Addis-Abeba, Éthiopie, le 29 avril 2026 (CEA) – L’Afrique doit placer la sécurité de l’eau et l’assainissement au cœur de son programme de développement, d’industrialisation, de résilience climatique et d’intégration régionale, a déclaré aujourd’hui le Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, Claver Gatete.
S’exprimant lors d’une session de haut niveau sur l’eau propre et l’assainissement, organisée dans le cadre de la douzième session du Forum régional africain pour le développement durable, M. Gatete a affirmé que l’eau devait être considérée non seulement comme un besoin humain fondamental, mais aussi comme une infrastructure économique essentielle.
« L’eau, c’est la vie. Mais l’eau est aussi une infrastructure économique », a-t-il déclaré, soulignant que l’eau est indispensable à la santé, aux systèmes alimentaires, à la production d’énergie, à l’industrialisation, à la résilience des villes et à l’intégration régionale.
La réunion, organisée sur le thème : « Inverser la tendance : Actions transformatrices et coordonnées en faveur du Programme 2030 et de l’Agenda 2063 », a rassemblé des ministres, de hauts fonctionnaires, des partenaires au développement, des représentants de la société civile, des organisations de jeunesse et du secteur privé afin d’examiner les progrès accomplis et de définir les priorités pour accélérer la mise en œuvre de l’Objectif de développement durable 6. La session, animée par le Directeur du changement climatique et des ressources naturelles à la CEA, Cosmas Ochieng, a également bénéficié d’une présentation sur la Vision africaine de l’eau. Cette vision souligne la nécessité d’une approche structurelle du financement et de la traduction des engagements en résultats concrets.
M. Gatete s’est félicité des progrès réalisés depuis 2015, notant que près de 300 millions d’Africains ont désormais accès à l’eau propre et près de 190 millions à des services d’assainissement de base. Il a toutefois mis en garde que ces progrès masquent des lacunes structurelles persistantes, puisque seulement 40 % des Africains ont accès à une eau propre gérée en toute sécurité et à peine 30 % à des services d’assainissement gérés en toute sécurité.
« En 2024, plus de 200 millions de personnes pratiquaient encore la défécation à l’air libre, avec de graves conséquences sur leur santé, leur dignité et leur productivité », a-t-il déclaré.
Le Secrétaire exécutif a souligné que l’insécurité hydrique n’est plus un problème isolé, mais un risque systémique qui affecte les systèmes alimentaires, la sécurité énergétique, le développement urbain, la production industrielle et la stabilité sociale. Il a indiqué que la faiblesse des services d’eau et d’assainissement met à rude épreuve les systèmes de santé, compromet les résultats scolaires, freine la formation du capital humain et entrave les ambitions de l’Afrique en matière d’énergie propre et de développement industriel.
« L’avenir industriel de l’Afrique repose avant tout sur la sécurisation de ses ressources en eau », a déclaré M. Gatete, ajoutant que l’hydroélectricité, l’énergie thermique, l’hydrogène vert, l’agroalimentaire, l’exploitation minière et l’industrie manufacturière dépendent tous de systèmes d’approvisionnement en eau fiables.
Il a également averti que l’urbanisation rapide exerce une pression supplémentaire sur des infrastructures d’eau et d’assainissement déjà saturées. De nombreuses villes africaines, a-t-il précisé, s’étendent plus vite qu’elles ne peuvent fournir des services sûrs, en particulier dans les quartiers informels, où le manque d’assainissement accroît les risques sanitaires et la vulnérabilité économique.
Le changement climatique intensifie encore ce défi en raison de la fréquence accrue des sécheresses, des inondations et de la variabilité hydrologique. M. Gatete a prévenu que les écosystèmes d’eau douce se dégradent, que les eaux usées restent en grande partie non traitées et que le stress hydrique s’aggrave dans de nombreuses régions du continent.
Il a souligné que le principal défi n’est pas seulement la rareté de l’eau, mais aussi la sous-estimation persistante de son importance dans la planification économique et les décisions d’investissement. L’Afrique a besoin d’environ 64 milliards de dollars des États-Unis par an pour garantir la sécurité hydrique et l’assainissement universel, or les niveaux d’investissement actuels restent largement insuffisants.
M. Gatete a présenté quatre actions prioritaires pour accélérer les progrès. Tout d’abord, les pays africains doivent considérer l’eau comme une infrastructure économique à part entière en l’intégrant à leurs stratégies énergétiques, politiques industrielles, planification urbaine et cadres d'action climatique. Ensuite, ils doivent combler le déficit de financement grâce à une mobilisation accrue des ressources nationales, au financement mixte, aux obligations vertes et bleues et à des partenariats public-privé bien structurés.
Par ailleurs, il a plaidé pour des solutions de gestion circulaire de l’eau résilientes face au climat, incluant le traitement et la réutilisation des eaux usées ainsi que des approches fondées sur la nature qui protègent les écosystèmes tout en créant des emplois. Enfin, il a exhorté les pays à passer de l’ambition à la réalisation grâce à une mise en œuvre coordonnée et à grande échelle, appuyée par des institutions solides, des données précises et des outils numériques modernes.
M. Gatete a salué le thème de l’Union africaine pour 2026 et la Vision africaine de l’eau 2063, affirmant qu’ils placent à juste titre l’eau au cœur de la transformation, de la résilience et de la paix. Il a ajouté que la coopération sur les plus de 60 bassins fluviaux transfrontaliers d’Afrique peut contribuer à promouvoir l’intégration régionale, la paix et la résilience collective.
Il a réaffirmé l’engagement de la CEA à soutenir les États membres dans la transformation de l’eau en un moteur de croissance inclusive, de résilience et de prospérité partagée, conformément au Programme de développement durable à l’horizon 2030 et à l’Agenda 2063.
Pour sa part, le Commissaire à l’agriculture, à l’économie rurale, à l’économie bleue et à l’environnement durable de l’Union africaine, Moses Vilakati, a déclaré que l’Afrique avait amélioré l’accès à l’eau potable, notamment dans les zones urbaines. Cependant, des difficultés persistent quant à la gestion sûre de l’approvisionnement en eau, en particulier dans les zones rurales et les quartiers informels.
« Lorsque les chefs d’État et de gouvernement s’emparent de la question de l’eau, celle-ci dépasse le cadre sectoriel pour devenir une priorité nationale de développement, essentielle à la santé, à la sécurité alimentaire, à l’énergie, à la résilience climatique, à la croissance économique et à la paix », a-t-il affirmé.
Christopher Mutasa, de la Banque africaine de développement, a souligné la nécessité pour les pays de renforcer les partenariats public-privé afin d’améliorer les infrastructures hydrauliques. Il a également indiqué que le financement mixte pouvait contribuer à mobiliser des ressources pour la formation des professionnels et le renforcement d’une gestion efficace de l’eau.
Le Maire de Mossel Bay (Afrique du Sud), Dirk Kotze, a présenté les progrès réalisés en matière d’eau et d’assainissement, notamment la mise à disposition d’eau propre dans sa municipalité. « La confiance se gagne et se mesure. Elle se mesure notamment par les élections. Si des services de base abordables et durables sont fournis de manière continue à toutes les communautés, la confiance s’installe ».
La Ministre d’État ougandaise à l’environnement, Beatrice Anywar, a souligné l’importance des données pour la coopération transfrontalière et la gestion responsable des ressources en eau partagées.
De son côté, le Ministre de l’environnement et du changement climatique du Gouvernement fédéral de Somalie, Lieutenant-général Bashir Mohamed Jama, a partagé son point de vue sur l’action climatique, la sécurité de l’eau, la croissance verte, le renforcement de la résilience, la protection de l’environnement et la collaboration avec les partenaires régionaux.
« Ce n’est pas le moment d’agir isolément », a déclaré M. Gatete à l’assemblée. « L’eau étant essentielle à nos économies, à nos villes et à nos sociétés, nous ne pouvons nous permettre de la négliger et d’en faire une priorité absolue pour l’avenir du développement de l’Afrique ».
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