Yaoundé, 24 mars 2026 (CEA) – Trente ans après la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le constat est sans appel : la part de l’Afrique dans le commerce mondial des biens est passée de 5 % en 1994 à 2,8 % en 2025, tandis que sa contribution à la valeur ajoutée manufacturière mondiale reste inférieure à 2 %. C’est ce message fort qu’a porté la Commission économique pour l’Afrique (CEA) lors du side event organisé le 24 mars 2026, en marge de la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’OMC (CM14).
Le dialogue a réuni des experts du Groupe africain de négociation à l’OMC, des négociateurs en chef de la ZLECAf, des représentants des communautés économiques régionales, des institutions internationales, du système des Nations Unies, ainsi que des experts indépendants et des acteurs de la société civile. Un constat partagé s’est imposé : l’ouverture commerciale, à elle seule, ne produit pas le développement.
Si l’Afrique participe pleinement au système commercial multilatéral en respectant ses règles et en contribuant à leur élaboration cette intégration institutionnelle ne s’est pas traduite par la transformation structurelle attendue. Tandis que l’Asie consolidait sa position dans le commerce mondial et montait en gamme dans les chaînes de valeur, l’Afrique est restée largement cantonnée à l’exportation de matières premières peu transformées et faiblement rémunérées.
Le cas du coton en est une illustration frappante : dans un marché mondial de près de 25 millions de tonnes, l’Afrique demeure marginale dans la transformation textile, pourtant historiquement moteur d’industrialisation. À cela s’ajoutent des distorsions structurelles, notamment les 500 milliards de dollars de subventions agricoles annuelles dans les économies développées, qui limitent les marges de manœuvre des producteurs africains.
L’heure de l’offensive
Face à ces constats, le dialogue porté par la CEA a formulé un message clair : l’Afrique doit passer d’une posture défensive à une stratégie proactive d’influence dans le commerce mondial. Il ne s’agit plus de s’adapter aux règles, mais de contribuer à les façonner au service des priorités de développement du continent.
Comme l’a souligné Jean Luc Mastaki Namegabe, Directeur du Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la CEA : « Cette CM14 est à la fois un miroir et une opportunité pour l’Afrique de structurerune offensive visant à obtenir des avancéesconcrètes en matière d’industrialisation, de capacités productives et d’intégration régionale. »
Cette ambition repose sur un levier stratégique déjà disponible : la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Bien au-delà d’un accord commercial, elle constitue l’outil central pour construire des chaînes de valeur régionales, renforcer la compétitivité et repositionner l’Afrique dans l’économie mondiale. Ses protocoles sur les services, l’investissement, le commerce numérique et la propriété intellectuelle offrent des espaces concrets d’influence, à condition d’y mobiliser pleinement les capacités africaines de négociation et de mise en œuvre.
Pour Sékou Doumbouya, expert en commerce international, « l’enjeu est de transformer le potentiel de la ZLECAf en levier réel de productivité et de compétitivité ». Le commerce des services en est une illustration : entre 2010 et 2023, il a progressé de 95 % au niveau mondial, contre 56 % pour les marchandises. En Afrique subsaharienne, les services représentent désormais 58 % du PIB.
« Il ne s’agit plus de constater cette évolution, mais de la piloter », a-t-il ajouté, en identifiant quatre leviers clés : les technologies numériques, les réformes réglementaires favorables à la concurrence, l’intégration des services comme intrants de production et le développement du capital humain.
La CM14 ne constituera peut-être pas, à elle seule, un tournant décisif pour l’Afrique. Ce tournant, le continent doit désormais le provoquer. En activant ses propres instruments, en développant ses chaînes de valeur et en affirmant ses priorités dans les négociations à venir, l’Afrique peut transformer le commerce en véritable moteur de développement.
Comme l’a résumé Adama Ekberg Coulibaly, Chef de la Section des initiatives sous-régionales au Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la CEA : « les résultats de développement ne pourront être garantis sans une articulation renforcée entre commerce, politiques industrielles, capacités productives et intégration régionale accélérée. »
Renseignements aux médias
Zacharie Roger MBARGA – Responsable de la Communication
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