Oct 23, 2026
Cameroun : un meilleur climat des affaires pour préparer l’offensive des entreprises dans la ZLECAf
Cameroun : un meilleur climat des affaires pour préparer l’offensive des entreprises dans la ZLECAf

Douala, le 23 octobre 2026 — La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) a appelé à accélérer les réformes du climat des affaires et à investir dans la transformation locale pour permettre aux entreprises camerounaises de conquérir les marchés africains. Son Directeur du Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale, Jean Luc Mastaki Namegabe, a présenté ces priorités à l’ouverture de la 12e session du Cameroon Business Forum (CBF), tenue à Douala les 22 et 23 octobre 2026.

Présidée par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Joseph Dion Ngute, cette session marquait le retour du CBF après six années d’interruption, dans un contexte d’attentes fortes du secteur privé sur l’exécution des réformes. Le thème retenu, « ZLECAf et transformation productive : quelles réformes pour faire du Cameroun un pôle industriel et commercial majeur en Afrique ? », inscrit ce dialogue dans une ambition de développement industriel et de conquête des marchés continentaux.

Le Chef du Gouvernement a replacé cette mobilisation dans la Stratégie nationale de développement 2020–2030 (SND30) et la consolidation de la politique d’import-substitution. « Ce sont nos entreprises, par leur compétitivité, qui transformeront ces opportunités en richesses et en emplois », a-t-il affirmé, soulignant l’intérêt de marchés plus vastes pour réaliser des économies d’échelle.

Selon les projections présentées par la CEA, la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait accroître le commerce intra-africain de 45 % d’ici 2045. Pour le Cameroun, la CEA préconise de soutenir les secteurs à avantage comparatif, notamment l’agro-industrie, le bois transformé, les produits pharmaceutiques et les matériaux de construction, et de développer leur participation aux chaînes de valeur africaines. La transformation du bois en meubles destinés à l’exportation régionale, citée en exemple, illustre cette recherche de valeur ajoutée locale.

Cette ambition industrielle doit répondre aux contraintes des entreprises. Selon les enquêtes de conjoncture citées par la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (CCIMA), 66 % des entreprises interrogées signalent la hausse des prix de leurs fournisseurs, 63,5 % le poids de la fiscalité et 45 % le coût élevé de l’énergie. Ces charges pèsent sur les marges et la capacité à investir.

La CEA recommande d’accélérer les réformes du climat des affaires et de déployer les infrastructures commerciales. Le Premier Ministre a également identifié la réduction des coûts de production et de transaction, la simplification des procédures et la fluidité des corridors comme des préalables à l’exploitation du marché continental.

Le président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), Célestin Tawamba, a souligné les difficultés liées à l’électricité, aux routes et à la sécurité juridique des activités. Il a demandé un calendrier public d’apurement des arriérés de l’État et le remboursement des crédits de TVA dans les délais légaux, pour restaurer la trésorerie des entreprises. « Nos entreprises sont prêtes à prendre toute leur part », a-t-il assuré. La CCIMA a, de son côté, plaidé pour des crédits à long terme destinés à l’investissement productif et une meilleure sécurité juridique et judiciaire des investissements.

La CEA préconise d’adosser le Made in Cameroon à un cahier des charges national et à des dispositifs crédibles de qualité et de certification. La maîtrise des règles d’origine est également décisive : elle conditionne l’éligibilité des produits aux préférences tarifaires. Les entreprises doivent donc identifier leurs marchés cibles, se mettre aux normes et renforcer leurs compétences à l’exportation. « La ZLECAf n’ouvre pas automatiquement les marchés ; ce sont les entreprises compétitives qui les conquerront », a souligné Jean Luc Mastaki dans sa présentation.

L’accès aux marchés dépend aussi d’une information fiable sur les procédures. Face à leur complexité et à la dispersion des informations entre administrations, la CEA a accompagné l’élaboration d’un guide étape par étape du commerce des marchandises dans le cadre de la ZLECAf et d’un portail national d’information commerciale, validés en août 2026 à Douala. Ces outils visent à clarifier les démarches et à réduire les coûts et délais de recherche d’information, notamment pour les PME et les entreprises portées par des femmes ou des jeunes. Ils prolongent l’appui de la CEA à la stratégie nationale de mise en œuvre de la ZLECAf et au renforcement des capacités des acteurs publics et privés.

La relance du CBF place l’exécution des décisions au centre du dialogue public-privé. Le président du GECAM, Célestin Tawamba, a ainsi demandé « une dizaine de recommandations, chacune avec un responsable, une échéance et un indicateur, et un bilan public dans six mois ». Il a précisé la finalité de cette méthode : « Afin que le CBF devienne un lieu où l’on rend compte, et non plus un lieu où l’on parle. »

Christophe Eken, président de la CCIMA, a réaffirmé la volonté des organisations professionnelles de contribuer à cette démarche : « Le secteur privé veut être un véritable partenaire des pouvoirs publics, de l’identification des contraintes à la formulation des solutions et au suivi des réformes. »

Le Premier Ministre a demandé des recommandations réalistes et opérationnelles, assorties de responsabilités et d’échéances claires. « Je veillerai personnellement à ce que les recommandations qui seront adoptées fassent l’objet d’un suivi rigoureux », a-t-il déclaré, annonçant qu’un point sur leur mise en œuvre serait présenté lors de la prochaine session.

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