Nouvelles
Accueil
Presse

ADF IV
Historique
Programme
Groupes de discussion
Activités pré-forum

Ressources
Documents
Listes de discussion
Liens
Nous Contacter

Participants
Information
Exposants


L’Afrique en route…..vers la bonne gouvernance

Les portes se referment, les stands se vident, les micros sont coupés, la quatrième session du Forum économique pour l’Afrique est close.

Une semaine de débats, d’échanges, de questions et de problèmes posés par les orateurs, par les intervenants. Il faut dire que le sujet de cette année ne pouvait que soulever les passions.

La gouvernance, comme l’a souligné dans son discours liminaire James D. Wolfensohn, président de la Banque mondiale, n’est pas immanente, c’est un concept, construit et élaboré. C’est en partant de la nature même du concept que l’on mesure la complexité du sujet dû aux différentes facettes qui le compose.

La réussite de ce Forum est d’avoir pu aborder les différents aspects de la gouvernance, de poser les problèmes et de réfléchir collectivement à la manière de l’améliorer en Afrique. En parallèle du Forum, ont eu lieu la Septième Conférence régionale africaine sur les femmes, la Commission pour l’Afrique, la troisième réunion de CVGA, entre autres, qui ont permis d’enrichir le débat sur l’avenir du continent.

Dans son discours de bienvenue à ADF IV, K.Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la CEA soulignait que ce thème de gouvernance avait été choisi car «la bonne gouvernance est essentielle pour un avenir viable et plus prometteur pour l’Afrique». Cette notion avait été reprise dès la première séance plénière qui portait sur «la gouvernance, un défi pour nos dirigeants» où il a été retenu qu’une bonne gouvernance permet un développement économique et humain viable, de prévenir les conflits, d’assurer la croissance économique. Elle se base sur la démocratie, la transparence et l’obligation redditionnelle.

Ainsi les réflexions ont porté sur la manière de créer un état compétent, sur les différentes formes de pouvoir et la façon de gérer le pouvoir. Pour répondre, le Rapport sur la gouvernance en Afrique (publication de la CEA) a été présenté sous forme d’overview à la deuxième séance plénière du Forum par Okey Onyejekwe, conseiller régional de la Division des politiques et de la gestion du développement de la CEA. Ce rapport vise à mesurer et à contrôler les progrès accomplis sur la voie de la bonne gouvernance en Afrique. Quatre tendances positives se sont dégagées sur la voie de la création d’Etats compétents en Afrique: les transitions démocratiques; l’ouverture politique; la liberté d’expression et obligation comptable, et la gestion économique. Mais des domaines restent encore sensibles comme la lutte contre la corruption.

En effet, lors de la 3ième journée d’ADF IV un débat animé sur la corruption et la gouvernance a eu lieu. Les participants ont expliqué que la corruption rongeait les institutions et la société africaine. Mais aussi de reconnaître que cette corruption n’était pas propre à l’Afrique mais un mal qui concernait tous les pays. Pour l’enrayer, des sanctions à prendre aussi bien sur les acteurs de l’offre et de la demande sont nécessaires. Le Procureur général du Lesotho, M. Lebohang Fine-Maema, a expliqué comment son pays s’était attaqué à la corruption en prenant le problème sous ces deux aspects. Les procès engagés et les succès obtenus ont incité plusieurs bailleurs de fonds à verser des contributions. Ainsi la Banque mondiale a reconduit son programme visant à exclure les entreprises corrompues des procédures d’appel d’offres de la Banque.

Cette séance a affirmé la nécessité de créer de réels organismes anti-corruptions avec des ressources financières et humaines nécessaires, mais aussi libres de toute forme d’ingérence de la part du pouvoir exécutif. Ce pouvoir et son exercice ainsi que les pouvoirs judiciaire et législatif ont été au cœur des discussions lorsqu’il a été question de tradition et modernité. En effet l’avenir de la gouvernance en Afrique repose en partie sur l’équilibre entre les pouvoirs dits modernes et traditionnels. Les interventions de deux chefs traditionnels ont permis de mesurer les enjeux de cette tradition qui bien souvent est un garde-fou à des excès.

Selon Sa Majesté Kgosi Leruo T. Molotlegi, Roi du Bafokeng en Afrique du Sud, il est nécessaire de revoir la place des chefs dans le cadre de la décentralisation et d'envisager de leur confier un rôle actif dans les affaires locales. Il a confié que ses conseillers et lui-même ont pu créer des routes, des usines, des châteaux d’eau, installer le réseau Internet pour le bien-être de leurs administrés. Quant à Otumfuo Osei Tutu II, Roi des Ashantis au Ghana, il a souligné que dans son pays, la majorité des différends sont réglés de manière définitive par des chefs, et seulement, une infime portion d'affaires, est portée devant les tribunaux ordinaires. Il a expliqué que les chefs remplissent les fonctions judiciaires, de gouvernance et d'administration des biens fonciers. Dans les zones rurales, la plupart des chefs traditionnels assurent le lien entre ces populations et les formes modernes de gouvernements élus, ont-ils rappelé. Dans séance plénière de vendredi matin, le président de la Banque Mondiale James D. Wolfenson a souligné que l’Afrique a une histoire politique riche, histoire qui s’appuie sur des types de gouvernance différents du modèle démocratique occidental. Cet aspect a été souligné plusieurs fois pour montrer que la gouvernance a des ramifications dans les pratiques sociales et culturelles liées aux traditions et à l’histoire. Cette constation souligne qu’il n’y a pas un unique modèle de gouvernance, mais des règles à respecter pour être sur la bonne voie.

La coïncidence de la Troisième réunion de CVGA avec ADF IV a permis de mesurer l’impact du VIH/sida sur le capital humain de l’Afrique. L’ancien Premier ministre du Mozambique, Pascoal Mocumbi, et membre éminent de CVGA, a insisté sur les effets dévastateurs de la maladie sur les sociétés africaines qui perdent leurs forces de travail et se trouvent confronter à de multiples problèmes (orphelins, sécurité alimentaire, manque de personnel qualifié). Ces faits ont été des répercussions sur la viabilité et la stabilité des états africains car le VIH/sida entraînent les sociétés dans une spirale infernale. Les débats d’ADF et de CVGA ont souligné la nécessité de relancer les projets sur la santé (les soins, l’accès aux médicaments, la prévention), sur l’éducation et associer très fortement les ONG dans cette démarche, afin d’établir un véritable relais dans la population.

La société civile a été très présente pendant les débats, démontrant que la bonne gouvernance et une Afrique en marche ne peuvent se réaliser qu’en s’appuyant aussi sur la société civile. Lors de la séance plénière sur «Voix des populations et obligation redditionnelle: l’influence croissante de la société civile en Afrique», présidée par Salim Ahmed Salim, le rôle important de la société civile a été souligné dans la promotion de la bonne gouvernance en Afrique et dans les processus démocratiques. Sur le continent de nouveaux canaux permettent aux citoyens de participer au processus politique et d’exprimer leurs demandes, sans crainte de représailles en particulier par l’intermédiaire des médias avec les radios communautaires, les médias privés ou issus d’ONG et grâce au développement des TIC qui permettent un accès à l’information plus diversifié. Ainsi un développement durable ne peut se concevoir sans une coopération réelle avec la société civile.

Dans cette promotion de la société civile et des TIC, les médias jouent un rôle très important. Le groupe thématique de discussion «médias et gouvernance» a axé ses discussions autour du rôle des médias dans la promotion de la bonne gouvernance en Afrique. Renforcer les capacités des journalistes professionnels notamment en multipliant les sessions de formation, en encourageant et en favorisant la mise sur pied de codes d’éthique et de déontologie ont été évoqués comme conditions préalables à la consolidation de cette mission. Plus particulièrement il a été proposé la mise sur pied d’un observatoire des médias africains pour la bonne gouvernance afin de défendre la liberté de la presse, relayer toutes les pratiques qui vont à l’encontre de la déontologie, et rendre compte de la gestion des affaires publiques. Un site Internet devrait être le lieu d’expression et de diffusion de toutes ces actions.

Si tout cela est réalisable par l’Afrique ceci nécessite aussi un partenariat économique, logistique et financier. Ces partenaires étaient présents lors des débats, et plus spécifiquement lors de la huitième réunion plénière «responsabilité mutuelle et bonne gouvernance en Afrique: le rôle des partenaires de développement ». David Fish et Shinsuke Horunchi ont souligné les progrès faits depuis 10 ans et qui doivent être continués. Mettre fin aux conflits, respecter les droits humains et les libertés, s’appuyer sur l’ensemble de la société (jeunes, femmes, la société civile), combattre la corruption permettront de favoriser la bonne gouvernance pour un développement durable.

Mais au-delà des médias, au-delà des partenaires au développement, au-delà de tous les débats, les femmes ont dominé les discours. La bonne gouvernance est possible si la société devient une société égalitaire qui s’appuie sur l’égalité de sexes à tous les niveaux : représentation politique, accès à l’éducation et à la formation, reconnaissance de la femme comme maillon indispensable de la chaîne qui conduit à la démocratie, au respect des droits humains. Ainsi lancé à l’occasion de la deuxième journée du Forum de développement de l’Afrique (ADF IV), l’IDISA (Indice de développement et des inégalités entre les sexes en Afrique) se veut un stimulateur du processus de participation communautaire au niveau de la sensibilisation politique sur les questions du genre. Mme Thokozile Ruzvidzo, économiste au CAGED a exposé le procédé: proposer un mécanisme d’évaluation du statut de la femme par rapport à celui de l’homme au niveau social, économique et politique, voilà l’objectif principal de l’IDISA. L’indice a testé dans 12 pays africains: Afrique du Sud, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Ethiopie, Egypte, Ghana, Madagascar, Mozambique, Ouganda, Tanzanie, et Tunisie. Le résultat des tests sera publié dans le Rapport sur les femmes africaines 2004.

Les voix des femmes africaines se sont aussi fait entendre à l’arrivée de la flamme de la paix. Depuis 1995, la flamme voyage à travers le continent comme un symbole de paix, de liberté et de développement pour créer une unité entre les femmes d’Afrique pour la paix et la résolution des conflits. Après l’installation de la Flamme de la Paix, les femmes se sont retrouvées dans la Tente de la Paix construite pour l’occasion dans l’enceinte de la CEA, une Tente de la Paix parce que: «Dans les situations en conflit, les enfants, les femmes vivent dans des tentes, mais nous voulons transformer cela en une Tente d’Espoir».

Mme Joséphine Ouedraogo, Directeur du Centre africain pour le genre et le développement, a rappelé lors de l’ouverture de la 7ième Conférence régionale des femmes africaines que la Plateforme d’action de Dakar et le Programme d’action de Beijing visaient à renforcer l’intégration de la dimension genre dans les politiques et les programmes gouvernementaux; à dégager plus de ressources pour soutenir les actions visant la mise en œuvre de la Plate-forme; à mettre en place des mécanismes de concertation, de suivi et de reddition; et à faire de la lutte contre le VIH/sida une priorité nationale.

Mme Joséphine Ouedraogo a fait savoir que cette première étape d’évaluation de la mise en œuvre de la Plate-forme de Beijing a fait prendre conscience de l’incompréhension persistante du concept et de l’approche genre. Ainsi, aujourd’hui les femmes représentent 70% de la population la plus pauvre en Afrique, il devient donc difficile, voire impossible, de dissocier la condition des femmes du bilan général des progrès et des échecs des politiques de développement en vigueur sur notre continent.

«Que nos travaux ne soient pas une conférence de plus, mais qu’ils marquent un tournant et une étape décisive dans notre quête de mieux faire et de mieux être, pour nous-mêmes, comme pour les générations futures».

Et ce ne fut pas une conférence en plus car elle a permis de réaffirmer certains droits essentiels des femmes et de donner des axes d’intervention pour améliorer la condition de la femme et de la fille en Afrique. Victimes de la globalisation, du VIH/sida, de violences et de discrimination, et malgré les efforts fournis et en progrès, le chemin pour l’égalité est encore long. Il a été réaffirmé qu’une égalité entre les sexes n’est possible qu’avec «l’engagement sans réserve des hommes, leur sens des responsabilités et leur partenariat avec les femmes». Mais aussi, en tenant compte des enfants qui sont l’avenir, pour faire avancer les mentalités, en développant et favorisant l’accès à l’éducation et à la santé.

Le prochain Forum portera sur la Jeunesse, alors pour que la bonne gouvernance, le développement durable, la paix et la sécurité, l’égalité des sexes ne soient pas que des idées, laissons leur la parole : «L'Afrique est sur le point de donner naissance à quelque chose de grand et nous, les jeunes, nous préparons et oeuvrons pour arriver à ce moment.»


Synthèse par Elsa Ben Hammouda avec l’aide de Norbert Ouendji, Doua Gouly, Francine Nzibarega, Marie-Noelle Guichi, journalistes

 

A propos d'ADF Les forums passés Recherche Page d'accueil Commission économique pour l'Afrique English version Commission économique pour l'Afrique L'Union Africaine (UA) La Banque Africaine de Développement