Commission Economique pour L'Afrique

Allocution de M. K.Y. Amoako,
Secrétaire Exécutif de la
Commission Economique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA)

A la Conférence Ministérielle d'évaluation de la mise en oeuvre de la Déclaration de Dakar Ngor (DDN) et du plan d'action de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD-PA).

Dakar, Sénégal, 7 - 11 juin 2004

Excellence Monsieur le Président de la République du Sénégal,
Excellence Monsieur le Président de l'Union Africaine,
Madame la Directrice Générale du FNUAP,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Honorables parlementaires,
Distingués membres du corps diplomatique
Chers membres du Comité de suivi
Mesdames et Messieurs,

C'est avec plaisir que je vous souhaite la bienvenue à cette Conférence ministérielle d'évaluation de la mise en oeuvre de la Déclaration de Dakar/Ngor sur la Population (DDN) et le Programme d'action de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD-PA). Je voudrais, au nom de la CEA et de tous les honorables participants, remercier le gouvernement de la République du Sénégal pour avoir généreusement offert son hospitalité à la présente réunion.

Le Fonds des Nations Unies pour les Activités de Populations (FNUAP) a toujours apporté une contribution technique et financière aux pays africains afin de faciliter la mise en _uvre effective des engagements pris au Caire en 1994. En acceptant de prendre en charge le financement de la présente conférence, le FNUAP a, une fois de plus, démontré son engagement et son soutien en faveur de la réalisation des actions en matière de population dans le cadre du processus de développement en Afrique. Je voudrais également exprimer ma gratitude à nos Etats membres, à l'Union Africaine et à la Banque africaine de développement pour leur soutien et leurs contributions.

Excellences,

Dans un passé récent, les débats en matière de population portaient essentiellement sur des questions de démographie, de fertilité, etc. Nos préoccupations semblaient alors se limiter uniquement à des considérations statistiques, nos efforts se concentraient sur la poursuite d'objectifs démographiques spécifiques, tandis que nous tirions de cet exercice des conclusions ayant de graves implications sur nos politiques, particulièrement en Afrique. Cependant, comme nous en avons convenu à la CIPD au Caire il y a dix ans, les questions de population sont trop complexes pour être réduites à de simples statistiques. La problématique de la population doit plutôt se situer dans le contexte plus global du développement et des droits humains. A cet égard, il importe d'impliquer pleinement la société civile dans la poursuite des politiques visant à satisfaire les besoins en matière de santé de la reproduction, et notamment de planning familial.

C'est conscients de cette situation que 179 pays ont adopté un programme d'action de vingt ans visant à d'améliorer la qualité de la vie des populations du monde par le biais de l'application de politiques et programmes appropriés en matière de population et développement. C'est ainsi que nous en sommes venus, dans cette même ville en 1992, à adopter une position commune, à savoir la célèbre Déclaration de Dakar / Ngor portant sur l'intégration des politiques et programmes de population dans les politiques et stratégies de développement des pays africains. Combien de terrain avons-nous couvert en vue de la réalisation de ces objectifs louables ?

Certes, nous avons fait du progrès; mais nous ne sommes pas encore arrivés au but; et cela, vous aurez l'occasion de le constater à l'examen du Rapport régional décennal qui vous est soumis. Vous noterez, par exemple, que 96 pour cent des pays africains ont intégré les questions de population dans leurs plans de développement ; 33 Etats ont mis en place des arrangements institutionnels pour un suivi-évaluation effectif des liens entre population, agriculture et environnement, et de l'impact de ceux-ci sur l'environnement.

S'agissant de l'égalité des genres, l'on est en droit de se féliciter du fait que tous les 43 pays qui ont répondu à notre enquête ont pris des mesures garantissant l'égalité des genres et l'autonomisation de la femme. 41 pays africains ont ratifié la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

Par ailleurs, un nombre croissant de pays africains ont introduit des politiques, mesures et programmes spéciaux favorables en matière de famille. Environ les trois-quarts des pays africains manifestent des préoccupations pour les problèmes associés au vieillissement de la population; et plusieurs d'entre eux disposent de structures de sécurité sociale, de fonds de retraite et d'institutions de soins pour les personnes âgées. D'autre pays ont amendé leur code pénal et aboli la loi française de 1920 sur l'avortement. Les programmes de vaccination suivent un bon cours, et l'allaitement maternel est encouragé dans plusieurs pays.

La situation s'avère positive aussi du côté des enfants et des jeunes. Aujourd'hui, environ deux tiers des pays ont adopté des mesures visant à protéger la santé de la reproduction des adolescents, alors qu'il y a cinq ans, seulement 38 pour cent des pays avaient adopté de telles mesures.

Dans le domaine de la lutte contre le VIH/SIDA, 42 Etats ont créé un service de coordination des actions relatives au VIH/SIDA au sein de la structure gouvernementale. Dans 24 de ces Etats, ce service dépend directement de la Présidence. Trente pays ont établi des Comités sur le SIDA au niveau ministériel.

Nos Etats ont également pris des dispositions pour faire face aux problèmes posés par les flux de personnes déplacées et les réfugiés. Plus de 70 pour cent des pays qui ont répondu à notre enquête ont pourvu des mesures de protection, des services de santé, d'éducation, de réhabilitation et des opportunités d'emploi à ces groupes.

D'une manière générale, la revue indique un renforcement de la mobilisation des ressources en vue de la réalisation des politiques et programmes relatifs à la population. En effet, environ 90 pour cent des pays africains ont augmenté leurs allocations de ressources intérieures à cet effet. Certains pays, comme l'Ouganda allouent plus de 20 pour cent de leur budget à la santé et aux services sociaux.

Excellences,

En dépit de ces progrès, de nombreux défis restent encore à relever. Les pays africains ne pourront atteindre les objectifs assignés que si des actions concrètes sont prises pour résoudre certains problèmes critiques de développement, tels que les taux élevés de morbidité et de mortalité maternelles, les carences en matière de santé de sexualité et de reproduction des adolescents, la propagation du VIH/SIDA, les attitudes et pratiques néfastes qui militent contre l'élimination de la discrimination et des inégalités à l'endroit des femmes dans certains pays.

Il nous incombe de mettre au point des méthodes pratiques et standardisées pour mieux suivre les flux de ressources internes et externes, et d'améliorer les capacités techniques et de gestion, notamment en matière de plaidoyer. Nous devons agir avec plus d'efficacité face aux catastrophes naturelles qui minent nos populations, et promouvoir la bonne gouvernance dans tous les pays africains. Il nous faut également trouver des solutions aux incessantes questions de migrations internes et d'urbanisation anarchique. Il est aussi impératif que nous élaborions des stratégies visant à réduire les conditions propices à la propagation du VIH/SIDA, à savoir la pauvreté, l'inégalité des genres, l'instabilité sociale et les situations de conflit.

Voilà certains des défis qui, j'espère, ont été largement débattus par nos experts et retiendront notre attention lors de la présente conférence. Notre Déclaration devrait fournir des réponses à ces déficits, et faire avancer le processus vers une mise en _uvre intégrale au cours de la prochaine décennie.

Nous avons, pour notre part à la CEA, entrepris un nombre d'initiatives pour faire face aux nombreux défis du développement de l'Afrique. Nous avons mis sur pied le Groupe africain de réflexion sur les Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) dont l'objet est de faciliter un échange d'expériences et un renforcement mutuel de capacités en la matière entre pays africains. Ce Groupe de réflexion se focalise sur cinq catégories de questions : le contenu des stratégies de croissance ; les financements relatifs au DSRP et la gestion des dépenses publiques ; la légitimité du processus participatif au DSRP ; les besoins en ressources ; les politiques et conditions des bailleurs de fonds.

Nous avons mis au point une série de 83 indicateurs devant permettre aux pays africains de mieux assurer le suivi et l'évaluation des questions de bonne gouvernance. Le lancement officiel de la première édition de notre Rapport sur la gouvernance en Afrique se fera plus tard cette année lors du quatrième Forum africain pour le développement dont le thème est : Gouvernance pour une Afrique qui progresse.

Au chapitre du VIH/SIDA, le Secrétaire Général des Nations Unies a mis en place la Commission sur le VIH/SIDA et la gouvernance en Afrique dont j'assume la présidence. La mission de la Commission est d'examiner les liens entre le VIH/SIDA et la gouvernance dans divers secteurs en Afrique. La Commission présentera en 2005 son rapport final qui, nous l'espérons, aidera plusieurs pays africains à mieux apprécier et gérer l'impact de la pandémie.

La CEA a également mis au point un Indice africain sur le genre et le développement, en vue de mettre à la disposition des décideurs et planificateurs compétents en la matière un outil approprié pour évaluer le degré d'inégalité en matière de genre ainsi que l'impact des politiques du genre dans leurs pays. Cet Index africain sur le genre et le développement devra nous permettre également d'apprécier les progrès réalisés dans la mise en _uvre du Programme d'action du CIPD, notamment dans les questions du genre.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

A l'occasion de la présente conférence, je voudrais à travers ces quelques exemples du travail de la CEA réaffirmer et renforcer notre engagement en l'endroit du Programme d'action de la CIPD dans le cadre de notre contribution à la poursuite de la réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire. Avant de quitter Dakar, convenons des principales actions requises pour faire avancer la mise en _uvre des recommandations de la CIPD. Je vous invite à analyser et entériner le rapport d'évaluation du 10ème Anniversaire de la mise en _uvre de la CIPD en Afrique de même que les modalités et procédures des futures évaluations. Enfin, je voudrais lancer un appel particulier pour l'adoption d'une Déclaration ministérielle précise et réalisable qui puisse contribuer de façon effective au renforcement de la mise en _uvre de la Déclaration de Dakar / Ngor et du Plan d'action de la CIPD.

Je vous remercie de votre attention.

 


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