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[Blog] L’essor de la jeunesse africaine pourrait transformer les économies si les occasions suivent le même rythme

28 mai, 2026
[Blog] Africa’s youth boom could transform economies if opportunity keeps pace

Par Jalal Abdel-Latif, Conseiller principal en politiques sociales, Division du développement socio-économique, CEA

En février dernier, lors d’une rencontre avec des jeunes à Dire Dawa, ville en pleine expansion de l’Est de l’Éthiopie, j’ai été frappé non pas par un manque d’idées, mais par un manque d’accès.

L’atmosphère dans la salle était électrique. Ces jeunes – salariés, indépendants ou sans emploi – parlaient d’innovation, d’ambition et de leur désir de construire leur propre avenir. Un emploi décent pour subvenir aux besoins de leur famille. Une entreprise productive qui créerait des emplois pour d’autres. Un avenir façonné par leurs propres efforts.

Mais à maintes reprises, la conversation a abordé les mêmes obstacles, notamment l’accès limité au financement. « Pour créer une entreprise, il faut de l’argent », nous a confié un jeune entrepreneur, M. Buzayew Abebe. « Pour obtenir ne serait-ce que du matériel de base, il faut un garant. Et si on ne connaît personne, c’est très difficile ».

Son expérience est loin d’être un cas isolé. Partout en Éthiopie et dans toute l’Afrique, les jeunes sont prêts à travailler, à innover et à contribuer.

La plus grande richesse de l’Afrique

Les jeunes constituent la plus grande richesse du continent. Pourtant, trop souvent, ils doivent composer avec des systèmes qui les empêchent de concrétiser leur potentiel.

Ce n’est pas faute de politiques. De nombreux pays africains ont mis en place des politiques nationales pour la jeunesse visant à soutenir l’emploi et l’entrepreneuriat. Ces politiques témoignent d’un engagement fort.

Mais le véritable test ne réside pas dans les textes, mais dans la réalité du terrain. Les jeunes peuvent-ils accéder à un emploi décent après leurs études ? Ont-ils accès au financement pour créer ou développer une entreprise ? Trop souvent, la réponse est : pas encore.

Le défi ne concerne pas seulement l'emploi, mais aussi sa qualité. Dans une grande partie de l'Afrique, les économies ne créent pas encore suffisamment d'opportunités dans les secteurs à forte productivité – des emplois qui offrent des revenus stables, des perspectives d'évolution et la sécurité de l'emploi. De ce fait, de nombreux jeunes travaillent, mais dans l'économie informelle.

Cela peut se traduire par la vente de marchandises dans la rue, des travaux de construction occasionnels ou la prestation de services sans contrat ni protection. Ces emplois exigent résilience et efforts, mais ils sont souvent mal rémunérés, précaires et vulnérables aux chocs.

Cette réalité est encore plus marquée pour les jeunes femmes. Et bien que l'Afrique affiche l'un des taux d'entrepreneuriat féminin les plus élevés au monde, nombre d'entre elles gèrent de petites entreprises de subsistance qui peinent à se développer, souvent en raison d'un accès limité à l'éducation, au financement et aux réseaux.

C'est le paradoxe au cœur des marchés du travail africains : les jeunes travaillent, mais ne progressent pas toujours sur l'échelle des revenus.

Un changement de perspective

L'ampleur du défi s'accroît. L'Afrique possède la population la plus jeune du monde. D'ici 2035, le nombre de jeunes entrant chaque année sur le marché du travail en Afrique sera supérieur à celui du reste du monde réuni.

Bien gérée, cette situation pourrait constituer un puissant moteur de croissance et de prospérité partagée. Mais cela ne se fera pas spontanément. Il est indispensable d'agir de manière délibérée et accélérée pour garantir que les économies créent non seulement plus d'emplois, mais aussi de meilleurs emplois, et que les jeunes puissent y accéder. Cela implique, à son tour, de repenser l'emploi et l'entrepreneuriat des jeunes.

Depuis des années, de nombreux programmes mettent l’accent sur le développement des compétences. C’est important, certes, mais les compétences seules ne suffisent pas s’il n’existe pas d’emplois correspondants ou de voies d’accès à l’entrepreneuriat.

Parallèlement, nombre d’initiatives pour la jeunesse échouent, non par manque d’efforts, mais parce qu’elles ne sont pas conçues comme un système intégré. Trop souvent, elles se concentrent sur un seul élément, comme la formation, sans l’associer au financement, aux marchés ou aux employeurs. La coordination entre les institutions est souvent faible et le soutien n’atteint pas toujours les jeunes au moment et à l’endroit où ils en ont besoin.

Selon notre analyse continue, une approche plus intégrée est la solution la plus efficace. Les approches performantes combinent plusieurs éléments : le développement de compétences pertinentes, le soutien à la création d'emplois, la promotion de l'entrepreneuriat, la mise en relation des jeunes et des employeurs et la création d'un environnement propice à la croissance des entreprises. En d'autres termes, elles accompagnent l'ensemble du parcours, de l'apprentissage à l'emploi.

De l’analyse à l’action

Telle est la philosophie d’une nouvelle initiative pilote menée par la Commission économique pour l’Afrique (CEA).

Le processus est simple. Pour commencer, nous analysons les données. Grâce à notre collaboration avec Oxford Economics, nous identifions les lacunes et leurs causes.

Ensuite, nous confrontons ces conclusions aux expériences concrètes. À Dire Dawa, nous avons consulté des responsables municipaux, des entreprises, des enseignants et des jeunes afin de comprendre ce qui fonctionne et ce qui peut être amélioré. À Addis-Abeba, nous avons réuni des experts de toute la région pour comparer leurs expériences et en tirer des enseignements.

Le constat était frappant : le défi n’est plus la conception des politiques, mais leur mise en œuvre. Le problème n’est pas le manque de solutions, mais leur manque de coordination.

Les jeunes ont décrit des formations qui ne débouchent sur rien, des financements inaccessibles et des systèmes fragmentés et complexes. Ils ont clairement exprimé leur besoin d’un soutien concret, d’un accès facilité aux marchés et d’une réelle opportunité de devenir autonomes. Ils ne veulent plus être de simples bénéficiaires passifs des politiques, mais des acteurs de leur mise en œuvre.

La dernière étape consiste à concrétiser ces idées. Notre objectif n’est pas de créer de nouvelles politiques, mais d’aider les États membres à garantir la pleine efficacité des politiques existantes, en améliorant la coordination, en renforçant les institutions et en adaptant le soutien aux réalités économiques.

Concrètement, cela signifie transformer le parcours d’un jeune, passant d’une formation sans suivi à un parcours clair où ses compétences débouchent sur une source de revenus.

Une occasion à ne pas manquer

Ce travail est urgent. L’histoire de Buzayew ne se limite pas à celle d’un jeune entrepreneur de Dire Dawa surmontant les obstacles pour développer son entreprise. Elle reflète une réalité bien plus vaste, partagée par des dizaines de millions de jeunes d’un bout à l’autre du continent, d’Accra à Alger en passant par Antananarivo.

La question est de savoir si nous sommes prêts à répondre à cette réalité par des solutions tout aussi ambitieuses.

Il est évident que les jeunes n’attendent pas. Ils construisent, innovent et contribuent déjà. Ce dont ils ont besoin maintenant, ce ne sont pas de nouvelles promesses, mais d’un environnement qui travaille avec eux et pour eux.

Si nous réussissons, la jeunesse africaine ne sera pas qu’une simple tendance démographique. Elle sera le moteur de la transformation du continent.

C’est une opportunité – et une responsabilité – que nous ne pouvons nous permettre de manquer.