LANCEMENT DE L’AGENCE AFRICAINE DE NOTATION DE CRÉDIT
Allocution d’ouverture
Du
Secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA)
Claver Gatete
prononcée en son nom par la Secrétaire exécutive adjointe chargée des programmes et Économiste en chef de la CEA, Hanan Morsy
Port Louis
7 octobre 2026
Monsieur le Premier Ministre de la République du Burundi, Nestor Ntahontuye,
Monsieur le Président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf,
Madame la Directrice générale du secrétariat continental du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, Marie-Antoinette Rose-Quatre,
Monsieur le Ministre des affaires étrangères de l’intégration régionale et du commerce international de la République de Maurice, Dhananjay Ramful,
Madame la Ministre des services financiers et de la planification économique de la République de Maurice, Jyoti Jeetun,
Monsieur le Ministre d’État des finances, de la planification et du développement économique de la République d’Ouganda et Président du Comité des points focaux du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, Amos Lugoloobi,
Madame la Sous-Secrétaire générale de l’Organisation des Nations Unies et Conseillère spéciale pour l’Afrique, Ahunna Eziakonwa,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les partenaires de développement,
Chers invités,
Mesdames et Messieurs,
Je tiens tout d’abord à remercier le Gouvernement et le peuple mauriciens qui nous accueillent dans cette belle ville de Port-Louis pour cet événement d’importance.
Permettez-moi également d’exprimer ma sincère gratitude à Mme Marie-Antoinette Rose-Quatre pour le rôle moteur qu’elle a joué dans la coordination des institutions qui ont permis de créer l’Agence africaine de notation de crédit, l’AfCRA.
Cette journée marque une étape importante dans la longue quête de l’Afrique pour une plus grande équité au sein du système financier international.
Je tiens à saluer l’Union africaine, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, ainsi que tous ceux qui ont travaillé d’arrache-pied au fil des ans pour faire de l’AfCRA une réalité.
Le lancement de l’AfCRA survient alors que les pays africains s’inquiètent depuis longtemps du fait que les évaluations du risque souverain ne reflètent pas toujours correctement leurs fondamentaux économiques nationaux, ce qui a des répercussions non négligeables sur le coût de l’emprunt et les flux d’investissement.
Lorsque la perception du risque ne reflète pas pleinement la réalité économique d’un pays, les conséquences sont évidentes et nous les voyons chaque jour.
Les gouvernements paient plus cher pour emprunter. Il devient plus difficile d’attirer les investissements. L’ampleur de ce fardeau est considérable. Selon certaines estimations, les primes de risque persistantes en Afrique coûteraient au continent environ 75 milliards de dollars des États-Unis par an en intérêts supplémentaires, détournant ainsi des ressources publiques déjà limitées de priorités de développement comme les infrastructures, la santé et l’éducation.
Les notations influencent également les choix politiques. Pendant la pandémie de COVID-19, la crainte d’une éventuelle dégradation de leur notation a dissuadé certains pays éligibles de demander une suspension temporaire du service de la dette dans le cadre de l’Initiative du G20 sur la suspension du service de la dette.
Lorsque les gouvernements hésitent à avoir recours à un mécanisme d’appui en cas de crise convenu au niveau international en raison des conséquences possibles sur leur notation, cela montre bien qu’il est nécessaire de redéfinir la manière dont les risques sont évalués.
L’AfCRA offre une occasion importante de contribuer à remédier à cet état de chose.
En permettant de mieux comprendre les économies africaines, les données et les trajectoires de réforme dans le paysage des notations, elle peut contribuer à élargir l’éventail d’informations et de perspectives dont disposent les investisseurs.
L’AfCRA devrait tirer son avantage comparatif de sa proximité avec les marchés qu’elle note, de sa connaissance des institutions locales et de sa compréhension des programmes de réforme au fur et à mesure de leur mise en œuvre.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
L’objectif n’est pas d’accorder un traitement préférentiel aux États africains. Il s’agit plutôt d’assurer davantage de précision, de transparence et de pertinence contextuelle dans l’évaluation du risque de crédit.
L’AfCRA est une agence indépendante, pilotée par le secteur privé. Sa crédibilité dépendra de la rigueur de ses évaluations, de la transparence de ses méthodes et, en fin de compte, de la confiance qu’elle saura gagner auprès des gouvernements, des investisseurs et des marchés.
Cette confiance doit être construite de manière délibérée : grâce à une gouvernance solide, à une impartialité indéniable, à un financement durable et à la volonté d’annoncer des nouvelles désagréables lorsque les faits le justifient. Une agence de notation incapable de baisser une note ne sera pas crédible lorsqu’elle voudra en rehausser une autre.
À terme, l’AfCRA devrait également s’efforcer d’obtenir une reconnaissance appropriée de la part des banques centrales, des autorités de régulation des marchés financiers et d’autres autorités compétentes, afin que ses notations puissent être utilisées, selon que de besoin, dans les cadres d’investissement, de gestion des risques et de surveillance prudentielle.
Cela contribuerait à ancrer les évaluations de l’AfCRA dans le fonctionnement des marchés de capitaux et des institutions financières d’Afrique.
Il est également important de souligner que l’AfCRA n’a pas pour vocation de se substituer aux trois principales agences internationales de notation de crédit.
Elle viendra compléter leur travail, en apportant des données, des connaissances et des perspectives supplémentaires au paysage des notations, et en contribuant à promouvoir une plus grande transparence et une plus grande équité dans l’évaluation des économies africaines.
Sa couverture ne doit pas se limiter aux États souverains. Les notations des entités infranationales, des entreprises et des instruments libellés en monnaie locale peuvent contribuer à développer les marchés de capitaux nationaux et offrir aux fonds de retraite et aux assureurs africains davantage d’opportunités d’investissement sur leur propre territoire.
Grâce à une vision plus complète des économies africaines, les investisseurs pourront mieux évaluer les opportunités et les risques, et les conditions de financement pourront refléter plus fidèlement les fondamentaux économiques.
Cela pourra contribuer à débloquer des capitaux pour les pouvoirs publics, les entreprises, les infrastructures et d’autres priorités de développement.
Et c’est important car les ressources publiques ne suffisent pas, à elles seules, pour répondre aux besoins de financement de l’Afrique.
Nous devons mobiliser bien davantage de capitaux privés, aussi bien nationaux qu’internationaux, si nous voulons mener à bien l’Agenda 2063 et réaliser les objectifs de développement durable.
L’AfCRA constitue un élément important de la réponse de l’Afrique à ce défi. Elle contribue également à l’effort plus large visant à réformer l’architecture financière mondiale, comme en témoignent le Pacte pour l’avenir et l’Engagement de Séville adopté à la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement.
Des notations plus précises et plus transparentes sont importantes, mais l’amélioration des notations ne constitue qu’une partie de la solution. Les pays doivent également assainir leurs fondamentaux économiques.
Cela implique une gestion macroéconomique saine, une mobilisation accrue des ressources intérieures, une gestion efficace des finances publiques, une politique budgétaire responsable et une gestion rigoureuse des balances extérieures.
Cela demande également des données actualisées, transparentes et fiables. La précision d’une agence de notation, qu’elle soit mondiale ou africaine, dépend entièrement de la qualité des informations dont elle dispose. Le renforcement des systèmes statistiques nationaux et de la transparence en matière d’endettement n’est donc pas un simple détail technique ; il s’agit d’un investissement direct dans la solvabilité.
Cela demande aussi un dialogue proactif avec les agences de notation et les investisseurs, grâce à des services dédiés aux relations avec les investisseurs et à une communication régulière et crédible. Les pays qui présentent leur situation de manière claire et cohérente sont mieux compris par les marchés.
La CEA, en collaboration avec la Banque africaine de développement, l’Union africaine et d’autres partenaires, continue de soutenir ses États membres à cet égard et œuvre au renforcement de leurs économies respectives et à l’amélioration de leur solvabilité.
Nous continuerons à collaborer avec les États membres pour renforcer les données relatives à la dette et la gestion budgétaire, et pour développer les marchés de capitaux en monnaie locale.
Et nous nous réjouissons de collaborer avec l’AfCRA chaque fois que nos expertises respectives pourront renforcer l’appropriation africaine et produire des résultats concrets.
Excellences,
La crédibilité de l’AfCRA ne sera pas proclamée lors d’une cérémonie d’inauguration. Elle se forgera, notation après notation, au fil des années à venir. Je vous invite donc tous à travailler en collaboration afin de veiller à ce que l’ambition qui anime cette institution continentale se retrouve dans la qualité, l’indépendance et la crédibilité de son travail.
Si nous y parvenons, l’AfCRA pourra nous aider à évoluer vers un système financier dans lequel les économies africaines ne seront plus jugées en fonction de perceptions, mais sur la base d’une analyse plus complète et plus juste des faits.
En définitive, notre objectif est de permettre aux pays d’investir dans le développement durable tout en préservant la stabilité, la résilience et l’appropriation nationale.
Je vous remercie, et je remercie le Gouvernement mauricien d’accueillir le siège de cette importante institution africaine.
