DECLARATION MINISTERIELLE
Ministres Africains des finances, de la planification et
du développement économique,
Vingt
sixième conférence des Ministres africains des finances,
de la planification et du développement economique, 19-12
octobre, Johannesbourg, Afrique du Sud, dimanche 20 octobre 2002
1. Nous, les ministres africains des finances, de la planification et
du développement économique sommes parvenus -à
l'issue de notre Conférence tenue à Johannesburg (Afrique
du Sud), les 19 et 20 octobre 2002, sous les auspices de la Commission
économique pour l'Afrique- à un consensus sur un grand
nombre de questions d'une importance cruciale pour accélérer
le progrès et le développement de l'Afrique et relever
les défis de la mise en uvre du Nouveau Partenariat pour
le développement de l'Afrique (NEPAD).
2. Nous approuvons la vision globale du développement de l'Afrique
présentée dans le NEPAD: faire entrer le continent dans
une nouvelle ère de paix, de sécurité, de stabilité,
de croissance économique et de prospérité. L'Afrique
a, ces dernières années, réalisé de très
grands progrès, créé le cadre de la croissance
par l'intégration régionale, mis en place des politiques
macroéconomiques saines, amélioré les politiques
commerciales et attiré davantage de capital étranger.
Le continent a donc pris un bon départ pour réaliser ses
promesses.
3. Nous estimons que le NEPAD doit être mieux expliqué
et mieux compris par l'ensemble des acteurs du développement.
Le NEPAD n'est pas une agence d'exécution mais plutôt un
cadre de collaboration et de coordination dans le cadre de l'Union africaine.
C'est, en outre, un mécanisme qui devrait permettre d'engager
toutes les parties prenantes, au-delà de l'Etat, à aller
de l'avant.
4. Nous pensons que pour accélérer les progrès
dans le cadre du NEPAD, il faut commencer par mieux mobiliser les ressources
intérieures, qu'elles soient publiques ou privées, matérielles
ou humaines. Une capacité substantielle existe en Afrique mais
elle n'est pas utilisée ou est utilisée de façon
inefficace. Elle doit être exploitée et renforcée.
Il est également indispensable, pour accélérer
les progrès de l'Afrique, d'intensifier considérablement
la collaboration transfrontières: faciliter le commerce, entreprendre
des projets conjoints pour les infrastructures et coordonner nos activités
avec les donateurs et avec l'OMC.
5. Nous convenons tous qu'il est temps de passer de la phase de conception
à celle de l'action. Un moyen de présenter immédiatement
des résultats concrets est d'ancrer les fondements du NEPAD dans
une analyse rigoureuse et d'intégrer les objectifs du NEPAD dans
les programmes nationaux. Un deuxième est d'impliquer les parlements
ainsi que les acteurs du secteur privé et de la société
civile dans les stratégies de développement élaborées
par les pays eux-mêmes. Un troisième est de progresser
sur les projets sous-régionaux notamment ceux relatifs à
l'infrastructure. Un quatrième est d'instituer sans tarder le
mécanisme d'examen par les pairs. Pour avancer audacieusement,
il faudra bien entendu un leadership fermement résolu et une
volonté politique considérable impliquant tous les acteurs
et l'ensemble de la société dans le processus de développement.
6. Nous devons donc nous déterminer encore plus à mettre
en uvre les priorités du NEPAD.
Priorités pour la mise en uvre du NEPAD
7. La mise en uvre du NEPAD commence par les politiques nationales
et se poursuit avec les politiques sous-régionales, régionales
et continentales, le but étant de réaliser les objectifs
de développement du Millénaire (OPM). Il faudra, pour
cela, mener des politiques économiques rationnelles, libérer
le potentiel du secteur privé en vue de réduire la pauvreté,
intensifier le renforcement des capacités pour une intégration
plus poussée dans l'économie mondiale, adopter le mécanisme
d'examen par les pairs et transformer nos partenariats avec les donateurs
grâce à la responsabilité comptable mutuelle.
8. Améliorer l'élaboration des politiques économiques.
Nous convenons que les cadres stratégiques de lutte contre la
pauvreté (CSLP) ou d'autres stratégies de développement
élaborées au niveau national, seraient le principal instrument
pour incorporer des priorités continentales dans les programmes
nationaux de réduction de la pauvreté, consolider l'appui
des partenaires internationaux et accélérer les progrès
vers la réalisation des objectifs du Millénaire. Nous
notons cependant que nous ne devons pas nous préoccuper uniquement
de réformes macroéconomiques à court terme mais
aussi adopter des politiques d'investissement et de croissance à
long terme. Et compte tenu de la menace considérable que le SIDA
et le paludisme font planer sur le développement de l'Afrique,
la lutte contre l'épidémie doit être intégrée
dans le processus des CSLP. Il nous faut aussi formuler des politiques
soucieuses de parité dans les domaines de la santé, de
l'éducation et d'autres services.
9. Reconnaissant que nous faisons face à de graves contraintes
budgétaires, nous soulignons qu'il importe d'assurer la discipline
budgétaire en fixant des priorités explicites pour les
dépenses et en améliorant les systèmes de gestion
des dépenses dans nos pays. A cet égard, nous estimons
que les plans de dépense à moyen terme (PDMT) et d'autres
mécanismes nationaux de dépenses à court terme
sont cruciaux pour la réalisation de la stabilité macroéconomique
et la réduction de la pauvreté. Ces plans peuvent aider
à améliorer les processus budgétaires et leurs
résultats en clarifiant les objectifs des mesures, en élargissant
la portée du processus et en renforçant la transparence
dans l'utilisation des ressources.
10. En ce qui concerne la mise en uvre de politiques économiques
rationnelles, nous recommandons aux décideurs africains d'intégrer
les stratégies de lutte contre la pauvreté aux objectifs
macroéconomiques dans leurs plans de développement, de
renforcer les systèmes de gestion des dépenses publiques
pour assurer une allocation efficace des ressources et d'établir
de meilleurs systèmes statistiques pour le suivi et l'évaluation
des progrès. Il importe à cet égard d'assurer une
plus grande cohésion des politiques dans les pays et une plus
grande convergence des politiques d'un pays à l'autre. Nous demandons
en outre instamment aux partenaires du développement d'appuyer
le renforcement des capacités dans les domaines techniques requis
en vue d'une mise en uvre efficace des PDMT -ainsi que de réduire
les coûts et d'accroître l'efficacité de l'assistance
technique en utilisant des spécialistes africains sur le continent
et à l'extérieur.
11. Libérer le potentiel du secteur privé. L'investissement
intérieur et étranger est un élément clef
pour assurer la prospérité par l'investissement et la
création d'emplois. Or le secteur privé africain demeure
faible. Il faut créer un environnement propice au secteur privé
et enrayer la fuite des capitaux d'Afrique. Nous reconnaissons que la
bonne gouvernance économique et des entreprises, les facilités
de financement et les partenariats stratégiques sont cruciaux
pour permettre au secteur privé de jouer son rôle dans
le développement du continent.
12. Nous recommandons que les décideurs africains poursuivent
énergiquement les réformes du cadre réglementaire
et des politiques relatives à la concurrence, notamment qu'ils
adoptent et appliquent des codes de gouvernance économique et
de gouvernance des entreprises. Nous devons veiller à équilibrer
les partenariats entre le secteur public et le secteur privé,
concernant les services sociaux en particulier. Nous devons en outre
remédier à l'accès limité des petites et
moyennes entreprises au crédit bancaire formel ainsi qu'à
l'inadéquation entre la disponibilité de fonds à
court terme et les exigences de l'investissement productif.
13. Intégrer l'Afrique à l'économie mondiale.
Une intégration plus poussée dans les marchés mondiaux
demeure une priorité dans les efforts que nous déployons
pour réaliser les objectifs du NEPAD. Nous réaffirmons
notre conviction que le commerce continuera de générer
l'essentiel des ressources pour le financement du développement.
Nous soulignons la nécessité de relancer les exportations
agricoles, en déterminant des moyens de regagner des parts de
marché. Tout en nous félicitant des efforts déployés
par l'OMC pour lancer un cycle de négociations commerciales consacrées
au développement, nous estimons qu'il faut faire davantage en
matière de libéralisation du commerce. A cet égard,
nous exhortons nos partenaires internationaux à supprimer toutes
autres barrières au commerce - en particulier les subventions
agricoles, les crêtes tarifaires et les innombrables barrières
non tarifaires au sein de l'OCDE. Il importe aussi de faire plus pour
assurer une meilleure représentation de l'Afrique aux négociations
commerciales mondiales. Par conséquent, nous accueillons favorablement
l'idée de la CEA d'ouvrir un Bureau à Genève pour
assister les délégations africaines auprès de l'OMC
et renforcer les positions de négociation de l'Afrique.
14. Il importe d'assurer, de toute urgence, l'accès en franchise
de droits et sans contingentement des produits en provenance des pays
africains. Nous demandons aussi que les règles d'origine soient
simplifiées et harmonisées afin que les pays africains
puissent profiter des opportunités de marchés accordées,
s'agissant en particulier des produits à valeur ajoutée.
15. De notre côté, le premier pas à faire pour
assurer notre intégration dans l'économie mondiale, est
d'améliorer notre accès au marché et d'accroître
les échanges à l'intérieur de l'Afrique. Il est
nécessaire, à cet effet, que nous ouvrions nos marchés
à d'autres pays africains en réduisant les droits de douane,
en éliminant les lourdes procédures aux frontières
et en améliorant l'infrastructure. Il nous faut aussi rationaliser
et renforcer les communautés économiques régionales.
16. Il nous faut aussi intégrer le commerce dans les stratégies
du développement national et mettre en uvre des réformes
transfrontières susceptibles de stimuler la réponse sur
le plan de l'offre. Une autre action est de mettre en place des capacités
nationales pour une participation effective aux négociations
commerciales multilatérales. Le NEPAD fournit un cadre permettant
d'établir des objectifs communs en matière de négociations,
ce qui renforcerait le pouvoir de négociation de l'Afrique lors
des réunions de l'OMC.
17. Pratiquer l'auto-surveillance et apprendre des pairs : Suivre
les performances tout en prenant les mesures correctrices qui s'imposent,
demeure une priorité pour accélérer la croissance
et réduire la pauvreté. Nous sommes fermement convaincus
que le mécanisme africain d'examen par les pairs (MAEP) qu'il
est envisagé de créer, peut, lorsqu'il sera effectivement
mis en place, fournir un cadre pour le suivi et l'élaboration
de meilleures politiques, normes et pratiques.
18. Nous accueillons favorablement le mécanisme africain d'examen
par les pairs proposé en tant que processus véritablement
africain, ayant pour éléments fondamentaux l'apprentissage
mutuel et l'auto-surveillance, son objectif étant d'aider les
pays à prendre des mesures pour améliorer leur environnement
politique et économique et partager les meilleures pratiques.
Nous convenons que l'idée à la base du mécanisme
d'examen mutuel est qu'il faut évaluer les attributs fondamentaux
de l'Etat capable, en examinant les aspects politiques, économiques
et institutionnels de la gouvernance. A cet égard, nous nous
félicitons du travail actuellement effectué par la CEA
sur la gouvernance économique et la gouvernance des entreprises.
19. Nous exhortons les pays africains à participer au mécanisme
africain d'examen mutuel pour faire en sorte que le processus d'examen
par les pairs se déroule sans ingérence politique et s'assurer
qu'il est constamment mené de manière indépendante
et avec la compétence technique requise. Nous exhortons aussi
les pays à donner suite aux résultats des examens par
les pairs, qu'il est prévu de commencer au début de l'année
2003, les ressources à cet effet devant provenir essentiellement
de l'Afrique.
20. Transformer nos partenariats de développement. Une
caractéristique essentielle du NEPAD est le principe de partenariats
de type nouveau fondés sur l'appropriation par l'Afrique elle-même
des stratégies de développement du continent. Il devrait
y avoir un engagement mutuel à réaliser les objectifs
de développement communs. Il faudrait aussi instituer l'obligation
mutuelle de rendre des comptes en ce qui concerne les progrès
accomplis dans la réalisation de ces objectifs. Et il faudrait
aussi des flux de ressources accrus, fournis sur une base plus prévisible,
particulièrement à destination des pays qui se sont clairement
engagés à réaliser ces objectifs communs - et des
mesures devraient aussi être prises pour que l'aide ne soit plus
liée.
21. Les nouvelles relations avec les partenaires de développement
seront fondées sur la responsabilité mutuelle. Pour les
Africains, l'engagement à assurer l'auto-surveillance et à
apprendre auprès des pairs sera la pierre angulaire de la responsabilité.
Pour les partenaires, l'engagement consiste principalement à
s'assurer que toutes les politiques ayant des incidences sur les perspectives
de développement de l'Afrique - notamment celles qui concernent
l'aide publique au développement, l'accès au marché
et la dette - s'inscrivent dans le cadre des objectifs de développement
du Millénaire. Il s'agit ici principalement de la qualité
et du volume de l'appui ainsi que de la cohérence des politiques
dans les domaines des échanges et de l'aide.
22. Nous reconnaissons que des arrangements institutionnels en matière
de responsabilité mutuelle existent déjà. Les partenaires
utilisent actuellement plusieurs mécanismes. Nous nous félicitons
de ces efforts. Dans le cadre du partenariat stratégique avec
l'Afrique (PSA) présidé par la Banque mondiale, les travaux
en cours portent sur le suivi des pratiques en matière d'aide,
l'harmonisation des procédures des donateurs, les mesures en
vue de délier l'aide, l'adaptation de l'assistance des partenaires
de développement aux cadres stratégiques de lutte contre
la pauvreté grâce à l'augmentation du volume de
l'aide concessionnelle et à l'amélioration de sa qualité.
Des efforts sont également faits pour réduire les coûts
liés aux transactions, renforcer les objectifs du CSLP que sont
la prise en charge des activités par les Africains eux-mêmes,
l'exhaustivité, la participation et la coordination, la fourniture
d'une assistance plus prévisible et plus stable.
23. En outre, au niveau du continent, des mécanismes ont été
mis en place tels que la Conférence de la Grande Table de la
CEA et le Groupe africain de réflexion sur les CSLP. L'objet
est d'étudier les expériences, de partager les meilleures
pratiques et de formuler des positions africaines sur l'avenir des CSLP
et de donner le point de vue objectif de l'Afrique sur les principaux
problèmes de développement. Nous soulignons également
la nécessité de créer des synergies entre le NEPAD
et le Programme d'action de Bruxelles pour les pays les moins avancés,
compte tenu des possibilités de coopération Sud-Sud.
24. Il est également clair que l'initiative PPTE ne fonctionne
pas assez bien. Six pays africains seulement ont atteint le point d'achèvement
et, pour certains d'entre eux, le niveau de la dette demeure insoutenable.
Plusieurs propositions sont formulées pour aller au-delà
du PPTE et assurer un allégement plus important de la dette.
Il nous faut obtenir un allégement plus important de la dette,
inscrire cette démarche dans le cadre de la réalisation
des objectifs de développement du Millénaire et libérer
davantage de ressources pour le développement. Nous reconnaissons
aussi la nécessité d'examiner le fardeau de la dette des
pays qui ne sont pas éligibles à l'Initiative PPTE.
25. En conclusion, nous remercions la CEA de nous avoir réunis
ici afin que nous étudiions les défis à relever
pour mettre en uvre le NEPAD et accélérer le progrès
et le développement de l'Afrique. Nous tenons également
à remercier Son Excellence Monsieur Trevor A. Manuel, Ministre
des finances de la République d'Afrique du Sud, pour sa remarquable
conduite des travaux ainsi que le Gouvernement de l'Afrique du Sud pour
avoir accueilli cette importante Conférence.