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Allocution de bienvenue de Claver Gatete au forum de haut niveau sur le financement durable de la santé

1 avril, 2026
Welcome Remarks by Claver Gatete at the High-Level Forum on Sustainable Health Financing

 

CINQUANTE-HUITIÈME SESSION DE LA CONFÉRENCE DES MINISTRES AFRICAINS DES FINANCES, DE LA PLANIFICATION ET DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

 

Forum de haut niveau sur le financement durable de la santé

 

Thème :

Investir dans la santé en Afrique

 

Allocution de bienvenue

de

M. Claver Gatete

Secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la CEA

1er avril 2026,

Tanger (Maroc)

 

Excellence Monsieur Mahamoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l’Union africaine,

Excellence Mme Nadia Fettah Alaoui, Ministre de l'économie et des finances du Royaume du Maroc,

Excellence M. Jean Kaseya, Directeur général des Centres africains de prévention et de contrôle des maladies,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les représentants,

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un grand plaisir de vous souhaiter la bienvenue au Forum de haut niveau sur le financement durable de la santé, placé sous le thème « Investir dans la santé en Afrique ».

Je tiens à exprimer ma sincère reconnaissance à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à Son Excellence le Premier Ministre M. Aziz Akhannouch, ainsi qu’au Gouvernement et au peuple marocains, pour leur accueil à Tanger, ville qui incarne l’ouverture, le commerce et la connectivité dynamiques du continent africain.

J’adresse également mes sincères remerciements à l’ensemble de nos éminents partenaires pour leur soutien constant et leur collaboration à la mise en œuvre de ce programme important.

 

Excellences,

Nous nous réunissons à un moment où les fondements du financement de la santé en Afrique évoluent – rapidement et de manière irréversible.

À l’heure actuelle, les conditions de financement mondiales se durcissent, le coût du capital augmente et la marge de manœuvre budgétaire se réduit.

L’aide publique au développement – qui constituait autrefois un pilier solide du financement de la santé – est en recul et devient de plus en plus incertaine, tant en volume qu’en prévisibilité.

Dans le même temps, les pressions intérieures s’accentuent. 

En 2022, l’Afrique a consacré environ 145 milliards de dollars des États-Unis à la santé, mais moins de la moitié de ce montant provenait de financements publics.

Le reste a été financé en grande partie par les ressources des donateurs et par les ménages, ce qui a fait basculer de nombreuses personnes dans la pauvreté.

Parallèlement, la dette publique sur le continent avoisine désormais, en moyenne, 63 % du produit intérieur brut, le service de la dette dépassant, dans plusieurs pays, les dépenses de santé.

Telle est la réalité à laquelle nous faisons face : des besoins croissants en matière de santé dans un contexte de réduction de la marge de manœuvre budgétaire.

Cependant, cette contrainte offre une possibilité déterminante : non seulement repenser le financement de la santé, mais aussi transformer la manière dont nos systèmes sont structurés, développés à grande échelle et pérennisés.

Et cette plus grande échelle, Excellences, est offerte par la Zone de libre-échange continentale africaine.

Trop souvent, la ZLECAf est perçue comme un simple accord commercial. Or, elle est bien plus que cela.

Elle constitue un cadre de développement offrant un marché de 1,5 milliard de personnes, un produit intérieur brut combiné de plus de 3 400 milliards de dollars des États-Unis et une plateforme permettant de passer de systèmes nationaux fragmentés à des solutions intégrées à l’échelle continentale.

C'est dans le domaine de la santé que cette transformation est la plus urgente. 

Aujourd’hui, l’Afrique importe plus de 70 % de ses produits pharmaceutiques, ce qui nous expose à des chocs externes, à des perturbations des chaînes d’approvisionnement et à des coûts élevés.

Toutefois, des progrès commencent à se dessiner.

Le Maroc et l’Algérie se sont imposés comme des pôles pharmaceutiques régionaux. Le Rwanda développe actuellement de nouvelles capacités de production. Et l’Afrique du Sud continue de jouer un rôle central dans l’approvisionnement régional.

Grâce à la ZLECAf, ces avancées isolées peuvent être transformées en un système continental –  interconnecté, étendu à grande échelle et compétitif.

Nous pouvons mettre en place des chaînes de valeur régionales. Nous pouvons harmoniser les normes réglementaires. Et nous pouvons mutualiser les achats et réduire les coûts.

La question n’est donc pas de savoir si cette possibilité existe. Nous savons qu’elle existe.

La véritable question est de savoir si nous allons agir à l’échelle qu’elle exige.

À cet égard, permettez-moi d'appeler votre attention sur quatre priorités à examiner.

 

Premièrement, nous devons repenser les modalités de financement des systèmes de santé.

Nous ne pouvons pas financer les systèmes de santé du XXIe siècle avec des modèles du XXe siècle.

L’époque où l’aide constituait la principale source de financement de la santé est désormais révolue.

Ce qui constituait autrefois un socle est aujourd’hui en déclin.

Dès lors, nous devons renforcer la mobilisation des ressources intérieures en élargissant l’assiette fiscale, en améliorant l’efficacité et en réduisant les pertes de ressources.

En outre, nous devons recourir à des instruments innovants, notamment les financements mixtes, les conversions de dette en investissements dans la santé et les mécanismes de partage des risques, afin de mobiliser des ressources supplémentaires et d’attirer des capitaux privés.

Ici encore, la ZLECAf renforce l’attractivité des investissements.

Des marchés plus vastes et intégrés réduisent les risques, attirent les capitaux et permettent des économies d’échelle.

Car le financement ne consiste pas seulement à mobiliser des ressources ; il s’agit aussi de les structurer de manière à obtenir des résultats concrets.

 

Deuxièmement, nous devons élargir la couverture de l’assurance maladie et renforcer la mutualisation des risques.

Aucun système de santé ne peut être viable lorsque les ménages ou les pouvoirs publics en supportent seuls la charge.

Nous avons vu ce qui fonctionne : le régime national d’assurance maladie du Ghana a permis d’élargir l’accès aux soins.

Le modèle rwandais d’assurance communautaire a permis d'atteindre une large couverture, même dans des contextes difficiles.

La leçon est claire : la mutualisation des risques à grande échelle rend les systèmes plus abordables, plus prévisibles et plus équitables.

Cependant, la couverture reste inégale en Afrique. Et cela doit changer.

Nous devons étendre les systèmes d’assurance, intégrer les prestataires privés et protéger les populations les plus vulnérables au moyen de subventions ciblées.

Dans le cadre de la ZLECAf, nous pouvons aller plus loin en étudiant des approches régionales de mutualisation des risques, de transférabilité de la couverture et de prestation transfrontalière des services.

C'est ainsi que l'économie d'échelle permet de réduire les coûts.

 

Troisièmement, nous devons renforcer la participation du secteur privé tout au long de la chaîne de valeur de la santé.

Le financement public à lui seul ne permettra pas de répondre à l’ampleur de nos besoins. 

Partout en Afrique, le secteur privé est déjà un acteur majeur, qu'il s'agisse des hôpitaux au Nigéria, des services de diagnostic en Égypte ou des plateformes de santé numérique au Kenya.

Toutefois, son potentiel reste sous-exploité.

La ZLECAf modifie cette dynamique.

En créant un marché plus vaste et plus prévisible, elle réduit les risques et attire les investissements dans la production pharmaceutique, la logistique, les infrastructures et la santé numérique.

Toutefois, les flux de capitaux sont déterminés non par les intentions, mais par les incitations.

Nous devons donc renforcer les cadres réglementaires, recourir aux financements mixtes et établir des partenariats public-privé efficaces.

Un secteur privé plus développé ne remplacera pas l'État ; il viendra le compléter.

 

Quatrièmement, nous devons investir dans le renforcement des capacités.

En l’absence de capacités suffisantes, le financement ne permet pas d’obtenir les résultats escomptés.

À l’échelle du continent, les pénuries de personnels de santé qualifiés, la faiblesse des chaînes d’approvisionnement et l’insuffisance des infrastructures continuent de limiter les effets des financements.

Nous devons donc investir dans les ressources humaines, les institutions et les systèmes.

Nous devons tirer parti des technologies numériques, notamment des systèmes de données, de la télémédecine et des plateformes de santé numérique, afin d'élargir notre champ d'action et d'améliorer notre efficacité.

En outre, nous devons renforcer notre résilience avant la prochaine crise. Les enseignements tirés des épidémies, de la maladie d'Ebola à la maladie à coronavirus 2019, nous mettent en garde : la préparation n’est pas facultative ; elle est indispensable. 

 

Excellences,

En lançant la campagne #InvestInHealthAfrica, nous réaffirmons une vérité fondamentale et immuable :

La santé n'est pas une dépense. La santé est un investissement : dans les personnes, dans la productivité et dans la prospérité.

Le plus grand atout de l'Afrique, ce sont ses habitants.

Si nous investissons dans leur santé, nous leur permettrons de réaliser leur potentiel. Si nous échouons, nous compromettrons notre propre avenir.

La question qui se pose à nous n’est pas de savoir si nous pouvons agir.

Elle est de savoir si nous agirons avec l'ampleur et la rapidité qu’exige la situation actuelle. Et le moment d’agir, c’est maintenant.

La Commission économique pour l’Afrique est prête à appuyer les États membres au moyen de politiques, de partenariats et de solutions de financement, afin de traduire cette ambition en actions concrètes.

Je vous remercie.

[Version arabe]