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Contribution du Sénégal au
DEUXIÈME FORUM SUR LA GOUVERNANCE EN AFRIQUE
Accra (Ghana), 25 et 26 juin 1998
TABLE DES MATIÈRES
1.0 Contexte général
1.1 Fondements historiques et culturels
1.2 Structure politique
1.3 Situation socioéconomique
2.0 Transparence et responsabilité : lexpérience du Sénégal
2.1 Problématique de la transparence et de la responsabilité
2.2 LAdministration publique
2.3 Le système judiciaire
2.4 Gouvernance locale et décentralisation
2.5 Droits de lhomme et système démocratique
3.0 Le Programme national de bonne gouvernance comme cadre
de cohérence des principes de transparence et de responsabilité
3.1 Objectifs globaux du Programme national de bonne gouvernance
3.2 Composantes du Programme
4.0 Cadre institutionnel du Programme
5.0 Budget estimatif du Programme
1.0 CONTEXTE GÉNÉRAL
1.1 Fondements historiques et culturels
Le Sénégal est limité au Nord et au Nord-Est par la Mauritanie, au Sud-Est par le Mali, au Sud par la Guinée et la Guinée-Bissau et à lOuest par locéan Atlantique. Au centre, la Gambie constitue une enclave dune superficie de 10 300 km2.. Le Sénégal compte une population estimée, en 1997, à 8,5 millions dhabitants sur une superficie de 196 722 km².
Situé à lextrême ouest du continent africain, aux confins de locéan Atlantique, le Sénégal a eu très tôt des contacts avec plusieurs civilisations, ce qui lui a permis au fil des siècles daccumuler un riche patrimoine culturel. En effet, la société sénégalaise est riche de ses différences sur les plans ethnique, religieux et culturel. Trois facteurs sont à prendre en considération dans son processus dunification : une certaine « wolofisation » de la société, lislamisation et linfluence de lOccident à travers les puissants vecteurs que sont lécole, les médias, lAdministration et dans une moindre mesure, léglise. Cependant, aucun de ces facteurs na abouti à un effacement des différences culturelles entre les groupes ethniques.
Religion dominante, lislam sénégalais est essentiellement de nature "confrérique". Il se caractérise par lallégeance des populations à des chefs religieux, ce qui a favorisé lapparition de puissants lobbies. Ainsi, même dans lAdministration, symbole de lunité nationale et garante du principe dégalité devant les services publics, des solidarités traditionnelles se sont développées.
Base de la pénétration coloniale, le Sénégal sest doté à lépoque dune élite intellectuelle formée à lécole occidentale. Ayant abrité la capitale de lAOF, il a acquis une expérience dans le fonctionnement des institutions républicaines. La relative stabilité de la société sest accompagnée dun processus continu de déstructuration et de restructuration entre, dune part, des terroirs locaux traditionnels qui sont des organisations cohérentes sur le plan économique, démographique, social et institutionnel et, dautre part, un nouvel espace ouvert indifférencié, homogène, avec des mécanismes de marché qui relèvent dun autre système socioéconomique et culturel.
I.2 Structure politique
Le Sénégal a souvent fondé le choix de ses responsables dans le cadre dun processus démocratique. Des progrès majeurs restent à accomplir sur la voie de lédification dune société démocratique, fondée sur la préservation de lautorité de lÉtat et le renforcement des institutions politiques laïques. La République dispose dun régime présidentiel, avec un Président élu au suffrage universel direct qui définit la politique de la nation exécutée par le Gouvernement.
Depuis 1991, le Gouvernement a à sa tête un Premier Ministre nommé par le Président de la République Chef de lexécutif. Le contrôle des actions de lexécutif est assuré par une Assemblée nationale élue au suffrage universel direct. Le pouvoir judiciaire est organisé autour des grandes institutions suivantes : le Conseil constitutionnel, qui proclame les résultats des élections législatives et présidentielles, la Cour de cassation, le Conseil dÉtat et les cours et tribunaux. Le pays dispose également dune institution consultative, le Conseil économique et social.
Enfin, le paysage politique, à la fois riche et varié, est composé de 26 partis, dont 11 sont représentés au Parlement depuis 1998. Il faut signaler la présence dune société civile dont lobjectif est de participer au développement en essayant de sensibiliser lopinion aux questions de la cité. Elle regroupe les syndicats professionnels, les conseils nationaux de la jeunesse et de la femme, les associations de défense des consommateurs, les groupements villageois, les ONG et les organisations religieuses. Il faut également signaler lexistence dune presse privée dynamique et indépendante qui se développe à côté des médias dÉtat.
1.3 Situation socioéconomique
Lévolution divergente dune croissance démographique élevée et dune croissance économique faible jusquen 1994 a contribué en grande partie à accentuer les grands déséquilibres et à limiter laugmentation des revenus.
Toutefois, la qualité du cadre macroéconomique et lintensité des réformes au lendemain de la dévaluation du franc CFA ont permis de réaliser un taux de croissance de lordre de 5 pour cent, des finances publiques plus saines, une bonne maîtrise de linflation et un net redressement de sa position extérieure. Cependant, des obstacles dordres institutionnel, juridique, économique, financier et social continuent de fragiliser le développement du pays.
La réorientation des investissements publics au profit du secteur quaternaire a permis daccroître le taux de scolarisation à 59,7 pour cent en 1996-97, contre 54,4 pour cent en 1993-94, de même que le nombre dauditeurs dans le cadre du plan de lutte contre lanalphabétisme. Cette option a aussi permis daméliorer les indicateurs de santé dont certains se rapprochent des normes de lOMS.
Le IXe Plan dorientation pour le développement économique et social (1996-2001) définit, par dix orientations stratégiques, les conditions de réalisation de la compétitivité et du développement humain. Une telle perspective exige lédification dun État stratège. Cependant, il est difficile datteindre les objectifs de compétitivité et de développement humain en labsence dactions systématiques en matière de transparence et de responsabilité, principes clés dune bonne gouvernance.
2.0 TRANSPARENCE ET RESPONSABILITÉ : LEXPÉRIENCE DU SÉNÉGAL
2.1 Problématique de la transparence et de la responsabilité
La transparence et la responsabilité, principes clés de la bonne gouvernance, sentendent aussi bien de lusage des principes douverture et de responsabilité dans lexercice légitime de lautorité du gouvernement que de la capacité de ce dernier de contrôler et de diriger les affaires dun pays dans lintérêt de toutes les populations et, en même temps, de faciliter laccès des services de lÉtat au secteur privé et au public en général.
La mise en uvre de ces principes suppose lexistence de structures administratives basées sur des normes de fonctionnement et des procédures souples et transparentes, une responsabilisation, une motivation et une égale disponibilité des agents de ladministration à légard du public et du secteur privé; elle suppose aussi la possibilité pour ces derniers daccéder sans aucune restriction à ces services.
Si la bonne gouvernance se mesure aussi par la capacité de répondre sans aucune limitation à lattente des citoyens en général et à celle des agents du secteur productif en particulier, la responsabilité des serviteurs de lÉtat est engagée en cas de violation des normes de fonctionnement des services de lAdministration publique.
Cette responsabilité met en cause la cohérence des missions et des objectifs assignés aux différents services de lÉtat ainsi que le degré de responsabilisation de ses agents. Elle met aussi en cause le comportement de ses agents et leur aptitude à se conformer aux normes de fonctionnement dun service public. La violation des normes de fonctionnement du service public est souvent imputable au poids de la culture et de la tradition sur les mentalités.
Au moment où le Sénégal sengage à poursuivre les réformes dordre économique, politique et social pour mieux sinsérer dans la mondialisation, une bonne gouvernance, par la mise en place dun État stratège, apparaît comme une priorité si lon veut accélérer la croissance et assurer le développement humain durable.
Lanalyse de la gouvernance, au regard des principes de transparence et de responsabilité, permet de passer en revue les performances des services de lAdministration publique, celles de la démocratie et du milieu des affaires et, enfin, les problèmes qui limitent lefficacité de lAdministration publique; cest pourquoi il importe danalyser cette efficacité par la mise en uvre des principes de transparence et de responsabilité tant dans lorganisation institutionnelle, les capacités et les mécanismes de contrôle de lAdministration publique et du système judiciaire que dans lévolution de la politique de décentralisation et des mécanismes de contrôle des entités décentralisées ainsi que celles des atouts et faiblesses du système démocratique.
2.2 Ladministration publique
Une étude sur la productivité de lAdministration, réalisée par le Ministère du travail et de lemploi en novembre 1997, rend compte des constats des usagers quant aux services publics. Elle signale par degré dimportance : une mauvaise capacité de réponse et de réaction; une administration lourde avec des procédures longues; un taux dabsentéisme très élevé des agents de la fonction publique résultant souvent en un manque dinterlocuteur pour orienter lusager; une administration rigide incapable de sadapter au changement et danticiper le futur; un désintéressement des agents concernant leur tâche, ce qui freine leur esprit dinitiative. À côté de ces éléments qui dénotent une certaine culture de ladministration, il est important détudier son fonctionnement à travers son organisation institutionnelle, sa capacité de gestion et ses mécanismes de contrôle et daudit.
2.2.1 Organisation institutionnelle
Les structures administratives sont souvent cloisonnées, ce qui limite la circulation de linformation. Le cloisonnement entre structures administratives rend aussi difficile la circulation de linformation entre lAdministration et les usagers. Les vieilles habitudes ont conduit notamment à une inadéquation des procédures et du besoin daccès universel à linformation et parfois à une quasi-rupture des relations avec lusager.
En outre, linstabilité institutionnelle et les fréquents déménagements des services de lAdministration contribuent à leur affaiblissement, en raison de la perte documentaire et du délai nécessaire pour quils redeviennent opérationnels. Sy ajoute le fait que linformation administrative est souvent frappée à tort du sceau de la confidentialité.
Les prérogatives et les missions ne sont pas respectées. En plus, certaines structures de lAdministration continuent dobéir à des réglementations et des procédures qui datent de lindépendance. Il y a peu de cohérence entre les structures et les objectifs. On constate une inflation de structures poursuivant les mêmes objectifs, sans relations fonctionnelles ni opérationnelles, ce qui entraîne des doubles emplois et des chevauchements (multiplicité de directions et création de cellules dexécution de projets). Cette situation entraîne à son tour une confusion dans les rôles, les différentes attributions et les responsabilités des divers intervenants. Elle empêche de poursuivre dans des conditions transparentes les objectifs assignés aux services travaillant dans le même secteur.
Le non-respect des procédures se multiplie quand les individus se rendent compte quils peuvent user de recours pour négocier les sanctions et échapper aux normes établies. Aussi longtemps que le coût de la sanction exprimant la désapprobation est moindre que celui de la violation délibérée ou inconsciente de la norme, un individu peut trouver plus rationnel de marquer sa préférence pour une conduite tout à fait personnelle.
Le refus de se conformer aux normes de fonctionnement de lAdministration découle de la protection attendue des réseaux (associations de quartier, de village, groupements politiques ou religieux) formels ou informels. Ceux-ci sont des lieux de pouvoir et parfois de contre-pouvoir, surtout lorsquils sont partie prenante de la société civile. Ils se présentent comme des structures refuges qui renforcent le pouvoir de négociation des individus.
Ces constats montrent que la qualité du service public na pas été à la hauteur des attentes des usagers (guichets fermés avant lheure, lenteur des réactions, absence dinterlocuteur, complexité des règles). En effet, lAdministration na pas le réflexe de considérer lusager comme un client et un partenaire qui mérite attention et sollicitude. Le citoyen est désarmé face à la toute puissance dun agent qui manifeste une mauvaise volonté à rendre comme de droit le service attendu. La nécessité du recours a conduit à la mise en place de structures telle que la Médiature. Le nombre croissant de dossiers traités par cette institution traduit lampleur de ce phénomène.
Avant les réformes du programme dajustement structurel, linterventionnisme de lÉtat saccompagnait dune prolifération de procédures, doctroi de licences, dautorisations ou dagréments divers, de procédures rigides de contrôle des affaires par des réglementations nombreuses et des mécanismes bureaucratiques.
Les multiples réformes de lAdministration, notamment le désengagement de lÉtat, la déconcentration et les autres réformes administratives ont été axées presque exclusivement sur laspect budgétaire (diminution des niveaux des effectifs) et non sur la qualité du service. Pourtant, la mise en place dun service public efficace et performant offrant des prestations de qualité est un préalable à la bonne gouvernance.
2.2.2 Capacités de gestion de léconomie
La gestion de léconomie est fondée sur le système national de planification dont les différents instruments visent à mettre en uvre les stratégies de développement. De façon plus globale, lévaluation du système de planification a permis de déceler des problèmes institutionnels qui ne militent pas en faveur dune plus grande transparence et de la responsabilisation des agents des ministères chargés de la conception et du suivi des politiques et programmes de développement et des acteurs de la planification régionale. Si le plan national de développement économique et social constitue une loi de l'État, il n'en est pas de même des outils de pilotage conçus au niveau régional et local.
Les problèmes de mise en uvre des plans régionaux résultent du statut des régions du Sénégal qui n'ont pas de pouvoir de financement de projets, de la faiblesse des ressources financières des collectivités locales, des procédures d'affectation des ressources d'investissement de lÉtat et de la faible capacité de formulation des politiques régionales et locales. En outre, labsence de coordination des structures dintervention à léchelle régionale ne permet pas de définir un cadre de cohérence global entre les différents instruments que sont le Plan régional de développement intégré (PRDI), le Plan dinvestissement communal (PIC) et le Plan local de développement (PLD).
Par ailleurs, la qualité du service dans les entreprises du secteur parapublic nest guère meilleure en dépit dun mode de gestion privé. Cela découle dune position monopolistique qui ne contribue pas à améliorer lefficacité et au respect de lusager en plus de limmunité dexécution forcée. Les interventions répétées de lÉtat dans la gestion financière ne peuvent saccommoder des règles de prudence et dorthodoxie financière nécessaires à linstauration dun climat propice aux affaires.
Le climat des affaires est aussi révélateur de la capacité du Gouvernement de gérer léconomie nationale. À cet égard, de nombreux investisseurs étrangers et des hommes daffaires locaux continuent de percevoir, malgré tous les efforts récents, la situation comme étant hostile à linitiative privée. Cette perception est nourrie par trois facteurs : i) le scepticisme quant à lengagement du Gouvernement de prendre des mesures de libéralisation, ii) le manque de transparence dans la prise des décisions, ajouté à un sentiment généralisé que le terrain de jeu nest pas égal, et iii) les contrôles administratifs jugés excessifs et qui occasionnent des retards.
De façon plus explicite, les réformes ont été superficielles et partielles pour le secteur privé car :
Cette perception explique la dégradation des relations entre lAdministration et le secteur privé ces dernières années. Dun côté le secteur privé déplore lexistence de nombreuses taxes, la lourde réglementation douanière, les longues procédures pour lobtention de papiers administratifs, une réglementation inadéquate de la législation du travail et les faiblesses et incertitudes du système juridique et judiciaire. Pour lAdministration par contre, le secteur privé sénégalais nétait pas suffisamment prêt à accompagner lÉtat dans son processus de désengagement, et les opérateurs économiques étaient peu respectueux de la réglementation en vigueur, surtout en matière de fiscalité.
Daprès des études réalisées par le secteur privé on peut constater que, pour ce qui est de lenvironnement juridique des affaires :
Enfin, la dégradation continue du service public empêche la mise en uvre des politiques et programmes, comme le reflète le faible taux dabsorption des crédits. Ceci provient de labsence de ressources humaines de qualité, notamment dans les ministères techniques qui jouent un rôle essentiel dans les dépenses dinvestissement. Linexistence de plans de carrière, la non-application systématique de sanctions positives ou négatives, l'absence d'une gestion prévisionnelle des ressources humaines démotivent le personnel et limitent son efficacité. La certitude dun revenu garanti, la sécurité de lemploi et labsence dun système dévaluation basé sur le mérite nincitent pas à une constante amélioration des performances.
2.2.3 Mécanisme de contrôle et daudit
LAdministration na pas internalisé une culture daudit et de contrôle. La culture administrative locale assimile le contrôle à une sanction négative. Labsence de contrôle se manifeste aussi bien au niveau de la gestion des ressources humaines que dans la procédure de passation des marchés publics.
Le système dévaluation des agents nest pas appliqué de manière effective, le contrôle des effectifs nest pas régulier. La carrière des agents nest pas toujours directement assujettie à lappréciation de leur responsable hiérarchique. Lefficacité des procédures de contrôle est amoindrie par les multiples recours dont ils peuvent bénéficier.
Pour ce qui est des marchés publics, la longueur des procédures décourage certaines initiatives et ne permet pas de filtrer les fraudes. Le retard accusé dans le vote de la loi de règlement par lAssemblée nationale ne facilite pas lélaboration des bilans dexécution financière des budgets des départements ministériels et des autres institutions (Assemblée nationale, Conseil économique et social, Présidence, etc.).
2.3 Le système judiciaire
2.3.1 Organisation institutionnelle
Notre pays était doté à lindépendance dune organisation judiciaire relativement concentrée avec linstitution dun système dunicité de juridiction bâti autour dune Cour suprême et de cours et tribunaux. Actuellement, le système judiciaire est organisé autour du Conseil constitutionnel, de la Cour de cassation, du Conseil dÉtat et des cours et tribunaux. La Constitution, fondement de cette organisation, lui consacre trois principes : lindépendance des magistrats des cours et tribunaux, linviolabilité des droits de lhomme et le caractère absolu des droits de la défense.
La structure de lorganisation judiciaire est pyramidale. Au sommet se trouvent, outre le Conseil constitutionnel, compétent en matière constitutionnelle et de conflit de compétence entre les deux autres juridictions suprêmes, le Conseil dÉtat et la Cour de cassation. Le Conseil constitutionnel proclame les résultats des élections législatives et présidentielles, alors que le Conseil dÉtat est compétent pour les élections rurales et municipales et la régularité des comptes publics. Il examine les recours pour abus de pouvoir de lÉtat et des collectivités locales; en conséquence il juge les élus locaux dans les actes de gestion. Viennent ensuite la Cour dappel de Dakar, les tribunaux régionaux, les juridictions départementales et les tribunaux du travail. Sy ajoutent des cours dexception, notamment la Cour de répression de lenrichissement illicite qui nest plus opérationnelle et la Cour de discipline budgétaire pour lutter contre la corruption et les malversations.
2.3.2 Fonctionnement et mécanisme de contrôle
Des procédures judiciaires trop lourdes, une législation vétuste ainsi que des ressources humaines insuffisantes, notamment des magistrats, sont la cause dune lenteur excessive dans linstruction des dossiers, entravent la transparence dans le monde des affaires et ne permettent pas aux justiciables dexercer pleinement leur responsabilité civile.
Malgré les projets dappui institutionnel du Département de la justice, des problèmes, notamment des lenteurs dans le fonctionnement de la justice, persistent. Outre le déficit en effectifs dont la résorption est prévue avec le recrutement programmé de 100 magistrats, cette situation sexplique par :
2.4 Gouvernance locale et décentralisation
2.4.1 Évolution de la politique de décentralisation
Après l'indépendance, la politique de décentralisation sest progressivement renforcée avec plusieurs réformes dont les plus marquantes sont celles de 1972, 1990 et 1996. Auparavant, la loi 66-64 portant code de lAdministration communale a harmonisé le statut de toutes les communes du Sénégal. Toutes ces évolutions ne doivent pas cacher le réflexe jacobin de lAdministration, dont les agents résistent aux transferts de leurs pouvoirs.
Jusquen 1972, le Sénégal était caractérisé par deux modes dadministration territoriale : les habitants des villes qui sadministraient librement par le biais de leur Conseil municipal alors que les ruraux étaient administrés par un fonctionnaire. Doù la réforme de l'administration territoriale et locale de 1972 pour rompre cette dichotomie et permettre à tous les citoyens de jouir dun même statut avec la création de collectivités locales en milieu rural : les communautés rurales.
Après quelques années dapplication de la réforme de ladministration territoriale et locale, la limitation des pouvoirs des élus locaux par des attributions trop importantes aux fonctionnaires nommés (le sous préfet en milieu rural et ladministrateur municipal dans les communes chef-lieu de région) était très mal ressentie et vigoureusement dénoncée. Ainsi fut adoptée la réforme de 1990 qui renforce notamment les pouvoirs des élus locaux par le transfert des tâches de gestion du sous-préfet au président du conseil rural et la suppression du statut spécial aux communes chef-lieu de région qui retournent au droit commun.
2.4.2 La nouvelle réforme
Pour parachever larchitecture de la décentralisation, il fallait combler le vide existant entre lÉtat central fort et lointain et les collectivités de base proches des populations mais démunies, en transformant la région en une collectivité locale intermédiaire. La réforme de 1996 a eu pour dominante le changement de statut de la région et le transfert de neuf domaines de compétence (planification, aménagement du territoire, domaines , urbanisme, santé, éducation, environnement, jeunesse et sports, culture). À cet égard, le principe de la libre administration des collectivités locales et celui de la non-tutelle dune collectivité locale sur une autre sont réaffirmés. Le contrôle a priori des actes des collectivités locales nest plus la règle mais lexception. Larticle 336 du nouveau code des collectivités locales cite les domaines dexception nécessitant une approbation préalable du représentant de lÉtat.
Il est important de noter que le manque de formation et le taux élevé danalphabétisme chez les élus locaux tranchent avec létendue de leur pouvoir et responsabilité.
Si la régionalisation permet une meilleure répartition des centres de décision, une bonne description des tâches permettrait de bien cerner les compétences entre le niveau central et le niveau local et entre lÉtat et la collectivité. Le contrôle de légalité et les tâches de souveraineté reviennent à lÉtat alors que les régions ont des compétences en matière de planification et de développement. Si lÉtat prévoit de financer les régions de façon à compenser les inégalités, il y a des chances que lÉtat continue dêtre le lieu de coordination et de redistribution des pouvoirs avec le risque de réduire les responsabilités des pouvoirs locaux et de ne pas favoriser un contrôle, donc la transparence, des arbitrages rendus par lÉtat.
2.5 Droits de lhomme et système démocratique
2.5.1 Institutions et mécanismes
Le principe de la séparation des pouvoirs est consacré par la Constitution. Le pouvoir législatif a pour mission dexercer un contrôle effectif sur le Gouvernement en adoptant ou en rejetant des projets de loi, en posant des questions orales ou écrites aux membres du Gouvernement et en constituant des commissions denquête. Les députés peuvent également voter une motion de censure contre le Gouvernement.
La vie démocratique a connu plusieurs compétitions électorales opposant différents partis. Mais depuis 1988, les lendemains délections ont toujours été émaillés de contestations occasionnant des troubles sociaux. Un code électoral consensuel a été adopté en 1991 mettant fin à la pratique du recours au boycottage des élections. Aux termes de la loi électorale en vigueur, la compétition électorale est ouverte aux candidatures indépendantes pour les législatives et les présidentielles.
La question de lopportunité dune structure indépendante chargée dorganiser les élections a suscité un débat passionné de la part des partis politiques et de la société civile. Un décret présidentiel de 1997 a formalisé le cadre de cette réflexion qui a abouti à la création de l'Observatoire national des élections (ONEL) pour assurer la sincérité et la transparence des élections. Une Direction générale des élections a été créée au sein du Ministère de lintérieur pour lorganisation des consultations électorales.
2.5.2 Acquis et faiblesses
L'appropriation des politiques de développement passe par davantage de concertations avec les populations. C'est ainsi que des concertations périodiques sont organisées entre le Gouvernement et ses partenaires sociaux (patronat, syndicats de travailleurs, représentants du monde rural, etc.).
Une des faiblesses du fonctionnement normal du jeu démocratique réside dans le faible niveau dinstruction de la population, le faible taux de participation aux consultations électorales (moins de 50 pour cent aux législatives de 1998), le taux de scolarisation de 59,7 pour cent et le taux élevé danalphabétisme (72 pour cent). La méconnaissance des lois et des règlements, la faible capacité de dialogue avec ladministration constituent autant dobstacles à lémergence dune opinion publique au fait des enjeux de la société.
La primauté du droit est de plus en plus perçue comme une condition du jeu démocratique. Cette perception doit être accompagnée par lensemble de la société sénégalaise pour renforcer le respect de la dignité humaine. Une cour traitant des cas denrichissement illicite est établie depuis 1981. Des dispositions légales ont renforcé la protection des citoyens contre la torture et les mauvais traitements. Par ailleurs un statut particulier a été reconnu pour les ONG qui contribuent à la défense des droits de lhomme et un Comité national des droits de lhomme et de la personne humaine a été créé. Le 10 décembre, Journée mondiale des droits de lhomme, est célébré au Sénégal.
Les libertés dassociation et de presse sont reconnues au Sénégal. La presse comprend une pluralité dorganes et joue un rôle essentiel dans la consolidation de la démocratie. Le journaliste exerce librement son métier même si la loi exige dans certains cas quil révèle ses sources en cas de diffamation.
Lapproche participative se développe dans les domaines économique, politique et social. Cependant, en multipliant les expériences de cohabitation, certains partis politiques prennent la responsabilité de brouiller la transparence du jeu politique. Les électeurs sont souvent désemparés par le jeu politique au Sénégal où des partis élus pour défendre un programme dopposition peuvent se retrouver du jour au lendemain dans le gouvernement. En principe, le vote donne une indication de la volonté du citoyen de sanctionner le programme défendu par un parti ou une coalition de partis. Mais le décalage entre le discours et la pratique de certains partis brouillent les conditions du jeu démocratique dans un pays où des contestations se font jour après chaque élection. Si le travail de lONEL est salué par tous à la suite des récentes élections de mai 1998, les limites qui lui sont fixées ne militent pas pour la suppression des contestations au cours des différentes élections. Car lorganisation des élections par lAdministration pose le problème de faire accepter leur transparence par tous.
3.0 LE PROGRAMME NATIONAL DE BONNE GOUVERNANCE COMME CADRE DE COHÉRENCE DES PRINCIPES DE TRANSPARENCE ET DE RESPONSABILITÉ
La stratégie du Gouvernement, au lendemain de la dévaluation du franc CFA, est de faire du secteur privé le moteur de la croissance. Les réformes entreprises dans ce cadre ont porté notamment sur lélimination des contrôles de prix, labolition des barrières non tarifaires et lélimination des privilèges de monopole. Elles ont contribué à lamélioration de lenvironnement pour lactivité du secteur privé. Des cadres de concertation ont été mis en place sur les stratégies économiques et des projets dappui au secteur privé en vue de promouvoir un réel partenariat.
Depuis janvier 1994, un climat de transparence marque la plupart des actes publics, comme en témoignent les actions présentées ci-après.
En raison de la demande croissante de transparence, de pluralisme médiatique et de liberté dexpression dans les domaines politique, économique et social, un Haut Conseil de laudiovisuel (HCA), organisme indépendant, est créé pour veiller à lobjectivité et au pluralisme de linformation, à la libre et saine concurrence entre les médias audiovisuels.
La gestion des élections a aussi été améliorée avec la création dun organisme indépendant, ONEL, chargé de contrôler et de superviser les élections dans un souci de transparence. Pour répondre à la demande de lONEL, le fichier électoral est accessible depuis le 30 avril 1998 à toute personne connectée à Internet.
Ces deux organismes ont fortement contribué à loccasion des élections législatives de mai 1998 à instaurer un climat de sérénité et un processus électoral dont les résultats seront les moins contestés dans toute lhistoire politique récente du Sénégal.
Au plan juridique, lÉtat a signé le traité de lOrganisation pour lharmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA). Trois actes uniformes entrés en vigueur le 1er janvier 1998 permettent de garantir la sécurité juridique et judiciaire à léchelle sous-régionale.
LAssemblée a aussi voté en mars 1998 la création dune structure de contrôle des magistrats, à savoir lInspection générale des services de la magistrature, organisme indépendant dont les membres sont nommés par le Conseil supérieur de la magistrature. Une loi portant création de la Cour de discipline financière, remplaçant la Cour de discipline budgétaire, a été votée. Cette cour, qui a pour mission de poursuivre et de sanctionner toute faute de gestion sur les deniers publics au sens large et à lencontre de toute personne détenant un mandat public, administrateur de crédits ou ordonnateur, participe aussi à la dynamique des responsabilités.
Le Ministère de la modernisation de lÉtat a engagé la réforme du système davancement des agents, les enquêtes sur la qualité du service public préalable à la concertation avec lAdministration.
Pour parfaire le fonctionnement de la justice, dimportantes réformes déjà initiées vont être approfondies et complétées. En 1993, on a mis fin au pouvoir de maniement des fonds du Greffier en chef et mis en place la Caisse autonome des règlements pécuniaires des avocats (CARPA). Pour lassistance judiciaire, un crédit de 200 millions de francs CFA géré par lOrdre des avocats est mis en place.
Les interventions du projet dappui à la réforme du système judiciaire ont contribué à la résorption partielle des besoins de valorisation des ressources humaines des cours et tribunaux et à une amélioration des conditions de travail par un appui matériel et logistique. Le projet vise également laccès au droit du justiciable. Ceci jetterait les bases dune transparence accrue du système judiciaire.
Au niveau de chaque région est créée depuis le 5 mai 1998 une agence régionale de développement (ARD), chargée de stimuler le développement régional et local. Elle sera le maître duvre dans lélaboration du Plan régional de développement intégré (PRDI), des plans dinvestissements communaux (PIC) et des plans de développement locaux (PLD). LARD aura la capacité de formuler et de gérer des projets.
Le Programme national de bonne gouvernance va sinscrire dans la dynamique de ces actions de transparence.
3.1 Les objectifs globaux du Programme national de bonne gouvernance
Il sagit essentiellement de contribuer à lefficacité et à la transparence dans la gestion économique et sociale et de conforter létat de droit dans une société démocratique. Le Programme devra contribuer à ancrer dans lesprit de chaque citoyen que laccès au pouvoir et aux ressources sopère de manière équitable et transparente. Il devra également contribuer à linstauration de la paix et de la stabilité et favoriser un environnement propice à la production et des pratiques transparentes de gestion dans les secteurs public et privé. La mise en place dinstitutions efficaces et transparentes est indispensable à la réglementation et à la stabilisation du processus économique, à la prise de décision et à la sauvegarde de la stabilité politique et économique. La légitimité nécessaire ne peut être obtenue que sur la base de mécanismes démocratiques agréés et internalisés. Il sagit donc dinstaurer une culture de responsabilité citoyenne, dinformation, de transparence, détat de droit et de justice sociale au profit de lintérêt général.
Ainsi, le programme doit viser à faciliter :
3.2 Les composantes du programme
Le programme sera articulé autour de quatre composantes qui couvrent lensemble du champ de la bonne gouvernance : amélioration de lefficacité de lAdministration publique; approfondissement du système démocratique et de la gouvernance locale; amélioration du système judiciaire et du climat des affaires; et renforcement des capacités de gestion et de planification du développement.
La mise en uvre des composantes dont le degré de maturité diffère selon le cycle de vie du projet, interpelle tous les citoyens du pays car elle demande lengagement et la détermination de tous dans une gestion rigoureuse du développement. Pour chaque composante sont présentés successivement les considérations générales, les objectifs spécifiques et les actions et mesures à prendre.
3.2.1 Amélioration de lefficacité de lAdministration publique
La nécessité dinstaurer un contexte plus favorable au développement économique et social a conduit lÉtat à promouvoir un cadre macroéconomique de qualité. La réalisation de cet objectif important de la politique économique du pays contribue à rendre léconomie sénégalaise plus efficiente et, par conséquent, à améliorer le niveau de vie général de la population. Pour mieux consolider et développer ces acquis, il importe dadapter les institutions publiques et leur mode de fonctionnement au contexte de globalisation de léconomie et de croissance dune demande sociale de plus en plus exigeante.
Les objectifs spécifiques de la composante consistent à :
Ces objectifs sont traités en trois volets : réforme institutionnelle, fonction publique et amélioration des rapports entre usagers et Administration.
a. Réforme institutionnelle de lAdministration
Les activités prévues pour ce volet sont :
b. Fonction publique
Les activités prévues pour ce volet sont :
c. Amélioration des rapports entre usagers et Administration
Les activités prévues pour ce volet sont :
3.2.2 Approfondissement du système démocratique et de la gouvernance locale
Il est nécessaire que le processus démocratique évolue afin datteindre les objectifs dune bonne gouvernance. La liberté de se constituer en association respectueuse de la loi fondamentale est déjà un acquis. Lobjectif de cette composante est de faire en sorte que chaque citoyen ait la possibilité d'influer, par une participation volontaire, sur la vie politique, sociale et professionnelle du pays, dans un esprit de solidarité et de renforcement de l'unité nationale. Cest dans ce processus que sinscrit la régionalisation qui vise une meilleure répartition des centres de décision afin de rapprocher davantage lAdministration du citoyen. Cest dans cet esprit que des programmes sont en cours pour améliorer le niveau dinstruction et dalphabétisation des citoyens, ce qui participe de la consolidation de la démocratie.
La société civile doit être renforcée pour mieux participer non seulement à linstauration dune démocratie durable mais également à la pratique dune bonne gestion des affaires publiques, tant au niveau national que local. Ainsi, pour mieux jouer leur rôle de formateurs et déducateurs, les organisations non gouvernementales et celles regroupant les travailleurs, les jeunes, les femmes et les populations à la base doivent être renforcées.
Les objectifs spécifiques de la composante consistent à :
La composante comprend deux volets : système démocratique et décentralisation
a. Système démocratique
Dans le domaine de la démocratisation, le renforcement du processus passe dabord par lorganisation délections libres et transparentes afin de disposer dinstitutions légitimes. Ces dernières seront renforcées dans leur rôle, en vue dassurer une efficacité plus grande de lexercice du pouvoir et de létat de droit. Les activités prévues dans ce volet sont :
b. Décentralisation
La décentralisation permettra une stimulation de leffort de redressement des collectivités locales, dune part, et dautre part un soutien à leffort dinvestissement. Elle améliorera le degré dimplication des populations, des ONG et des organisations de base, notamment dans la gestion des affaires locales. Le Projet dappui aux collectivités est une réponse aux objectifs de la décentralisation. Il en est de même du Fonds de développement local de Kédougou et bientôt du Programme de lutte contre la pauvreté.
Les activités de ce volet sont :
3.2.3 Système judiciaire et climat des affaires
Dans un contexte démocratique, les politiques de lÉtat dans ce secteur visent à favoriser lexistence dune justice crédible, efficace et impartiale. Il sagit donc dassurer la sécurité des personnes, des biens et des transactions. Sa bonne performance constitue une condition absolument nécessaire à linstauration dune paix civile et une garantie de la sauvegarde des intérêts des investisseurs. En effet, dans sa nouvelle stratégie de croissance, lÉtat fait de la promotion du secteur privé laxe central de sa politique.
Les objectifs spécifiques de la composante consistent à :
Ces objectifs seront pris en charge dans deux volets : réforme institutionnelle et climat des affaires.
a. Réforme institutionnelle
Au niveau institutionnel, les mesures déjà engagées seront poursuivies en vue dune amélioration de lenvironnement juridique, notamment lamélioration de la couverture réelle par la création de tribunaux départementaux plus proches du justiciable, la révision des textes de lois dans le sens de la promotion dun état de droit et le renforcement de leffectif des magistrats.
Les activités se rapportant à lappui institutionnel visent essentiellement à rendre la justice accessible aux justiciables, à améliorer les conditions de travail et à diversifier les filières de spécialisation des magistrats. Ainsi les activités envisagées sont :
b. Climat des affaires
Il sagira, dans ce volet, dassurer une parfaite jonction entre les efforts internes de maximisation de la compétitivité au sein des entreprises et les politiques globales ou sectorielles que conduit lÉtat en vue dune accélération de la croissance et dun développement humain durable. Ce volet appuiera la révision de la législation en vue de ladapter au contexte socioéconomique actuel. Il contribuera également aux activités à mener dans le cadre de lharmonisation du droit des affaires. Les réformes à mettre en uvre viendront consolider celles dordre macroéconomique qui seront poursuivies dans la transparence et sans discrimination.
Les activités envisagées sont :
En ce qui concerne la problématique de la sécurité juridique et judiciaire des investissements, il sera procédé à la révision des textes ayant des déficits prononcés en la matière : le Code des obligations civiles et commerciales, qui reflète des insuffisances sur les actions gouvernant les activités économiques et la question dimmunité dexécution forcée garantie à lÉtat; la loi sur les sociétés à responsabilité limitée; le droit des entreprises en difficulté.
En ce qui concerne la lutte contre toute forme denrichissement illicite et les pratiques illégales connexes, il sagit de criminaliser les actes de corruption concernant les deniers publics, de créer de meilleures normes de comptabilité en renforçant la collaboration entre les institutions judiciaires et les services denquête, et de veiller à ce que les dispositions relatives au secret bancaire ninterdisent les poursuites judiciaires. Une déclaration préalable des avoirs doit être obligatoire pour certains corps ou fonctions. Aussi pour mieux protéger les ressources publiques, on mettra en place une cellule indépendante qui peut se constituer en partie civile en cas de détournement de deniers publics.
3.2.4 Renforcement des capacités de gestion et de planification du développement
La nécessité dinstaurer un contexte plus favorable au développement économique et social doit conduire à un renforcement des capacités de tous les acteurs du développement. Il sagira de former et dinformer les agents de lAdministration pour disposer de stratégies de développement pertinentes et danalyses de haute qualité destinées à la préparation des décisions. Il est également important dans ce cadre dassurer lefficacité et lefficience dans la gestion des investissements publics. Le secteur privé doit aussi bénéficier de lexpertise dans le domaine de la gestion des entreprises et être préparé aux modifications de lenvironnement international. Lappui institutionnel et le développement du partenariat entre les instituts de recherche, lAdministration et le secteur privé sont des aspects essentiels de la composante.
Les objectifs spécifiques de la composante consistent à :
La composante va sappuyer sur trois volets pour la réalisation de ces objectifs : lAdministration publique, le secteur privé et la promotion de linformation pour le développement.
a. Administration publique
Les faiblesses notées en matière de gestion du développement sont une conséquence directe des insuffisances constatées dans les capacités de lAdministration publique de prendre en charge ses multiples fonctions. La mise en uvre dune bonne gouvernance passe donc par lapplication dun dispositif dactions structurées dans le domaine de la formation. Celui-ci visera principalement :
Les cibles concernées sont les cadres nationaux, incluant ainsi non seulement les fonctionnaires cadres participant à la gestion du développement, mais aussi les consultants privés, les collectivités locales, les opérateurs économiques et les partenaires sociaux.
Enfin, la rédaction de manuels sera encouragée, voire même promue, pour permettre la création de supports pédagogiques adaptés et internalisés. Ces manuels seront conçus dans les directions techniques, éventuellement en partenariat avec les institutions de formation et de recherche et les bureaux détude.
Lexécution de ce programme de formation privilégiera la sous-traitance avec des institutions de formation locales.
b. Renforcement des capacités du secteur privé
Dans sa nouvelle stratégie de croissance, lÉtat fait de la promotion du secteur privé laxe central de sa politique. Il sagira dans ce volet de promouvoir des politiques globales ou sectorielles permettant dassainir lenvironnement économique et institutionnel des entreprises, de moderniser la justice et daccélérer le désengagement de lÉtat. Ce sont là les conditions préalables si lon veut tirer tout le bénéfice de la formation du secteur privé.
Les activités de ce volet sont les suivantes :
c. Accès à linformation pour le développement et aux
nouvelles technologies de linformation et de la communication
Ce volet comprend laccès à linformation pour le développement (information administrative, statistique, scientifique et technologique) et aux nouvelles technologies de linformation et de la communication. À terme il doit améliorer le système national de statistique, renforcer les capacités de coordination et de partenariat avec les autres structures productrices dinformations statistiques et permettre à chaque acteur daccéder à une information pertinente pour ses besoins. Les activités de ce volet concernent linformation pour le développement ou les nouvelles technologies.
i. Information pour le développement
Les activités sont :
ii. Nouvelles technologies de linformation et de la communication (NTIC)
Les tâches prévues sont :
IV. CADRE INSTITUTIONNEL DU PROGRAMME
Le Programme national de bonne gouvernance repose sur la notion dinterdépendance des différentes fonctions. Compte tenu du fait que les actions recensées seront exécutées par les structures en place avec lappui des bailleurs de fonds, la coordination des activités entre les différentes structures et celle des différentes assistances extérieures est dune grande importance. Cette coordination sera accompagnée par la mise en place dun système d'information, dune part entre les différents modules du programme, et entre le programme et les décideurs, dautre part.
La coordination simpose au Gouvernement, non seulement pour garantir la cohérence de ses propres actions mais aussi comme un impératif vis-à-vis des bailleurs de fonds en vue daméliorer la cohérence et lefficacité de leurs interventions.
La coordination du programme sera assurée par le Ministère de léconomie, des finances et du Plan. Lorgane de pilotage et de coordination du Programme comprend un Comité national de pilotage doté dun secrétariat et de responsables des composantes.
Le Comité national de pilotage du programme (CNPP) est chargé de lorientation et de limpulsion du programme. Il adopte les programmes dactivité des composantes qui lui sont soumises par le secrétariat. Il est composé du MEFP (président), des ministères impliqués, des bailleurs de fonds et de toutes autres compétences jugées utiles.
Le secrétariat du CNPP sera assuré par la Direction de la planification qui prépare ses réunions sur la base des propositions dactivité des composantes.
Les composantes seront logées dans les ministères en fonction de leur domaine de compétence. Ainsi la composante "Amélioration de lefficacité de lAdministration publique" sera logée au Ministère de la modernisation de lÉtat; la composante " Approfondissement du système démocratique et de la gouvernance locale", au Ministère de lintérieur; la composante "Amélioration du système judiciaire et du climat des affaires", au Ministère de la justice; et la composante "Renforcement des capacités de gestion et de planification du développement" au Ministère de léconomie, des finances et du Plan, à lexception du volet accès à linformation pour le développement et aux nouvelles technologies de communication qui sera logé au Ministère de la recherche scientifique et technique. Chaque composante est supervisée par un responsable qui rend compte au CNPP.
4.1 Dispositif de suivi et de contrôle du programme
Le Comité de pilotage du programme national définit les orientations du programme et veille à sa mise en uvre correcte. À ce titre, il est chargé de superviser lexécution globale du programme à travers la planification, la programmation et le suivi-évaluation des réalisations; il entérine le plan de travail et son budget. Le contrôle de lexécution des ressources se fera selon le cadre réglementaire de lexécution nationale. Lévaluation du programme national aura lieu en deux étapes : une évaluation à mi-parcours et une évaluation finale. Les modalités seront arrêtées entre le Gouvernement et les partenaires au développement.
5.0 BUDGET ESTIMATIF DU PROGRAMME
En dehors du cadre institutionnel, le budget du programme a fait lobjet dune première approximation basée sur les activités des composantes. Cependant, toutes les composantes nont pas le même degré de maturité dans le cycle de vie du programme.
Le budget de la composante "Amélioration de lefficacité de lAdministration publique" est estimé à près de 6,025 milliards de francs CFA. Cette première approximation est fondée sur les expériences en cours dans dautres pays. Le coût définitif de la composante ne sera connu quaprès évaluation du plan daction issu de la concertation. Les activités nécessaires à la concertation sont déjà évaluées financièrement et les ressources disponibles.
En ce qui concerne la composante "Approfondissement du système démocratique et de la gouvernance locale", le cadre juridique est déjà mis en place. Il reste à parfaire la formulation, sauf dans le domaine du renforcement des capacités. Son budget est estimé à 5,75 milliards de francs CFA et comprend essentiellement lappui aux collectivités locales, aux pouvoirs législatifs et aux organismes chargés des élections.
La composante "Amélioration du système judiciaire et du climat des affaires", en partie prise en charge par le projet dappui à la réforme du système judiciaire, le Comité des réformes juridiques (CRJ) et la Fondation du secteur privé, tous deux dans le cadre du projet dappui au secteur privé. La plupart de ces activités sont en cours dexécution. La composante devra poursuivre et approfondir ces activités. Sur un coût estimatif de 9,45 milliards de francs CFA, plus de la moitié des financements est à rechercher.
Le budget de la composante "Renforcement des capacités" estimé à 7,30 milliards de francs CFA devra être mis à jour pour tenir compte de la nouvelle configuration de la composante.
Au total, le budget approximatif des quatre composantes de la bonne gouvernance sélève à près de 28,527 milliards de francs CFA, dont 80 pour cent sont à rechercher. Un étude portera sur lévaluation financière du programme une fois examiné par tous les secteurs concernés.