement
économique et social que la CEA a entrepris un ambitieux
programme visant à étudier et à mesurer
les aspects multiples et complexes de la gouvernance en
Afrique. Le Projet africain sur la gouvernance a pour but
d'évaluer et de suivre les progrès que les
différents pays accomplissent sur la voie du renforcement
des valeurs démocratiques et de la gouvernance. Ce
Projet, qui vient compléter les efforts des gouvernements,
se veut donc une tentative de forger, au sein de la vaste
palette de parties prenantes, un consensus sur les méthodes
à employer pour améliorer la bonne gouvernance
sur le continent.
Le Projet africain sur la
gouvernance a été lancé dans cinq des
13 pays relevant du Bureau sous-régional de la CEA
en Afrique de l'Est, à savoir l'Éthiopie,
le Kenya, l'Ouganda, la République-Unie de Tanzanie
et le Rwanda. Le rapport sur le Projet fait état
des résultats provisoires des études et des
activités de bonne gouvernance actuellement menées
par le Programme des Nations Unies pour le développement
(PNUD) au Burundi, à Djibouti et en RDC.
Dans chaque pays, les enquêtes
ont porté sur un échantillon allant de 1000
à 2500 ménages, et 100 experts et intellectuels.
Les questions portaient sur les points de vue de la population
concernant la bonne gouvernance dans les domaines suivants :
-
Représentation
politique ;
-
Efficacité des
institutions ;
-
Gouvernance économique
et bonne gestion des entreprises.
1.4
Conclusions tirées des rapports nationaux
Les conclusions tirées
des rapports nationaux portent sur les trois domaines susmentionnés.
Le consensus qui s'en dégage est que la bonne gouvernance
est une condition sine qua non du développement
humain durable. En effet, la bonne gouvernance favorise
une allocation des ressources judicieuse et conforme aux
priorités, tout en garantissant la participation
populaire à la mise en œuvre des programmes
de développement. Pour réaliser cet objectif,
les pays de la sous-région doivent mettre en place
des institutions publiques qui soient fortes et centrées
sur le peuple et instaurer une culture d'intégration
politique et sociale.
Représentation
politique : La participation de la population
aux processus électoraux reste médiocre, en
particulier pour les femmes, qui sont de loin le groupe
le moins représenté dans les différents
organes gouvernementaux. En outre, les parlements ne disposent
pas des ressources matérielles voulues ni de capacités
suffisantes pour accomplir leurs fonctions de base, à
savoir la représentation nationale, l'élaboration
de lois et le contrôle de l'activité gouvernementale.
Cette situation est essentiellement due à l'absence
d'une véritable tradition parlementaire, conséquence
de plus de 40 ans de régimes à parti unique,
qui ne permettaient pas aux institutions parlementaires
de mettre en œuvre les ressources et mécanismes
nécessaires à leur fonctionnement dans un
système consacrant la séparation des pouvoirs.
De nombreux pays ont engagé
des réformes politiques fondées sur le respect
des principes démocratiques et ont mis en place les
organes chargés de leur application. Ces réformes
sont généralement axées sur les points
suivants :
-
Constitutions et constitutionnalisme ;
-
Code électoral ;
-
Organisation des partis
politiques ;
-
Statut du corps judiciaire ;
-
Presse et communication.
La légitimité
des régimes politiques est généralement
reconnue, même si la participation populaire se heurte,
notamment, aux faibles niveaux d'instruction, à la
discrimination sexuelle et au fossé entre zones rurales
et zones urbaines. La plupart des constitutions prévoient
la participation à la vie politique sans discrimination
aucune fondée sur la race, la couleur, la naissance,
la religion, la tribu, l'origine et l'appartenance ethnique.
Dans certains pays, la représentation politique repose
sur un système législatif bicaméral,
comprenant des membres élus et des membres désignés.
Il ressort de certains rapports
que la séparation des pouvoirs n'est pas totale entre
le législatif, l'exécutif et le judiciaire,
même si quelques améliorations sont à
noter en ce qui concerne les systèmes de contrepouvoirs.
En outre, les pouvoirs législatif et exécutif
sont faibles et ne sont pas indépendants, tandis
que les collectivités locales ne font pas preuve
d'efficacité dans la prestation de services. Dans
certains pays, les citoyens estiment avoir un accès
raisonnable aux services mais jugent que ceux-ci sont de
qualité médiocre et, parfois, trop onéreux.
L'accès aux services publics tels que l'approvisionnement
en eau, qui était auparavant facile, est aujourd'hui
devenu difficile ; en outre, rares sont les politiques
foncières mises en place et il n'existe pas de stratégie
globale en ce qui concerne la parité hommes-femmes.
Le multipartisme est accepté
dans toutes les constitutions, ce qui a facilité
l'émergence de plusieurs partis politiques, même
si, la plupart du temps, ces derniers éprouvent des
difficultés à se faire enregistrer. Malgré
l'instauration d'un climat politique relativement satisfaisant
dans plusieurs pays, il reste beaucoup à faire. Le
choix des candidats aux élections ne se fait pas
en fonction des compétences ou des capacités
des intéressés. Étant donné
que certains partis ont une base ethnique ou régionale,
la population tend à voter pour son groupe ethnique
ou pour sa sous-région, plutôt que pour le
candidat proposé. Il en a résulté une
prolifération de partis politiques, dont certains
ont été fondés par des individus mécontents
de leur ancien parti. Une nouvelle évolution consiste
pour les partis à former une coalition, de façon
à mettre en place une force capable d'affronter le
parti au pouvoir, comme on l'a vu au Kenya et en Zambie
et comme cela semble être le cas au Malawi.
Le cas de l'Éthiopie
met en évidence quelques solutions de rechange politiques.
En effet, au contraire d'autres pays caractérisés
par un État unitaire centralisé, l'Éthiopie
a adopté le fédéralisme comme pierre
angulaire de son système politique. Le gouvernement
de transition qui a pris le pouvoir en 1991 a décidé
d'abolir l'État unitaire centralisé et de
le remplacer par le fédéralisme en 1992. Le
processus de décentralisation avait une motivation
politique, à savoir satisfaire divers groupes ethniques
après une longue guerre civile. Le choix politique
fondamental a consisté à considérer
le développement régional comme le meilleur
moyen de décentralisation du pouvoir dans le contexte
éthiopien. En optant pour des « arrangements
nationaux, culturels et linguistiques », plutôt
que pour une division géographique, le Gouvernement
a trouvé une solution politique transitoire au problème
que constitue l'existence de divers intérêts
et alliances politiques dans le pays.
Le multipartisme, en tant
que système offrant les mêmes possibilités
à l'ensemble des partis politiques, n'est pas au
même stade de développement dans tous les pays.
S'il est vrai que les libertés d'expression et d'association
sont assez bien reconnues, les partis politiques d'opposition
n'en souffrent pas moins d'une insuffisance de protection
de la part de la police, des forces de l'ordre et des autres
organes chargés de l'application des lois. Il en
est particulièrement ainsi lors des élections,
où les cas d'intimidation, de harcèlement
et d'usage de la force brutale par les responsables des
partis sont devenus monnaie courante. Certaines constitutions
ne prévoient pas le financement des partis politiques,
alors que le parti au pouvoir a accès à diverses
formes de financement public. Cette situation pénalise
considérablement les partis d'opposition durant les
campagnes électorales.
Les partis politiques se
plaignent également de lenteurs dans les formalités
d'enregistrement, de harcèlement par la police durant
les périodes électorales, de difficultés
d'accès aux médias et de refus de tout accès
aux ressources nationales pour leurs activités et
durant les campagnes électorales. Faute de fonds,
les processus électoraux ne peuvent pas fonctionner,
alors que le parti au pouvoir tend à utiliser les
ressources nationales pour assurer sa réélection.
Partout où l'argent joue un rôle clé,
les inégalités économiques se muent
en inégalités politiques, ce qui porte atteinte
au principe d' « une personne, une voix ».
Le processus électoral
suscite encore la controverse dans la sous-région.
Il est arrivé que des candidats de l'opposition,
dénonçant des fraudes et autres irrégularités
électorales, contestent le déroulement et
les résultats du vote. S'il est vrai que certains
gouvernements optent pour des élections démocratiques
comme moyen populaire de légitimer leur pouvoir,
le déroulement de ces élections n'est pas
toujours conforme aux principes énoncés dans
les constitutions respectives.
Les ressources des partis
d'opposition proviennent exclusivement des cotisations de
leurs membres. En outre, ces partis n'ont pas le droit de
se lancer dans des activités à but lucratif
et il n'existe aucun moyen transparent de financement de
leurs activités. Le manque d'accès aux fonds
publics et les restrictions imposées à la
mobilisation de fonds font que ces partis en sont réduits
à dépendre d'une poignée d'individus
aisés pour financer leurs activités et leurs
programmes. Une telle situation ne leur permet pas de jouer
leurs rôles traditionnels d'éducation politique,
de mobilisation et de représentation d'intérêt
divers.
Dans la plupart des pays,
le système électoral prévoit des élections
libres et équitables. Tout citoyen est libre de présenter
sa candidature et de faire campagne pour une fonction élective
dans la sphère politique. Dans la pratique, toutefois,
l'exercice de ce droit est gravement compromis par l'insuffisance
des mécanismes de contrôle de l'application
des lois électorales.
La question de la représentation
des femmes a retenu une attention particulière. Dans
les différents pays de la sous-région, les
pouvoirs publics ont entrepris un certain nombre d'initiatives
visant à accroître la participation des femmes
à la vie politique, en particulier leur représentation
politique. La présence des femmes aux postes de décision
à l'échelle locale et nationale n'est pas
égale à celle des hommes et les progrès
accomplis dans ce sens restent insuffisants. Une tendance
à une amélioration de la participation semble
se dessiner ces dernières années, traduisant
la volonté manifeste des gouvernements d'associer
davantage les femmes à la formulation et à
la mise en œuvre des politiques de développement
et de transformer les attitudes envers le rôle des
femmes dans la vie publique. De nombreux changements ont
été favorisés par le processus de démocratisation
dans la sous-région.
Efficacité
des institutions : L'accent a été
mis sur l'efficacité des acteurs de la gouvernance
- aussi bien l'État que les acteurs non étatiques
- dans l'accomplissement de leurs fonctions. L'évaluation
du système de gouvernance figurant dans le rapport
porte sur la manière dont les autorités de
l'État gèrent ou conduisent les affaires publiques,
en ce qui concerne notamment la primauté du droit,
l'obligation redditionnelle et la transparence. Par conséquent,
l'efficacité des institutions constitue un thème
central de la présente étude, étant
donné que la capacité institutionnelle est
largement tributaire de la réalisation des objectifs
déclarés de développement socioéconomique
ainsi que de la manière dont les dirigeants exercent
leurs pouvoirs et leurs fonctions pour promouvoir la démocratie
et la bonne gestion des affaires publiques. Les progrès
accomplis depuis le milieu des années 90 représentent
une évolution politique et institutionnelle positive,
même si certains problèmes restent à
résoudre.
Efficacité
législative : L'évaluation de
la capacité opérationnelle du pouvoir législatif
fait apparaître des lacunes dans les fonctions et
les compétences législatives dans de nombreux
pays. Si certains pays ont opté pour des arrangements
structurels ou organisationnels dualistes (Éthiopie,
République-Unie de Tanzanie, Burundi), d'autres préfèrent
un système bicaméral (à deux chambres).
Le bicaméralisme entraîne des lenteurs dans
l'exercice du pouvoir législatif et rend difficile
la coordination entre les deux composantes du pouvoir législatif.
Outre l'insuffisance des compétences, on constate
d'autres problèmes liés à l'absence
d'une véritable tradition parlementaire, conséquence
de plus de 30 ans de régimes à parti unique,
qui ne permettaient pas aux institutions législatives
de mettre en œuvre les moyens et mécanismes
nécessaires à un système consacrant
la séparation des pouvoirs.
Une constitution peut imposer
des limites strictes au rôle de l'institution parlementaire,
notamment en réduisant le champ d'application de
la loi et en permettant au gouvernement de prendre des initiatives
en matière de législation au même titre
qu'un parlement. Il s'ensuit une répartition inéquitable
des fonctions législatives, au détriment de
l'institution parlementaire. De nombreux parlementaires
ne maîtrisent pas les techniques de rédaction
de projets de loi et donnent l'impression d'attendre tout
simplement que le pouvoir exécutif leur en soumette.
Pour mesurer le rôle
et les capacités réelles du pouvoir législatif,
les populations locales et les experts prennent en compte
ses trois fonctions principales : représentation,
législation et contrôle à intervalles
réguliers de l'activité gouvernementale. Il
ressort des enquêtes réalisées par la
CEA dans plusieurs pays que les parlements sont incapables
de s'affirmer comme un véritable pouvoir législatif
qui peut défendre avec force les intérêts
légitimes du peuple.
Efficacité
du pouvoir exécutif : Il est admis qu'un
gouvernement a trois fonctions principales : il est
responsable de l'élaboration et de la mise en œuvre
des politiques publiques concernant le développement
économique, social et culturel ; il fait appliquer
les lois et règlements ; enfin, il est chargé
de mettre en place et faire fonctionner les rouages institutionnels
et organisationnels nécessaires à la prestation
de divers services publics.
Le rôle important
des organismes publics de surveillance dans la gouvernance
est certes reconnu dans la plupart des rapports, mais cette
reconnaissance ne s'accompagne pas toujours d'un engagement
politique et de ressources suffisants. L'efficacité
opérationnelle et l'autonomie de ces organismes ont
été gravement compromises par les pouvoirs
excessifs conférés à l'exécutif.
On note également la multitude de structures qui
poursuivent les mêmes objectifs mais qui n'ont pas
de liens fonctionnels ou opérationnels entre eux,
d'où des situations de double emploi.
En dépit de l'engagement
des pouvoirs publics et des nombreuses réformes entreprises
ces dernières années, l'administration reste
caractérisée par une efficacité très
limitée en ce qui concerne la prestation de services
aux milieux économiques et à la communauté
ainsi que la gestion des ressources humaines. Cette situation
a gravement nui à la prestation de services publics
dans des secteurs essentiels tels que la santé, l'éducation,
l'infrastructure de base et la justice. Au niveau communautaire,
on voit se développer l'entraide, ce qui constitue
un aspect positif pour la décentralisation.
Toutefois, au-delà
des problèmes liés au manque de ressources,
l'organisation des services publics continue de présenter
des lacunes, notamment une description floue des missions
et des devoirs, un cadre organisationnel imprécis,
la référence à des cadres et procédures
juridiques dépassés, et, enfin, des effectifs
pléthoriques, âgés et mal payés,
qui ne bénéficient d'aucun recyclage et qui
sont largement démotivés. Parmi les autres
facteurs négatifs, figurent les conditions de travail
et le niveau des salaires, qui ont favorisé la corruption
et les détournements de fonds dans des secteurs clés
de l'administration.
Ce dysfonctionnement des
administrations centralisées a conduit l'État,
dans la majorité des pays, à en adapter la
capacité opérationnelle en conférant
une partie de ses propres prérogatives aux collectivités
locales. L'introduction d'une politique de décentralisation
vise à mettre en place un système de gouvernance
local propre à favoriser le développement
durable local et à mieux associer la société
civile et les autres partenaires pour le développement.
D'une manière générale,
les résultats des enquêtes menées par
les experts de la CEA et des citoyens sont critiques à
l'égard du pouvoir exécutif. Cette position
s'explique par le fait que les services publics ne répondent
pas comme il se doit aux besoins spécifiques des
pauvres et des femmes. En effet, il est rare que les pouvoirs
publics tiennent compte des suggestions des citoyens, s'efforcent
d'informer le public ou accomplissent leur devoir de responsabilité
à l'égard du public en ce qui concerne les
mesures et les réformes qu'ils décident d'adopter
ou de mettre en œuvre. Or, de telles formes d'obligation
redditionnelle sont essentielles à la bonne gouvernance,
en ce sens qu'elles permettent aux titulaires d'un mandat
public d'accomplir leurs devoirs avec efficacité
et de manière équitable. Les organismes de
surveillance, de contrôle et de régulation
ne disposent pas d'employés qualifiés et leur
personnel administratif est non seulement sous-payé
mais également, dans la plupart des pays visés
par l'étude, accusé d'être corrompu
et au service de certaines élites.
Efficacité
du pouvoir judiciaire : Dans la plupart des
pays d'Afrique de l'Est, le cadre institutionnel et organisationnel
du pouvoir judiciaire se caractérise par le dualisme
droit moderne - droit coutumier. Autour du système
judiciaire composé de tribunaux, de procureurs et
d'auxiliaires de justice, gravitent plusieurs institutions,
organes et services qui n'appartiennent pas à l'appareil
judiciaire ou qui n'en dépendent qu'en partie. Il
s'agit notamment des forces de l'ordre, des services de
sécurité ou de renseignements, des instances
disciplinaires de l'armée, des ordres des avocats,
des services administratifs ou des organismes gouvernementaux
assumant des fonctions judiciaires et de police.
Cette situation d'ingérence
dans la justice et de politisation de l'activité
judiciaire nuit au principe de l'indépendance de
la magistrature et du corps judiciaire, tout en provoquant
une déstabilisation et un dysfonctionnement du cadre
institutionnel. Il y a déstabilisation lorsque les
mandats des différentes juridictions se chevauchent
et il y a dysfonctionnement lorsque le processus décisionnel
du corps judiciaire est compromis. L'appareil judiciaire
continue d'être mal perçu par le public. Les
citoyens ne jouissent pas de tous leurs droits et n'ont
qu'un accès limité à l'information
juridique, en particulier dans les zones rurales. Aux yeux
des opérateurs économiques, l'administration
de la justice se caractérise par une insécurité
juridique, étant donné que l'environnement
juridique et judiciaire ne favorise pas la sécurité
des investissements publics ni des investisseurs.
Le principal problème
de gouvernance que connaît le corps judiciaire a trait
au déficit de confiance. Le discrédit et la
perte de crédibilité dont souffrent ces institutions
sont liés à l'ampleur du phénomène
de corruption, bien que certains pays aient enregistré
des progrès dans la lutte contre ce fléau.
La société
civile : Les organisations de la société
civile, qui encouragent la vie associative, sont aujourd'hui
plus nombreuses et bénéficient d'un environnement
juridique amélioré. Cette évolution
du mouvement associatif est bénéfique pour
la contribution des citoyens ordinaires à la vie
socioprofessionnelle et aux initiatives communautaires.
Dans le cadre des programmes d'appui à la décentralisation,
les organisations de la société civile et
les ONG ont un rôle important à jouer dans
la mise en œuvre des stratégies de développement.
La pénurie de ressources
oblige les autorités publiques à se tourner
vers la société civile pour solliciter son
avis et pour l'associer aux domaines d'activité choisis
pour une quasi-cogestion. La participation de la société
civile à ce partenariat lui permet d'exprimer les
besoins et de défendre les intérêts
de la population qu'elle représente et de participer
à la prise de décisions.
Il convient de noter qu'en
Afrique de l'Est le nombre des organisations de la société
civile dirigées par des femmes a augmenté.
Cette évolution est liée aux changements apportés
au cadre juridique en ce qui concerne la liberté
d'association et à d'autres mesures adoptées
par l'État dans le but de promouvoir le mouvement
associatif. Cette promotion s'est notamment faite par la
formation, le renforcement institutionnel et le financement.
Aujourd'hui, on compte une dizaine d'ONG de femmes qui mènent
essentiellement des activités de promotion de la
femme dans la quasi-totalité des États de
la sous-région. Certaines d'entre elles se sont organisées
en réseaux nationaux axés sur des causes communes
telles que la violence contre les femmes, la participation
de la femme aux élections législatives et
locales, le travail des petites filles, l'alphabétisation
des femmes, les femmes et le cadre juridique, les enfants
abandonnés et le VIH/sida. Des réseaux similaires
fonctionnent au niveau sous-régional.
Dans la plupart des pays,
les organisations de la société civile n'ont
pas les ressources ni les moyens nécessaires pour
entreprendre des actions dans les domaines suivants :
analyse des problèmes, plaidoyer et sensibilisation,
réseautage, gestion et mobilisation des ressources.
Alors qu'elles sont appelées à s'investir
dans la prévention et la gestion des conflits, dans
la vie politique ainsi que dans la formulation des politiques
et programmes nationaux, leur rôle et leur influence
restent très limités.
La presse et les médias :
La gouvernance démocratique suppose un débat
public et un processus décisionnel transparent. Dans
ces conditions, il est essentiel que les groupes d'intérêt
soient organisés et que les idées, opinions
et informations fassent l'objet d'un échange libre.
Les constitutions de tous les pays d'Afrique de l'Est consacrent
le droit à l'information comme une condition nécessaire
de la démocratie et de la bonne gouvernance. L'exercice
de ce droit à la liberté d'expression a donné
lieu à la naissance de plusieurs médias privés,
dont la parution est quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle.
Gestion et gouvernance
économiques : Le rétablissement
des grands équilibres macroéconomiques - y
compris la maîtrise des déficits budgétaires
à un niveau conforme aux objectifs de croissance
annuelle du PIB - reste une priorité pour tous les
pays, en particulier ceux qui sortent d'un conflit (Djibouti,
RDC, Rwanda et Burundi). Des années de crise, conjuguées
à l'embargo et à la réduction de l'aide
publique au développement, ont eu un impact significatif
sur l'économie, en particulier sur les finances publiques,
le développement humain durable et la pauvreté.
Les besoins financiers pour
la reconstruction sont importants, notamment en ce qui concerne
la gestion budgétaire. Celle-ci souffre de nombreuses
lacunes liées aux faiblesses du processus de planification
et de budgétisation des dépenses de l'État,
à la centralisation de la gestion et de l'exécution
des dépenses - d'où une absence d'obligation
redditionnelle de la part des départements techniques
- et le manque de contrôle et de vérification
de l'exécution des dépenses publiques, notamment
pour ce qui est des appels d'offres publics. Il n'existe
pas non plus de contrôle approprié de la transparence
des services douaniers et fiscaux ni de leurs recettes.
La corruption et les malversations
économiques sont monnaie courante, en particulier
dans les domaines susmentionnés, ce qui porte atteinte
aux valeurs d'intégrité dans la gestion publique.
Cette tendance est lourde de conséquences, notamment
une atteinte à la crédibilité et à
la légitimité de l'État, un renchérissement
des services publics, des détournements massifs des
ressources nécessaires au développement économique
et social, une aggravation des incertitudes juridiques et,
partant, une baisse des investissements privés directs.
Certains pays prennent des
mesures pour faire en sorte que l'environnement juridique
soit généralement propice au développement
des affaires. C'est ainsi que des mesures incitatives sont
adoptées en faveur des investisseurs et que se dessine
une évolution positive vers le désengagement
de l'État des secteurs économiques. En Ouganda,
outre la privatisation de plusieurs entreprises publiques,
l'Etat a créé la Uganda Investment Authority,
dont la principale vocation est de faciliter et de promouvoir
l'investissement privé dans le pays.
Entre 1992 et 1999, cette
institution a approuvé 1754 projets, dont 68% sont
opérationnels, 7,2% sont en cours d'exécution,
4,1% sont au stade de la mobilisation des ressources et
17,2% ont été abandonnés. Quelque 67%
de ces investissements ont été entièrement
ou partiellement financés grâce à des
fonds extérieurs. Il s'agit principalement de projets
concernant les secteurs des infrastructures et des services.
Les investisseurs semblent être satisfaits des cadres
juridique et réglementaire mis en place mais estiment
que les niveaux actuels de la fiscalité et les tracasseries
administratives continuent de décourager le développement
des affaires.
Le Kenya a engagé
des réformes économiques fondamentales afin
de favoriser l'investissement privé dans tous les
secteurs. Un environnement propice à l'investissement
et aux services d'appui à l'investissement a été
instauré, tandis que le secteur financier a été
encouragé à apporter son concours aux investisseurs
dans les secteurs productifs, notamment dans celui des exportations
en franchise de droits.
L'Éthiopie a, ces
dernières années, déployé d'importants
efforts pour promouvoir les investissements étrangers
et locaux, en prenant diverses mesures incitatives, notamment :
libéralisation, déréglementation, démantèlement
des monopoles, privatisation des entreprises publiques,
abandon des fiscalités discriminatoires et allègement
des procédures administratives. L'État a également
créé une Ethiopia Investment Authority.
Toutefois, d'importants secteurs tels que la banque, les
assurances, l'énergie et les télécommunications
restent fermés aux investisseurs étrangers.
Dans d'autres pays sortant
d'un conflit, tels que le Burundi, l'Érythrée,
Djibouti, la RDC et le Rwanda, le secteur privé continue
de se heurter à des obstacles liés aux conflits,
qui ont désorganisé la production, perturbé
les circuits commerciaux et détruit l'infrastructure
et les services. Les obstacles structurels au développement
sont notamment les suivants :
-
Insuffisance, incohérence
ou vide juridique caractérisant le cadre légal
lié au droit des affaires, notamment la loi sur
les sociétés et la loi sur les faillites ;
-
Lenteurs dans les procédures
judiciaires et formation insuffisante des magistrats
en ce qui concerne le traitement des contentieux économiques.
1.5
Quelques observations importantes
Il ressort des rapports
de pays que les États d'Afrique de l'Est se caractérisent
principalement par les conflits armés et l'instabilité
politique, qui ont pour conséquence l'aggravation
de la pauvreté des populations. Cette situation est
due à l'absence d'une véritable tradition
parlementaire et à l'héritage de plus de 40
ans de régimes à parti unique dans beaucoup
de pays, régimes qui ne permettaient pas aux institutions
parlementaires de se doter des moyens et mécanismes
nécessaires à leur fonctionnement dans un
système consacrant la séparation des pouvoirs.
En dépit de ces problèmes,
des efforts louables sont en cours en matière de
démocratisation. Ces efforts sont axés sur
l'institution et le renforcement de la séparation
des pouvoirs législatif et exécutif, l'indépendance
du corps judiciaire, la liberté d'expression et le
pluralisme politique. À l'exception du Burundi, de
l'Érythrée, de la RDC et de la Somalie, tous
les États disposent d'une constitution adoptée
au suffrage universel et consacrant la séparation
des pouvoirs législatif et exécutif, l'indépendance
du corps judiciaire, la liberté de la presse et le
pluralisme politique. On assiste à une lente évolution
de la gouvernance démocratique, accompagnée
d'un partenariat entre l'État et les acteurs non
étatiques, ainsi que de la participation et de la
responsabilité de la société civile
dans la conduite des affaires politiques. Pour les pays
qui sortent d'un conflit, le partenariat et la participation
devraient être les pierres angulaires des processus
de consolidation de la paix, de réconciliation et
de réunification.
La redéfinition du
rôle de l'État et la réorganisation
des activités du secteur public figurent parmi les
principaux objectifs des programmes d'ajustement structurel
mis en œuvre dans la sous-région ces dernières
années. Le processus de réforme se poursuit.
Aujourd'hui, tous les pays ont abandonné le système
de planification centrale qui était la norme dans
les années 60 et 70, au profit de l'économie
de marché. Ce choix a plusieurs conséquences
pour l'État : auparavant propriétaire
et principal opérateur économique, il doit
à présent assumer les fonctions de garant
de la souveraineté, de régulateur et de facilitateur.
Le concept de bonne gouvernance
que l'on rencontre aujourd'hui dans les documents relatifs
à la politique économique des pays de la sous-région
signe la fin des mesures arbitraires adoptées dans
le passé. Les mesures prises aujourd'hui tiennent
compte de la nécessité de rétablir
la confiance dans le service public et de gagner celle des
investisseurs privés. Il convient d'aborder les questions
telles que les droits de propriété, les mécanismes
d'application des contrats ainsi que les cadres réglementaire
et juridique. Les réformes préconisées
doivent permettre de mettre fin à la corruption,
à la fraude et à l'arbitraire.
L'évolution vers
le multipartisme et le pluralisme politique ne s'est pas
traduite par la disparition de l'alliance symbolique entre
le parti au pouvoir et l'État. En effet, les partis
au pouvoir continuent de dominer l'exécutif, le législatif,
le pouvoir judiciaire et la fonction publique, tout en bénéficiant
de l'allégeance des chefs traditionnels et des principaux
acteurs économiques. L'opposition n'a que peu de
marge de manœuvre politique. À l'instar des
autres composantes de la société civile, la
presse privée, même lorsqu'elle se fait le
porte-parole de l'opposition, n'est pas parvenue à
faire réellement contrepoids à la classe politique.
Il conviendrait de mettre en place un système donnant
à l'opposition la place qui lui revient et reflétant
le vote populaire.
Il est essentiel d'appliquer
le principe de la séparation des pouvoirs. Tant qu'ils
seront assimilés aux partis ou perçus comme
tels, les mécanismes régulateurs tels que
l'inspection générale d'État et les
commissions parlementaires chargées de contrôler
le pouvoir exécutif ne pourront pas combattre efficacement
la corruption ni garantir la transparence. Aussi est-il
crucial de dépolitiser l'administration, étant
donné que seule une fonction publique impartiale
sera assez crédible pour gagner la confiance de la
population.
Le renforcement des pouvoirs
législatifs devrait être prioritaire dans toute
la sous-région. Le devoir d'un corps législatif
est de légiférer et de faire contrepoids au
pouvoir exécutif. Cependant, lorsqu'il est dominé
par le parti au pouvoir, le parlement parvient difficilement
à jouer son rôle, même s'il s'affirme
progressivement comme la principale enceinte du débat
démocratique. En outre, le manque de compétences
est un des obstacles de taille auxquels se heurtent les
élus.
Le renforcement du pouvoir
judiciaire face au pouvoir exécutif et, notamment,
de sa capacité à agir avec efficacité
constitue un autre défi en matière de gouvernance.
Si l'indépendance du corps judiciaire est consacrée
dans les constitutions, la réalité demeure
quelque peu différente. La carrière des magistrats
continue de dépendre des décisions du Haut
Conseil de la magistrature, dont le président n'est
autre que le Président de la République.
Il ressort des enquêtes
menées par la CEA que dans aucun pays d'Afrique de
l'Est la cour suprême n'a jamais jugé inconstitutionnel
un projet de loi ou un décret. L'insuffisance du
rôle joué par le corps judiciaire réside
dans la qualité des mécanismes opérationnels
des tribunaux et dans les relations suspectes entre les
tribunaux et les justiciables. Naturellement, l'image des
institutions liées à ce pouvoir est mise à
mal par la corruption.
D'une manière générale,
la situation de la gouvernance dans la sous-région
montre que les capacités institutionnelles actuelles
des autorités publiques sont en deçà
de ce qu'exige la culture de bonne gouvernance. Le manque
de moyens et l'inefficacité dans la prestation de
services aux populations entravent sérieusement les
efforts des responsables de la gestion du développement.
Ce problème est encore plus aigu dans les collectivités
locales, où l'administration ne dispose pas des ressources
nécessaires pour satisfaire les besoins de la communauté.
Deuxième
Partie
Points
de vue de L'Afrique De L'Est sur la Gouvernance
2.1
Consultation sous-régionale
La recherche du consensus
constitue une part importante du processus de mesure et
de suivi des progrès accomplis en matière
de bonne gouvernance en Afrique. À cet égard,
les pays d'Afrique de l'Est ont tenu des consultations à
l'occasion de deux réunions distinctes, à
savoir l'atelier préparatoire au quatrième
Forum pour le développement de l'Afrique (ADF IV),
tenu à Lusaka du 24 au 26 novembre 2003, et l'atelier
tenu au Caire les 9 et 10 décembre 2003, qui a donné
aux pays de la Corne de l'Afrique - Djibouti, Érythrée,
Éthiopie et Somalie - l'occasion de se pencher sur
leur situation et leurs besoins particuliers.
Ces ateliers préparatoires
avaient pour principaux objectifs de débattre des
questions de gouvernance en Afrique de l'Est, de placer
ces questions dans des contextes thématiques et cohérents,
de formuler des recommandations sur les solutions à
adopter et de les soumettre, ensemble, à ADF IV pour
examen approfondi et suite à donner. Les ateliers
de Lusaka et du Caire ont ainsi donné à un
grand nombre de représentants de pays et d'institutions,
de participants et d'experts de la gouvernance d'Afrique
de l'Est l'occasion de faire la synthèse des questions
et des problèmes de gouvernance en vue d'ADF IV,
en s'appuyant sur les analyses et les études nationales
réalisées.
2.2
Les défis de la gouvernance et la voie à suivre
Les défis et les
recommandations exposés dans le présent document
sont le fruit des deux ateliers susmentionnés. Ainsi,
les questions qui y sont recensées donnent un point
de vue contemporain sur la gouvernance en Afrique de l'Est.
Parmi ces questions, figure la nécessité de
corriger les déséquilibres et de combler les
lacunes en matière de gouvernance politique, ce qui,
selon les participants, appelle l'instauration d'un État
soumis à la primauté du droit et axé
sur le développement.
Dans le cas des pays qui
sortent d'un conflit, cet objectif devrait faire partie
intégrante du processus de paix, de réconciliation
et de réunification. Des campagnes nationales de
sensibilisation et de formation dans le domaine des droits
de l'homme sont également très souhaitables.
Dans les autres pays où des institutions démocratiques
sont déjà en place, les orientations futures
doivent porter sur le renforcement des capacités
des institutions parlementaires afin qu'elles soient en
mesure d'accomplir leurs fonctions législatives,
de contrôler l'activité gouvernementale et
de s'acquitter des devoirs de représentation nationale
qui leur ont été conférés par
la constitution et les électeurs.
Pour déterminer la
voie à suivre, les participants se sont penchés
sur les défis qui se posent dans les trois grands
domaines thématiques ci-après : représentation
politique ; efficacité des institutions ;
gouvernance économique et bonne gestion des entreprises.
Ils ont conclu que, pour mener à bien les réformes
déjà engagées, il fallait formuler
un ensemble de recommandations à partir d'une synthèse
des questions prioritaires en matière de gouvernance.
Aux fins de la réalisation de ces objectifs, les
participants ont formulé les recommandations et les
arguments ci-après :
Représentation
politique : La participation populaire reste
faible et les femmes sont de loin les moins représentées.
Il convient de mettre en place un système électoral
transparent, prévoyant une réelle concurrence
politique et un espace pour des positions politiques différentes.
La recherche du consensus est nécessaire dans des
situations particulières et la promotion de la démocratie
devrait s'appuyer sur l'éducation civique et l'alphabétisation.
À cet égard, on devra s'attacher avant tout
à créer des organes électoraux indépendants,
à mettre en place des systèmes de financement
des partis politiques, à limiter la durée
du mandat présidentiel et à favoriser l'intégration
sociale.
La promotion de l'intégration
sociale devrait consister principalement à aider
les femmes à participer plus activement au processus
électoral et à être suffisamment représentées
sur la scène politique. Il s'agira également
de répondre aux besoins des femmes et des jeunes
en favorisant une allocation judicieuse des ressources et
des moyens et en abolissant les pratiques qui entravent
la participation de ces groupes de population.
Les participants ont salué
les efforts louables déployés pour améliorer
la participation et la représentation des femmes,
et ont recommandé de les intensifier. Ils ont proposé
que la participation et la représentation des femmes
ne se limitent pas seulement au parlement et au gouvernement,
mais soient effectives dans toutes les activités
socioéconomiques, y compris celles du secteur privé.
Il a été souligné que la promotion
de la parité devrait aller au-delà des mesures
de discrimination positive. Il importe de mettre en place
des critères de sélection garantissant la
participation et la représentation effectives des
femmes.
En ce qui concerne le financement
des partis politiques, les gouvernements devraient promouvoir
des systèmes transparents propres à soutenir
l'action des formations politiques. Il convient de distinguer
les ressources nationales des ressources des partis, de
façon à permettre à tous les partis
de concourir à armes égales. La pratique actuelle
qui permet au parti d'utiliser à son profit les biens
de l'État doit être proscrite.
Il convient de procéder
à un examen approfondi des questions relatives à
la forme, au contenu et à l'application des constitutions ;
il s'agira notamment d'instituer une plus grande séparation
des pouvoirs, de renforcer les systèmes de contrepouvoirs,
de réaliser la décentralisation et de faire
respecter l'état de droit et les droits de l'homme.
Tout aussi importante est
la question de l'incorporation des systèmes traditionnels
de gouvernance dans les processus officiels, en particulier
pour ce qui d'assurer un développement centré
sur l'homme et de relever le défi de la pauvreté.
La gouvernance traditionnelle peut également mettre
en évidence la dimension culturelle de la démocratie
et contribuer à la décentralisation et à
la déconcentration des pouvoirs. Comme première
étape de ce processus, les gouvernements doivent
étudier la question de savoir si l'on peut davantage
associer les chefs traditionnels aux efforts visant à
renforcer les capacités de l'État dans les
domaines socioéconomique et politique.
Efficacité
des institutions : Pour mener à bien
cet objectif, il faudrait adopter un train de mesures visant
à renforcer les capacités des institutions
de gouvernance, notamment les pouvoirs législatif,
exécutif et judiciaire, les organismes de surveillance,
la fonction publique et les organisations de la société
civile, y compris les médias.
On constate que la faiblesse
des organismes de surveillance est due aux ingérences
du pouvoir exécutif dans leur fonctionnement, à
l'insuffisance des ressources financières et à
l'absence de moyens humains. Il convient donc de renforcer
ces organisations et de leur permettre de jouer leur rôle
en les dotant des ressources, de l'autonomie et des moyens
d'exécution voulus.
Une fonction publique professionnelle
et responsable est indispensable à la prestation
des services de développement. Il convient donc de
procéder à une évaluation exhaustive
de la fonction publique, l'objectif étant d'améliorer
son professionnalisme et de mieux la responsabiliser devant
le parlement et le public. Parmi les mesures qui devraient
être prises pour renforcer les services publics dans
la sous-région, figurent l'adoption de systèmes
de gestion efficaces, le recours à des primes et
autres mesures incitatives fondées sur le coût
de la vie pour motiver les fonctionnaires, le recrutement
d'agents compétents et l'organisation de stages de
formation pour permettre aux fonctionnaires d'acquérir
des compétences techniques et de gestion.
Le programme de renforcement
des capacités des organisations de la société
civile devrait commencer par l'étude des questions
d'efficacité et d'indépendance, qui sont des
paramètres importants d'un tel processus. Une autre
question importante a trait au niveau de partenariat entre
l'État et la société civile. Aussi
faut-il mettre en place un programme propre à renforcer
la participation et le partenariat.
La corruption - notamment
la nécessité de considérer ce phénomène
comme un problème d'efficacité institutionnelle
- s'impose comme un véritable sujet de préoccupation,
en particulier au vu de la pénurie de ressources
pour le développement et des niveaux élevés
de pauvreté. La lutte contre la corruption passe
par l'instauration de partenariats entre les pouvoirs publics,
le secteur privé et la société civile,
dans le cadre d'un combat sans merci contre ce cancer. L'engagement
des dirigeants à combattre la corruption grâce
à l'application stricte et impartiale des lois et
des sanctions revêt à cet égard une
importance capitale. Il faut en outre adopter d'autres mesures
visant à tenir les agents de l'État responsables
de la gestion des ressources publiques et de leur intendance.
Gouvernance économique
et bonne gestion des entreprises : La réalisation
de cet objectif doit s'inscrire dans le cadre de l'amélioration
de la gestion des dépenses publiques et de l'efficacité
économique globale. Dans ce contexte, les objectifs
poursuivis par le gouvernement devraient être notamment
les suivants :
-
Consolider les dispositions
prises pour réduire les déficits budgétaires
et renforcer la capacité de mobilisation des
ressources budgétaires locales et des fonds extérieurs ;
-
Améliorer la
transparence et l'efficacité dans la gestion
des dépenses publiques et renforcer les capacités
de gestion des finances publiques ;
-
Créer des institutions
chargées d'établir et de vérifier
les comptes de tous les services publics, appuyées
par une législation réprimant les malversations
économiques et financières et par des
organismes de vérification interne et externe
des comptes.
Le secteur privé
peut être un des piliers de la gestion de l'économie
et des entreprises. Pour ce faire, il faut accorder l'attention
voulue aux activités du secteur informel ainsi qu'aux
petites et moyennes entreprises (PME), qui aujourd'hui représentent
la majorité des activités du secteur privé
dans la sous-région. En outre, les gouvernements
devraient redynamiser les activités visant à
asseoir le développement du secteur privé,
notamment en élaborant des lois et des programmes
garantissant la sécurité des investissements
et en mettant en place des infrastructures et des services
connexes propres à favoriser le développement
du secteur privé et à attirer davantage d'investissements
étrangers directs.
La privatisation devrait
être considérée comme un outil de gestion
économique efficace, notamment au vu de son rôle
dans le développement du secteur privé. À
cet égard, les gouvernements devraient mettre en
place les mécanismes nécessaires à
la formulation de politiques, de stratégies et de
programmes de privatisation ayant des effets bénéfiques
pour la nation tout entière, en particulier pour
ce qui est de la création d'emplois et de l'amélioration
de la productivité.
Troisième
Partie
Matrice
du plan d'action
|
|
|
|
|
Question/problème |
Recommandation |
Stratégie |
Acteurs |
Ressources |
1.
Représentation politique |
Processus
électoral |
Instituer
un système électoral transparent ;
promouvoir des organes électoraux indépendants ;
limiter la durée du mandat présidentiel |
Approche
globale englobant des questions aux multiples facettes
|
Parlement,
gouvernement, corps judiciaire, commissions électorales |
|
Intégration
sociale |
Aider les
femmes, les jeunes et les groupes défavorisés
à participer plus activement au processus
électoral ; encourager une allocation
judicieuse des ressources ; mettre en place
et/ou renforcer des structures permettant d'accroître
la participation des femmes et des groupes défavorisés |
Approche
multisectorielle |
Parlement,
gouvernement, organisations de la société
civile |
|
Financement
des partis politiques |
Élaborer
des systèmes de financement transparents
pour soutenir les partis politiques ; établir
une distinction entre les ressources publiques et
celles des partis politiques |
Approche
concertée faisant intervenir toutes les parties
prenantes |
Gouvernement,
parlement, Ministère des finances, Trésor |
|
Forme,
contenu et application des constitutions |
Renforcer
la séparation des pouvoirs ; consolider
les systèmes de contrepouvoirs et promouvoir
la décentralisation ; faire respecter
l'état de droit ; respecter les droits
de l'homme ; renforcer les capacités
institutionnelles |
Approche
concertée faisant intervenir toutes les parties
prenantes |
Parlement,
corps judiciaire |
|
Incorporation
des systèmes traditionnels de gouvernance
dans les processus officiels |
Instituer
la gouvernance traditionnelle dans le cadre du programme
de décentralisation |
Approche
multisectorielle |
Gouvernement,
chefs traditionnels |
|
2.
Efficacité des institutions |
Efficacité
des institutions des pouvoirs législatif,
exécutif et judiciaire |
Mettre
en œuvre un programme exhaustif de renforcement
des capacités ; doter les comités
de contrôle de ressources suffisantes ;
renforcer les systèmes de contrepouvoirs ;
instituer des mécanismes de responsabilité
et de transparence ; institutionnaliser la
vérification interne ; nommer les cadres
sur la base du mérite et de la compétence |
Approche
globale faisant intervenir toutes les institutions
de gouvernance |
Gouvernement,
parlement, corps judiciaire, organisations de la
société civile |
|
Efficacité
des organismes de surveillance |
Renforcer
la capacité des institutions grâce
à la formation et à l'appui financier ;
renforcer les mécanismes de contrôle ;
institutionnaliser les audits et les contrôles
internes ; instituer le critère du mérite
pour les nominations et les promotions |
Stratégie
globale couvrant toutes les dimensions des problèmes |
Gouvernement,
société civile, médias, parlement |
|
Efficacité
et indépendance de la société
civile |
Décentraliser
les organes et systèmes décisionnels ;
élaborer et promouvoir des codes de conduite
et une déontologie ; promouvoir l'éducation
civique ; surveiller l'application des instruments
internationaux ratifiée par les gouvernements
africains ; promouvoir les droits constitutionnels
fondamentaux ; encourager le développement
de médias dynamiques ; encourager l'élaboration
de dispositions constitutionnelles permettant de
contester les actions du gouvernement ; renforcer
les organes fédérateurs et créer
des plateformes de mobilisation de la participation
populaire et de recherche du consensus |
Approche
globale et multisectorielle |
Gouvernement,
commissions de la fonction publique, organismes
de la fonction publique, collectivités locales |
|
Une fonction
publique faisant preuve de professionnalisme et
de responsabilité |
Procéder
à une évaluation exhaustive des institutions
et des pratiques de la fonction publique ;
adopter une grille de salaires et de primes qui
soit compétitive ; élaborer et
mettre en œuvre un programme de renforcement
des capacités ; instituer des systèmes
d'évaluation et de notification en matière
d'obligation redditionnelle et de résultats ;
améliorer le système et la transparence
pour prévenir les cas de fraude et de corruption ;
élaborer des codes de conduite pour les fonctionnaires |
Approche
globale et multisectorielle |
Gouvernement,
parlement, fonction publique, commissions de la
fonction publique |
|
Les médias
en tant qu'important outil |
Instituer
un cadre réglementaire transparent et clair
pour permettre aux médias de fonctionner
avec professionnalisme ; instituer un cadre
réglementaire clair pour favoriser l'objectivité
des journalistes des médias publics, privés
et communautaires ; apporter un concours financier
aux médias pour faciliter leur fonctionnement ;
éduquer les médias en matière
de professionnalisme et d'indépendance |
Approche
globale et multisectorielle |
|
|
Lutte contre
la corruption |
Améliorer
l'efficacité des services, promouvoir l'éducation
civique, la liberté de la presse et l'efficacité
des institutions judiciaires ; améliorer
les salaires et la motivation ; instituer des
procédures transparentes concernant les achats
publics ; renforcer les systèmes d'audit
et de contrôle ; renforcer les organes
de lutte contre la corruption et leur permettre
d'imposer des sanctions |
Approche
globale et multisectorielle couvrant d'autres aspects
de ce problème |
|
|
3.
Gouvernance économique et bonne gestion des
entreprises |
Gestion
des finances publiques et obligation redditionnelle |
Favoriser
une plus grande appropriation des stratégies,
politiques et programmes ; encourager des programmes
axés sur les pauvres ; instituer des
procédures strictes et transparentes de gestion
des finances publiques ; adopter des normes
appropriées de comptabilité et de
vérification des comptes ; instituer
l'établissement de rapports périodiques
sur les finances publiques ; encourager l'accès
du public aux constatations de ces rapports |
Approche
multisectorielle couvrant d'autres facteurs contributifs,
tels que la concurrence politique et l'obligation
redditionnelle, la clarté des règles
de gestion financière, la corruption, la
concurrence au sein de la fonction publique, etc.
|
Gouvernement,
banques centrales, secteur privé, fonction
publique, organisations de la société
civile, médias |
|
Développement
du secteur privé |
Instituer
des mesures spéciales pour renforcer le développement
du secteur privé, en particulier des petites
et moyennes entreprises ; renforcer les institutions
d'appui au secteur privé ; instituer
un processus de privatisation transparent et compétitif ;
faire en sorte que les programmes de privatisation
soient au profit du pays tout entier, compte dûment
tenu de la nécessité de créer
des emplois ; améliorer et restructurer
les entreprises publiques avant leur privatisation ;
procéder à une évaluation judicieuse
des entreprises à privatiser |
Approche
multisectorielle |
Gouvernement,
secteur privé, organisations de la société
civil, médias |
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