L'Afrique centrale dispose d'un potentiel économique exceptionnel. Elle abrite le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète. Elle concentre d'importantes réserves d'hydrocarbures, de minerais critiques indispensables à la transition énergétique mondiale, et détient l'un des potentiels hydroélectriques les plus élevés du continent africain. Sa démographie, portée par une majorité de jeunes, constitue un capital humain structurant pour les décennies à venir.
Ce potentiel, pourtant, ne se traduit pas encore par la transformation structurelle que la sous-région appelle. Les secteurs extractifs représentent environ 75 % des exportations totales des pays de la CEMAC. La valeur ajoutée manufacturière par habitant demeure inférieure à 250 dollars dans la plupart des États membres, contre plus de 2 700 dollars en Malaisie. L'emploi industriel progresse peu. L'intégration des micros, petites et moyennes entreprises dans les chaînes de valeur régionales et mondiales reste limitée. La croissance économique est présente, mais elle ne se traduit pas encore en diversification productive, en industrialisation soutenue, ni en création d'emplois à la mesure des besoins de la sous-région.
Ce décalage entre les ambitions affirmées et les résultats observés n'est pas le signe d'une stratégie absente. Il est le révélateur d'un défi d'exécution que la Commission économique pour l'Afrique a documenté avec rigueur et que les États membres ont eux-mêmes reconnu.
En 2017, l'adoption du Consensus de Douala par les États membres de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale, avec l'appui de la CEA et des institutions régionales partenaires, a constitué un acte politique fondateur. Elle a entériné le diagnostic selon lequel les modèles de croissance fondés sur l'exportation de ressources primaires peu transformées ne peuvent générer une prospérité inclusive, résiliente et durable. Le Consensus a défini un cadre de transformation structurelle centré sur l'industrialisation, le développement des capacités productives, le renforcement du secteur privé, la montée en gamme des chaînes de valeur et l'approfondissement de l'intégration régionale.
La Décennie de la diversification économique (2021-2030), proclamée dans la continuité du Consensus de Douala, a traduit ces orientations en programme d'action régional, articulé avec l'Agenda 2063 de l'Union africaine, les Objectifs de développement durable, la Zone de libre-échange continentale africaine et le Plan directeur d'industrialisation et de diversification économique de l'Afrique centrale (PDIDE-AC). Elle constitue aujourd'hui le principal cadre de référence pour accélérer la transformation des économies de la sous-région.
À mi-parcours de sa mise en œuvre, le bilan appelle une lecture sans concession. Des avancées substantielles ont été enregistrées : adoption de stratégies nationales d'industrialisation, élaboration de plans directeurs sectoriels, lancement de zones économiques spéciales, modernisation progressive des cadres juridiques et fiscaux, simplification des procédures de création d'entreprises. Plusieurs pays ont engagé des réformes structurelles significatives, et les cadres régionaux d'intégration économique ont été progressivement renforcés.
Toutefois, ces progrès institutionnels n'ont pas encore produit l'accélération attendue de la transformation productive. La base manufacturière reste étroite. Les réformes progressent plus rapidement que leur mise en œuvre effective. Les capacités institutionnelles demeurent insuffisantes pour assurer une exécution efficace. La coordination entre acteurs publics et secteur privé reste fragile. Et les entreprises de la sous-région continuent de faire face à des contraintes structurelles persistantes : accès limité au financement, environnement des affaires peu prévisible, déficit d'infrastructures productives et logistiques, faible adéquation entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises, intégration encore insuffisante dans les marchés régionaux et continentaux.
C'est dans ce contexte que la 42ème session du Comité Intergouvernemental des Hauts Fonctionnaires et Experts de l'Afrique centrale (CIE) réunit, les 13, 14 et 15 octobre 2026 à Yaoundé, gouvernements, experts, représentants du secteur privé et partenaires techniques et financiers, sous le thème : « Accélérer la mise en œuvre des réformes prioritaires pour dynamiser le secteur privé en Afrique centrale à mi-parcours de la Décennie de la diversification (2021-2030) ».
Le choix de ce thème n'est pas fortuit. Il s'impose par la logique du moment. La mi-parcours de la Décennie constitue le point d'inflexion stratégique par excellence : assez de recul pour évaluer avec rigueur ce qui a progressé et ce qui bloque, assez de temps devant soi pour réorienter les priorités et concentrer les efforts sur les réformes à plus fort impact. Laisser passer ce moment sans en tirer les enseignements opérationnels serait une occasion manquée que la sous-région ne peut se permettre.
La session s'appuiera sur une étude thématique approfondie qui analyse les progrès accomplis depuis l'adoption du Consensus de Douala, identifie les contraintes structurelles persistantes et propose sept domaines de réformes prioritaires, assortis de leviers d'accélération concrets : simplification du parcours entrepreneurial par les guichets uniques numériques intégrés, fiscalité plus simple et plus favorable aux entreprises, sécurité juridique renforcée, meilleur accès au financement pour les MPME, adéquation accrue entre compétences et besoins des entreprises, environnement propice à l'innovation et à l'investissement productif, et gouvernance renforcée du dialogue public-privé.
L'objectif de la 42ème session du CIE est de produire des recommandations hiérarchisées, assorties de responsabilités explicites et de conditions de mise en œuvre identifiées, permettant à l'Afrique centrale d'aborder la seconde moitié de la Décennie avec un agenda de réformes ciblé, réaliste et pleinement approprié par l'ensemble des acteurs concernés. Il s'agit, en définitive, de transformer le potentiel analytique de la CEA et la volonté politique des États membres en décisions opérationnelles susceptibles de libérer le potentiel du secteur privé et d'accélérer la diversification productive de la sous-région.
Note conceptuelle