Par Veronica Masubo
L’Afrique se trouve à un tournant décisif de son développement. Ayant la population la plus jeune et la croissance la plus rapide du monde, le continent dispose d’une opportunité sans précédent pour exploiter son dividende démographique. Cependant, cette opportunité s’accompagne de l’un des plus grands défis politiques de notre époque : créer suffisamment d’emplois productifs et décents pour absorber les millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.
Un continent riche en potentiel mais les résultats ne suivent pas
Chaque année, entre 12 et 15 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail, mais seulement 3 millions d’emplois formels environ sont créés annuellement, laissant des millions de personnes sans emploi ou occupant des emplois informels peu productifs (Fondation Mastercard, 2026).
D’ici 2030, environ 375 millions de jeunes supplémentaires devraient rejoindre la population active de l’Afrique subsaharienne, faisant de l’Afrique le continent abritant la plus grande main-d’œuvre jeune au monde (OIT, 2016). D’ici 2050, l’Afrique comptera environ 850 millions de jeunes et représentant l’un des plus importants réservoirs de capital humain au monde (WEF, 2026).
Si les pays créent des emplois productifs, l’Afrique pourrait connaître l’un des plus importants dividendes démographiques de son histoire. Dans le cas contraire, le chômage, le sous-emploi, les inégalités et l’instabilité sociale pourraient devenir des contraintes de plus en plus lourdes au développement durable.
L’Afrique ne manque pas d’idées ni de données probantes, mais plutôt d’un écart entre ces idées et leur mise en œuvre. Face à un défi de cette ampleur, le continent doit trouver le moyen de déployer ces idées et ces solutions à une vitesse sans précédent.
L’Afrique ne manque pas de solutions.
Sur l’ensemble du continent, les gouvernements, les chercheurs, les entrepreneurs et les partenaires au développement ont accumulé un impressionnant ensemble de données probantes sur les facteurs de création d’emplois.
Nous savons que les industries compétitives créent des emplois durables ; les entreprises de jeunes ont besoin d’écosystèmes, et non de financements isolés ; et les marchés régionaux de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) peuvent débloquer de nouvelles chaînes de valeur. De plus, nous savons également que les technologies numériques et l’Intelligence artificielle peuvent créer de nouvelles opportunités économiques et que l’industrialisation verte offre un potentiel d’emploi considérable.
Par exemple, une analyse récente estime que l’économie verte africaine pourrait à elle seule créer 3,3 millions d’emplois d’ici 2030, notamment dans les énergies renouvelables, l’industrie manufacturière et les industries respectueuses du climat, à condition que les investissements dans la formation et le développement de la main-d’œuvre suivent le même rythme (FSD Africa, 2024).
De même, l’économie créative africaine contribue déjà à hauteur d’environ 60 milliards de dollars des États-Unis par an, mais ne représente que moins de 1 % des exportations créatives mondiales (CNUCED, 2024), ce qui illustre le potentiel inexploité des secteurs autres que l’industrie manufacturière traditionnelle.
L’enjeu est de savoir comment mettre en œuvre et déployer à plus grande échelle ces solutions identifiées.
De la recherche à la mise en œuvre
Trop souvent en Afrique, nous avons constaté que des projets pilotes prometteurs restent isolés. Les résultats de la recherche sont publiés, mais ne sont pas traduits en politiques publiques, et ceux qui le sont, sont annoncés, mais ne font l’objet d’aucun suivi. De plus, les innovations et les bonnes pratiques qui ont fait leurs preuves ont tendance à rester locales et cantonnées à un seul contexte, sans possibilité de déploiement à l’échelle régionale ou continentale.
Ce manque de mise en œuvre est devenu l’un des principaux obstacles à l’accélération de la transformation structurelle et à la création d’emplois en Afrique. Consciente de ce défi, le Forum africain de l’impact des politiques publiques sur le développement (ADIF) 2026, organisé par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), a délibérément adopté une approche différente. Plutôt que de créer une nouvelle conférence axée uniquement sur la discussion, l’ADIF s’est articulé autour d’une question simple :
Comment passer des idées à la mise en œuvre ?
Le Forum a réuni des représentants des gouvernements, des institutions de financement du développement, des dirigeants du secteur privé, des chercheurs, de jeunes innovateurs et des partenaires au développement autour du thème « Meilleures pratiques et solutions innovantes pour la création d’emplois en Afrique ». Les participants ont réfléchi à des solutions concrètes dans les domaines de l’entrepreneuriat, de l’Intelligence artificielle, de l’industrialisation, des chaînes de valeur régionales, du développement des compétences, de la croissance verte et de l’économie créative, en plaçant la mise en œuvre – et non le diagnostic – au cœur de chaque discussion.
Pourquoi l’ADIF est différent
Ce qui a distingué l’ADIF, c’est la reconnaissance du fait que relever le défi de l’emploi en Afrique exige plus que de simples recommandations. Cela nécessite des institutions capables de maintenir la dynamique après la fin de la conférence. Tout au long du Forum, les participants ont constamment mis l’accent sur quatre priorités, à savoir : (a) maintenir le dialogue entre les parties prenantes, (b) garantir le respect des engagements, (c) favoriser les partenariats stratégiques et d) fournir un soutien pratique à la mise en œuvre.
Cette reconnaissance a conduit à l’un des résultats les plus importants de l’ADIF : l’Horloge de mise en œuvre de l’ADIF.
L’Horloge de mise en œuvre de l’ADIF
L’Horloge de mise en œuvre est conçue comme une plateforme d’action et non comme un simple outil de suivi. Il vise à aider les États membres et les partenaires à traduire les engagements du Forum en actions concrètes et mesurables. Au lieu d’attendre la prochaine conférence pour évaluer les progrès accomplis, ladite Horloge crée un mécanisme continu de collaboration, d’apprentissage adaptatif et de résolution de problèmes.
Transformer le dividende démographique de l’Afrique en dividende pour le développement
La transition démographique de l’Afrique est souvent décrite comme la plus grande opportunité du continent. Sa concrétisation en dividende démographique dépendra moins de la qualité des idées politiques que de la qualité de leur mise en œuvre. Le continent possède déjà les talents, l’énergie entrepreneuriale, les capacités de recherche et l’expérience politique nécessaires à la création d’emplois à grande échelle. Le prochain défi consiste à garantir la synergie de ces atouts.
L’ADIF démontre que la mise en œuvre ne se limite pas à l’exécution de projets ; elle implique également la construction de partenariats, le renforcement des institutions, la mise en place d’une responsabilité et le maintien d’une collaboration durable.
Si l’Afrique parvient à passer des initiatives isolées à une mise en œuvre coordonnée, elle créera non seulement davantage d’emplois, mais aussi des institutions plus solides, des industries plus compétitives et des économies plus résilientes.
Telle est l’ambition du Forum africain de l’impact des politiques publiques sur le développement.
Pour de plus amples informations, veuillez consulter le site Internet du Forum africain de l’impact des politiques publiques sur le développement : https://www.uneca.org/adif
Références :
https://mastercardfdn.org/en/our-research/africa-youth-employment-outlook-2026/
https://www.weforum.org/stories/geographies-in-depth/africa-future-young-population/
![[Blog] Africa's Jobs Challenge: Moving from Dialogue to Delivery](https://www.uneca.org/sites/default/files/styles/slider_image/public/storyimages/shutterstock_1269616939_1920x640.jpg?itok=ZW4PYohr)