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Eau et pauvreté en Afrique subsaharienne

Document d'information

Huit hypothèses sur l'eau (avec la permission de l'Institut international de gestion des ressources en eau (IWRM Prétoria). L'étude intégrale figure dans la Revue africaine de l'eau, édition pilote de décembre 2003)

1. L'investissement dans l'utilisation de l'eau pour l'agriculture peut avoir des retombées économiques élevées et profiter à un grand nombre de populations étant donné les effets multiplicateurs relativement importants pour autant que les prix et les conditions du marché soient appropriés.

Etant donné que les projets d'investissement du secteur privé ne sont plus seulement axés sur l'accroissement de la production agricole mais également sur la génération d'avantages économiques plus substantiels tels que la réduction de la pauvreté, la création d'emplois et la génération de revenus, il est nécessaire de comprendre les impacts directs et indirects - par le biais des relations interindustrielles verticales, de l'augmentation de la demande locale de biens et de services et des marchés des produits - des projets d'utilisation de l'eau pour l'agriculture, leurs impacts à différents niveaux (ménage, communauté, économie) et la manière dont leurs avantages sont répartis entre les différents secteurs de la société. L'amélioration de la production se traduira par l'augmentation des revenus et le renforcement des moyens de subsistance s'il existe de bons débouchés pour les produits. L'identification et la mise en œuvre de politiques appropriées nécessiteront le règlement de questions telles que l'établissement d'un équilibre entre la libéralisation, la mondialisation et les accords internationaux d'une part et la compétitivité, les tarifs et la protection d'autre part.

2. La réduction de la pauvreté et la croissance économique peuvent être réalisées par des investissements appropriés dans l'expansion et l'amélioration des systèmes d'irrigation

Les systèmes d'irrigation, spécialement en Afrique subsaharienne ont été décriés en raison de leurs coûts relativement élevés et de leurs résultats décevants. Mais ces systèmes peuvent être appropriés dans des conditions spécifiques telles que : climat aride ou semi-aride ; approvisionnement en eau adéquat et fiable qui peut être assuré d'une manière rentable ; vastes plaines bien drainées ; densité de population suffisante pour permettre l'agriculture à forte intensité de main-d'œuvre et créer la demande des produits ; politiques appropriées et institutions d'appui. Il faut une nette distinction des rôles et des responsabilités entre les différents participants (gouvernement, exploitants agricoles, organisations d'exploitation agricole, secteur privé) et il ne doit pas y avoir d'ambiguïté concernant la propriété des biens. L'irrigation est un bon exemple d'une technologie qui nécessite une approche intégrée. L'absence d'une telle approche est une des raisons des résultats décevants et des échecs rencontrés. L'Asie donne la preuve que les projets qui comprennent une composante de recherche ont des retombées plus élevées (Merrey 1997).

3. L'accès à l'eau pour l'irrigation en utilisant de petites technologies individualisés abordables peut contribuer considérablement à la sécurité alimentaire des ménages et pourrait promouvoir la production et l'accès aux intrants, permettant ainsi aux exploitants agricoles de franchir le seuil de pauvreté. Dans des lieux où les débouchés existent, l'accès à l'eau à même à une importance plus grande que l'accès aux nutriments.

Le franchissement du seuil de pauvreté est intimement lié à l'accès au marché. S'il y a accès au marché mais pas de demande ou de prix correct payé pour les produits, les retombées ne permettront pas à un exploitant agricole de faire davantage d'investissements. Cependant, même en l'absence de débouchés, de petites technologies individualisées bon marché peuvent permettre aux ménages d'utiliser de faibles quantités d'eau pour la culture de légumes, de fournir de l'eau au bétail ou pour l'irrigation des cultures de céréales et de contribuer ainsi à la sécurité alimentaire des ménages. Les liens entre les marchés, les services d'appui et les politiques d'accompagnement sont les principales contraintes qui peuvent être éliminées grâce aux efforts combinés du gouvernement, du secteur privé et des ONG. Souvent, le problème n'est pas un manque de technologies mais plutôt la médiocrité des mécanismes pour promouvoir la sensibilisation, la compréhension et l'adoption. Nous supposons que ces petites technologies offrent une occasion considérable d'aider les agricultrices à nourrir leur famille en réduisant la pauvreté et la malnutrition.

4. Les problèmes de carence en nutriments, de dégradation dans les zones de production pour la consommation urbaine et d'accumulation des déchets dans les zones urbaines peuvent être résolus grâce au recyclage des nutriments contenus dans les déchets et dans les eaux usées.

Certains des principaux problèmes recensés en Afrique subsaharienne sont la faible fertilité des sols, la dégradation des sols et la pollution de l'environnement. Les nutriments contenus dans les produits alimentaires et agricoles apportent de grandes quantités de substances nutritives aux centres de population. Toutefois, après la consommation, les nutriments sont toujours présents sous de nombreuses formes de déchets mais sont souvent négligés. L'agriculture urbaine et périphérique peut jouer un rôle majeur dans la réduction de ces problèmes et doit être encouragée. La recherche sur les modalités de réduction des risques sanitaires liés à l'utilisation des eaux usées urbaines pour la production de cultures au niveau de l'exploitation agricole, du marché et des ménages permettra à l'agriculture urbaine et périphérique irriguée de contribuer à l'amélioration des moyens de subsistance et de l'alimentation urbaine.

5. L'utilisation judicieuse et durable des ressources naturelles et des fonctions fournies par les terres humides offre une occasion importante d'assurer la sécurité alimentaire et environnementale d'un grand nombre de pauvres vivant dans les zones rurales.

Les terres humides offrent aux populations des moyens de subsistance - nourriture, fibres, emplois, médicaments et valeurs culturelles - et favorisent également la biodiversité, contribuent aux activités de loisir, filtrent les déchets biodégradables, réglementent les débits hydrologiques et contrôlent les gaz atmosphériques par la séquestration du carbone. Accroître l'utilisation agricole des terres humides sans affecter les autres fonctions bénéfiques est un défi de taille. Une base de connaissances fiables sur les terres humides comprenant leurs dimensions techniques, sociales, écologiques et politiques, doit être créée, en fonction des instruments de soutien aux décisions pour une gestion efficace et équitable des terres humides de l'Afrique subsaharienne qui pourraient être élaborés. L'utilisation durable des terres humides peut contribuer considérablement à la réduction de la pauvreté en Afrique subsaharienne, mais une utilisation peu judicieuse peut aboutir à des dégâts irréversibles pour les écosystèmes.

6. Une augmentation substantielle de la collecte de l'eau, l'élévation d'eau et les technologies d'application pour l'agriculture dans les bassins supérieurs et moyens des cours d'eau peuvent avoir des conséquences non négligeables pour d'autres utilisations et pour les utilisateurs en aval, spécialement les terres humides

Il existe de nombreuses possibilités de parvenir à de hauts niveaux de productivité de l'eau par goutte d'eau consommée en utilisant ces technologies. Toutefois, il y a des limites au-delà desquelles ces technologies ont des impacts importants en aval et celles-ci doivent être vérifiées par la recherche sur le terrain et des outils appropriés de modélisation et de simulation.

7. La prise en compte des besoins des victimes de la pandémie du VIH/SIDA lors de la promotion des innovations technologiques et institutionnelles entraînera une meilleure qualité de vie pour eux et pour leur ménage ainsi que pour la société en général

Certains des problèmes liés au VIH/SIDA qui se posent au secteur agricole sont la réduction de la main-d'œuvre, la diminution de la productivité de la main-d'œuvre, l'affaiblissement des droits de propriété et d'héritage et la fragilisation du rôle que les femmes peuvent jouer dans l'agriculture en Afrique subsaharienne. En améliorant l'accès des ménages affectés par le VIH/SIDA à l'eau pour l'utilisation domestique et la production, et en favorisant des technologies agricoles et des pratiques de gestion qui économisent le travail on obtiendra une nette amélioration de leur état nutritionnel.

8. Les agricultrices sont plus motivées à investir leur travail et leur argent dans l'amélioration des sols et dans la conservation de l'eau si leurs droits au sein du ménage concernant la terre et les avantages et leur propre accès aux crédits, aux marchés et aux intrants sont mieux assurés

Il est généralement reconnu que les femmes en Afrique subsaharienne jouent un rôle central dans l'agriculture en fournissant la main-d'œuvre dans les champs familiaux et également en assurant la gestion de leurs propres champs. Toutefois, le manque d'accès à la terre et l'accès limité aux crédits, aux intrants et aux marchés, spécialement chez les jeunes femmes, les découragent plus que les hommes à faire les investissements requis pour une meilleure fertilité des sols, la conservation de l'eau, une production plus élevée et de meilleurs revenus pour elles-mêmes et pour les personnes à leur charge. Il est prouvé que les femmes sont souvent les perdantes lorsque ces possibilités se présentent, étant donné que les hommes exploitent leurs avantages (Wooten 2003). Des mesures relativement simples, une formation et une vulgarisation rentables et des mesures commerciales et juridiques applicables doivent être adoptées pour permettre au secteur public et au secteur privé de mieux exploiter le potentiel d'investissement agricole des femmes.

9. L'élaboration et la mise en œuvre de stratégies, de politiques et de mécanismes efficaces pour aider les pauvres à faire face aux risques et à l'incertitude liés aux variations climatiques contribueront à améliorer leurs moyens de subsistance.

L'important ici est de fournir des directives sur les modalités de réduction de la vulnérabilité des pauvres aux variations climatiques, spécialement «le risque d'eau» associé aux inondations et aux sécheresses (dans le domaine agricole et météorologique). Pour cela, il convient d'analyser et de décrire les variations climatiques et de comprendre leurs liens avec la gestion de la terre et de l'eau et leurs impacts sur les moyens de subsistance. Les possibilités et options pour le renforcement des mécanismes permettant de résister et de faire face à ces variations doivent être mieux comprises. (Rockstrom 2003). Les stratégies déjà en place pour l'évaluation, la prévision, le contrôle et l'atténuation des chocs climatiques devront être évalués, les insuffisances identifiées et les améliorations proposées. Les mécanismes pour y faire face dépendent de leur importance et varieront en fonction des ménages, des communautés locales et des bassins et selon qu'il s'agisse du niveau national ou international. La variation des chutes de pluie, handicap majeur, peut souvent être atténuée par des approvisionnements supplémentaires à partir de l'eau de surface ou de l'eau souterraine. Rockstrom et Falkenmark (2000) ont montré que l'atténuation des effets de la sécheresse en utilisant l'eau souterraine peut aboutir au doublement de la production agricole dans les écosystèmes sujets à la sécheresse. Le potentiel pour une utilisation commune de sources d'eau multiples (pluie, étangs, cours d'eau, eau sous conduite, eau souterraine) et de multiples utilisations de l'eau (par les ménages, le bétail et les jardins potagers) doit également être mieux exploité.