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Accélérer la concrétisation des réformes pour renforcer la compétitivité des entreprises en Afrique centrale

16 octobre, 2026
Central Africa must accelerate reform implementation to strengthen private sector competitiveness

Yaoundé, le 16 octobre 2026 — Les pays de l’Afrique centrale doivent accélérer la concrétisation des réformes adoptées pour les traduire en gains mesurables de compétitivité et d’investissement, ont recommandé les participants à l’issue de la 42e session du Comité intergouvernemental des hauts fonctionnaires et experts de la sous-région. La rencontre statutaire, organisée par le Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la CEA, s’est tenue à Yaoundé, du 13 au 15 octobre 2026.

Présentée à cette occasion, l’étude intitulée « Accélérer la mise en œuvre des réformes pour dynamiser le secteur privé à mi-parcours de la décennie de la diversification en Afrique centrale (2021–2030) » met en évidence un écart persistant entre les réformes adoptées et leurs effets sur l’activité des entreprises. Pour combler cet écart, il est essentiel de réduire les coûts de production et de lever les contraintes de financement, afin d’accélérer la diversification économique.

Les représentants du secteur privé ont relevé les progrès réalisés en matière de numérisation des services publics, de mise en place des guichets uniques et des dispositifs d’accompagnement des entreprises. Ils ont également souligné l’intérêt du cadre de dialogue offert par la CEA pour porter les préoccupations et les attentes du secteur privé. Ils appellent toutefois à prolonger les réformes douces par des réformes structurelles améliorant les conditions de production et d’investissement.

Examinée en plénière et en travaux de groupe, l’étude préparée par la CEA a ensuite été approfondie lors d’une table ronde de haut niveau, puis validée par les hauts fonctionnaires et experts. Ces réflexions visant à dynamiser le secteur privé et à en faire le moteur de la transformation structurelle s’inscrivent à mi-parcours de la Décennie de la diversification économique en Afrique centrale (2021–2030). Les priorités ainsi dégagées concernent sa seconde moitié.

Mieux investir pour réduire les coûts de production

Les coûts de l’électricité et du transport limitent la rentabilité des activités de transformation. Dans ces conditions, l’investissement public doit créer un environnement plus favorable à l’investissement privé, selon Narcisse Chassem, directeur exécutif adjoint du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), représentant l’Union des patronats de l’Afrique centrale (UNIPACE) à ce CIE. Celui-ci souligne toutefois : « Avec un écart d’efficience de l’investissement public estimé à 52,5 % en Afrique centrale, il est clair que les dépenses publiques ne promeuvent pas un climat des affaires sain. Les entreprises continuent d’attendre le chemin de fer et un réseau routier viable et fluide pour intensifier les échanges. Quant à énergie, malgré les barrages hydroélectriques construits, la fourniture d’électricité reste le principal handicap des activités industrielles des entreprises ». Les patronats d’Afrique centrale insistent donc sur la responsabilité des pouvoirs publics de rendre l’électricité disponible et de réduire les coûts logistiques, dans un contexte d’accélération de la mise en œuvre de la ZLECAf.

Réduire la charge fiscale et l’incertitude des entreprises

Au-delà des infrastructures, la compétitivité dépend de la prévisibilité du cadre fiscal et juridique. La multiplication des prélèvements et des contrôles accroît les coûts de conformité et peut décourager la formalisation. L’allègement de la pression fiscale doit ainsi s’accompagner de régimes plus simples, d’obligations lisibles et d’une meilleure sécurité des droits de propriété et des contrats.

La simplification et la transparence peuvent alléger la charge effective des entreprises tout en favorisant le respect des obligations fiscales. Parallèlement, l’apurement de la dette intérieure de l’État doit contribuer à desserrer les contraintes de trésorerie et à préserver la capacité des entreprises à financer leur activité.

Renforcer la capitalisation pour élargir le financement des PME

L’accès au financement appelle, pour sa part, une réponse qui associe crédit et renforcement des fonds propres. Selon l’étude, aucun pays de la sous-région n’affichait en 2025 un crédit intérieur au secteur privé supérieur à 20 % du PIB, à l’exception du Burundi. Les exigences de garanties et l’insuffisance de l’information financière limitent les prêts. La sous-capitalisation des PME réduit en outre leur capacité à attirer des ressources pour investir et se moderniser.

Face à ces contraintes, les experts recommandent de faire de la création d’un fonds d’investissement une priorité afin de renforcer les fonds propres des PME, de faciliter l’accès à des garanties adaptées à leurs besoins et d’améliorer la fiabilité de l’information sur le crédit. Ces mesures doivent soutenir le financement des équipements, des compétences et de l’adoption technologique nécessaires à la montée en gamme de la production.

« Renforcer les fonds propres des PME c’est leur donner une base plus solide pour mobiliser d’autres financements. Un fonds d’investissement dédié va lever plusieurs contraintes d’accès au crédit pour les PME et accélérer la modernisation de leur appareil productif ainsi que leur gouvernance », explique Babissakana, expert en ingénierie financière, président-directeur général du cabinet Prescriptor.

Coordonner l’action publique et rendre compte des résultats

La multiplication des contrôles, sur les corridors comme en matière fiscale, montre que les gains obtenus dans une administration peuvent être absorbés par les contraintes imposées par une autre. La coordination entre administrations doit donc être renforcée en priorité, en complément de la concertation avec les entreprises. La numérisation des procédures et l’interconnexion des services doivent accompagner cet effort.

Pour mesurer les effets de ces réformes, le suivi doit porter sur les gains de délais et de coûts obtenus par les entreprises. Rendre opérationnel l’Observatoire du climat des affaires de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), puis en étendre la couverture à tous les pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), doit permettre de renforcer cette capacité de suivi.

Cette démarche suppose toutefois une appropriation politique durable, l’évaluation de l’action des décideurs et un environnement politique et social favorable aux réformes. L’apprentissage auprès de pays réformateurs tels que l’île Maurice, le Rwanda ou Singapour offre des repères pour améliorer le pilotage et la redevabilité, en tenant compte des contextes nationaux.

« Une réforme produit des effets lorsque le leadership politique soutient son exécution et que les responsables rendent compte de leurs résultats. L’apprentissage par les pairs permet d’adapter les pratiques qui ont fait leurs preuves », indique la professeure Viviane Ondoua Biwole, directrice du programme de formation en gestion de la politique économique (Université de Yaoundé II-Soa).

Préparer et financer les réformes pour en assurer l’exécution

L’accélération exige enfin des réformes préparées comme des projets, avec des investissements associés et des ressources identifiées. L’insuffisance de capacités d’exécution, de financement et de suivi explique en partie l’écart entre les ambitions affichées et les effets observés.

À cette fin, des études préalables rigoureuses doivent chiffrer les coûts et évaluer les impacts attendus pour guider l’allocation des ressources. « Il y a urgence à professionnaliser le pilotage des réformes. Les bureaux de gestion des projets ou des réformes peuvent être des structures techniques auprès des administrations publiques dotées de la compétence exclusive de monter, gérer et évaluer les projets », propose Babissakana. La comparaison des impacts projetés aux effets réels permettra ensuite d’ajuster les interventions et de mieux orienter les moyens publics.

Pour marquer l’engagement de l’Afrique centrale à faire du secteur privé le moteur de la transformation économique de la sous-région, la 42e session du CIE s’est achevée sur l’adoption d’une déclaration portant conclusions et recommandations. Celle-ci fera l’objet d’un suivi et d’une évaluation jusqu’en 2030, terme de la Décennie de la diversification économique.

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