Addis-Abeba, le 16 mai 2026 (CEA) – Plus de 200 participants issus des secteurs public et privé, du monde universitaire et des institutions de développement se sont réunis en ligne pour une série de webinaires préparatoires au Forum africain sur l’impact du développement. L’objectif était d’examiner l’une des questions de développement les plus urgentes pour l’Afrique : l’Intelligence artificielle deviendra-t-elle un moteur de création d’emplois inclusifs ou une force de perturbation du marché du travail ?
Organisé le 26 février 2026 sur le thème : « IA et emplois en Afrique : opportunité ou bouleversement ? », ce webinaire s’inscrivait dans le cadre des webinaires préparatoires au Forum africain sur l’impact du développement, qui se tiendra en juin 2026 sur le thème : « Meilleures pratiques et solutions innovantes pour la création d’emplois en Afrique ».
Face à la transformation des économies mondiales induite par l’Intelligence artificielle, les intervenants ont convenu que la réponse de l’Afrique devait être réfléchie, pragmatique et ancrée dans les réalités du développement du continent. La discussion a souligné que l’IA offre un potentiel considérable pour accroître la productivité dans l’agriculture, la santé, la logistique, la finance et l’industrie manufacturière, mais que ses bénéfices ne seront ni automatiques ni équitablement répartis.
La Modératrice de la session, Tamiwe Kayuni a plaidé pour un dialogue constructif et fondé sur des données probantes afin de comprendre comment l’IA va remodeler les marchés du travail et quelles politiques peuvent guider la transition. Elle a insisté sur le fait que le débat doit rester axé sur des solutions pratiques et adaptées au contexte africain.
La Directrice de l’IDEP, Karima Bounemra Ben Soltane, a déclaré que l’Afrique est en train de construire un écosystème d’IA émergent, mais afin de libérer tout son potentiel, il faudra investir colossalement dans les infrastructures, la recherche et le développement des compétences. Elle a également appelé à un changement de mentalité chez les dirigeants, soulignant que l’IA doit être perçue non pas comme un simple outil, mais comme un levier stratégique de développement.
Les discussions ont mis en évidence que le profil démographique de l’Afrique peut devenir un atout décisif si les pays investissent dès maintenant dans les compétences nécessaires à une économie axée sur l’IA. La population jeune du continent devrait croître de 450 millions d’ici 2035, créant ainsi une importante opportunité de main-d’œuvre si les systèmes éducatifs, les organismes de formation et les employeurs parviennent à doter les jeunes de compétences numériques, scientifiques, technologiques, d’ingénierie et mathématiques (STEM) ainsi que de compétences en résolution de problèmes.
Camila Talam a décrit l’IA comme la quatrième Révolution industrielle de l’Afrique et a affirmé qu’elle pourrait contribuer à hauteur de 3 % à la croissance économique si le continent investit dans les infrastructures, les compétences et des innovations frugales et adaptées au contexte dans les secteurs clés. Elle a toutefois souligné que le niveau de préparation reste inégal, seuls Maurice, l’Égypte, le Maroc et l’Afrique du Sud sont actuellement considérés comme « prêts pour l’IA ».
Les intervenants ont noté que l’Afrique compte déjà plus de 2 400 organisations axées sur l’IA, ce qui témoigne d’une base d’innovation croissante sur le continent. Ils ont cependant également mis en garde que les lacunes en matière d’infrastructures, le faible niveau de culture numérique, la formation limitée à l’IA, la faiblesse de la gouvernance des données et l’absence de cadres juridiques solides continuent de freiner la capacité du continent à déployer l’IA de manière responsable.
Les discussions portant principalement sur les implications de l’IA pour l’emploi, les participants ont constaté que son adoption pourrait créer de nouveaux emplois dans les PME et dans tous les secteurs en pleine transformation numérique, tout en augmentant le risque de suppression d’emplois routiniers. De ce fait, un investissement colossal dans les compétences numériques et scientifiques, notamment pour les jeunes et les femmes, est une condition essentielle à une adoption inclusive de l’IA.
Dee Allen a souligné que le développement des compétences, en particulier dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM) et de la culture numérique, est la pierre angulaire d’une adoption inclusive de l’IA. Elle a également insisté sur la nécessité de développer l’infrastructure numérique, d’élaborer des stratégies souveraines en matière d’IA, de soutenir les solutions ancrées localement et d’octroyer des subventions et des formations aux PME afin que les avantages de l’IA profitent aux communautés marginalisées.
Le webinaire a également mis l’accent sur la gouvernance des données, un élément crucial manquant dans la préparation de l’Afrique à l’IA. M. Fola Adeleke a déclaré que les principaux défis du continent en matière d’IA concernent l’accès aux données, leur qualité, leur gouvernance et leur confidentialité. Il a plaidé pour des cadres juridiques solides qui incluent des lois sur la protection de la vie privée, la protection de la propriété intellectuelle et des protocoles de partage des données, ainsi que des modèles d’IA en langues locales pour favoriser l’inclusion.
Les intervenants ont insisté sur le fait que l’avenir de l’IA en Afrique doit reposer sur l’innovation locale et des solutions d’« IA frugale », c’est-à-dire rentables et adaptées aux contextes africains. Ces solutions ont été jugées particulièrement importantes dans l’agriculture, l’énergie et la santé, où l’IA peut répondre aux défis concrets du développement tout en créant de nouvelles opportunités économiques.
Jake Kendall a exhorté les pays africains à se concentrer sur les secteurs où ils excellent déjà, arguant que des investissements stratégiques et ciblés donneront de meilleurs résultats que des dépenses généralisées mais superficielles au sein de l’écosystème. Il a souligné que les industries de services s’appuyant sur l’IA pourraient positionner l’Afrique comme un exportateur compétitif, tout en créant des emplois durables et de nouvelles perspectives de croissance.
La discussion s’est conclue par un appel clair à la collaboration entre les gouvernements, le monde universitaire, le secteur privé et les institutions de développement. Les intervenants ont convenu que le développement de l’IA n’est pas une intervention ponctuelle, mais un processus continu nécessitant un dialogue, des investissements, une coordination des politiques et des actions concrètes.
La session a souligné que l’Afrique peut faire de l’IA un moteur de croissance inclusive et de création d’emplois, à condition que les pays comblent leurs lacunes en matière de préparation, renforcent leur gouvernance, investissent dans le capital humain et soutiennent l’innovation locale. À l’approche du Forum africain sur l’impact du développement (ADIF), le défi consiste à passer du débat à la mise en œuvre, afin que l’IA ne devienne pas un bouleversement imposé à l’Afrique, mais une opportunité conçue pour répondre à ses priorités de développement.
Pour en savoir plus sur ADIF 2026 : https://www.africadevelopmentimpactforum.org/event/adif-2026
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