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La pandémie silencieuse en Afrique : pourquoi la sécurité routière doit devenir une priorité économique

7 septembre, 2026
Africa’s Silent Pandemic: Why Road Safety Must Become an Economic Priority

Addis-Abeba, 7 septembre 2026 (ECA) - Dans un hôpital au pied du Kilimandjaro, en Tanzanie, le service d’hospitalisation est rempli de jeunes hommes se remettant de leurs blessures dues aux accidents de la route, dont beaucoup sont des victimes d’accidents de moto-taxi (boda-boda). Ce qui frappe n’est pas seulement l’ampleur du phénomène, mais aussi sa nature : il s’agit souvent des membres les plus actifs économiquement de la société. Pour de nombreuses familles, un seul accident signifie la perte d’un soutien de famille, une augmentation des frais médicaux et des difficultés à long terme.

Ces histoires ne sont pas des cas isolés. Partout sur le continent, des tragédies similaires se produisent chaque jour, bouleversant les familles et exerçant une pression durable sur les communautés et les systèmes de santé. Cela nous rappelle que la sécurité routière n’est pas une notion abstraite. Elle est profondément personnelle et nécessite une action urgente.

C’est le visage humain de ce que l’Envoyé spécial des Nations Unies, Jean Todt, a qualifié de pandémie silencieuse.

Chaque année, les accidents de la route font plus de 1,2 million de victimes dans le monde et des dizaines de millions de blessés. Pourtant, cette crise suscite rarement l’urgence qu’elle mérite. Pour l’Afrique, les enjeux sont particulièrement importants.

Les accidents de la route constituent la première cause de mortalité chez les jeunes en Afrique, fauchant des vies et compromettant la croissance future. Au-delà du bilan humain, le coût économique est tout aussi alarmant. Dans de nombreux pays africains, les accidents de la route absorbent entre 3 et 5 % du PIB, ce qui nuit à la productivité, met à rude épreuve les systèmes de santé et freine le développement. La sécurité routière doit donc être perçue non seulement comme un enjeu d’infrastructure ou de santé, mais aussi comme une priorité économique essentielle.

Au cours de la dernière décennie, les pays africains ont pris des engagements. Des politiques ont été élaborées et des cadres adoptés aux niveaux national et régional. Pourtant, les progrès sont inégaux. Trop souvent, les efforts en matière de sécurité routière restent à l’état de projet plutôt que des résultats. L’écart entre les engagements et les vies sauvées demeure trop important.

Ce n’est pas faute de connaissances. Comme l’a souligné Jean Todt, les solutions existent. Une meilleure conception des routes, le respect des limitations de vitesse, le port de la ceinture de sécurité et du casque conforme aux normes des Nations Unies, ainsi qu’une sécurité accrue des véhicules sont autant de mesures efficaces. Ce qui fait défaut, c’est une mise en œuvre à grande échelle, soutenue par une volonté politique et des financements adéquats. Trop d’initiatives restent sous-financées, fragmentées ou inachevées.

Le Rwanda offre un exemple frappant de ce que cela peut donner en pratique. « Le pays enregistre déjà environ 11,6 décès sur les routes pour 100 000 habitants, contre plus de 19 sur le reste du continent », souligne Robert Lisinge. Le Rwanda est passé des engagements politiques à la mise en œuvre concrète. Il a adopté le port du casque conforme à la réglementation des Nations Unies, investi dans des équipements de contrôle nationaux et mis en place un système de certification par le biais de l’Office rwandais de normalisation afin que les motocyclistes puissent avoir confiance dans la conformité des casques disponibles sur le marché aux normes. C’est la preuve qu’il est possible de combler le fossé entre les engagements et les résultats.

Ce défi est aggravé par des capacités et des financements limités. Des stratégies sont élaborées, mais non appliquées. Des projets pilotes sont lancés, mais non étendus. L’élan s’essouffle, tandis que les coûts humains et économiques continuent d’augmenter. Reconnaître le problème ne suffit pas. Quelle est la solution ?

Il est essentiel de repenser la sécurité routière comme un investissement ; un investissement qui protège le capital humain et soutient la croissance économique.

C’est là que la Commission économique pour l’Afrique peut jouer un rôle crucial. Grâce à son pouvoir de mobilisation, la CEA est bien placée pour placer la sécurité routière au cœur des priorités de développement de l’Afrique. En l’abordant sous un angle économique, elle peut l’intégrer aux instances décisionnelles, notamment au sein des ministères des finances, tout en contribuant à combler les déficits de financement et à accélérer la mise en œuvre des mesures. Le programme rwandais de port du casque est un exemple concret de ce rôle : le partenariat de la CEA avec la Fondation FIA (Fédération internationale de l’automobile) a permis de concrétiser les engagements pris en matière de réglementation et de contrôle au niveau national.

Ainsi, les pays n’ont pas à partir de zéro. Les enseignements tirés de l’expérience rwandaise en matière de certification, de contrôle et d’application de la réglementation peuvent aider d’autres pays africains à progresser plus rapidement et à éviter les mêmes tâtonnements. La CEA est idéalement placée pour faciliter cet échange d’expériences, en reliant les agences de sécurité routière, les organismes de normalisation et les ministères des finances par-delà les frontières afin que les solutions efficaces dans un pays puissent être mises en œuvre dans un autre.

La CEA peut également renforcer la responsabilisation. Les progrès ne doivent pas se mesurer aux stratégies adoptées, mais à la réduction du nombre de décès et de blessés. Le renforcement des systèmes de données et le suivi régional sera déterminant pour garantir un impact réel.

Parallèlement, la CEA peut promouvoir des solutions pratiques et adaptables à grande échelle. L’OMS et les Nations Unies indiquent clairement que des interventions éprouvées peuvent sauver des vies rapidement et à moindre coût. Il s’agit notamment d’infrastructures plus sûres, d’une application plus stricte de la loi et de l’accès à des équipements de protection tels que les casques conformes aux normes des Nations Unies.

Les casques, dont le coût avoisine les 20 dollars des États-Unis, constituent une solution simple et efficace susceptible de stimuler la production locale et de créer des débouchés commerciaux à travers le continent. Imposer la fourniture de deux casques pour tout achat de moto permettrait de réduire considérablement le nombre de décès et de blessures. Appliquées de manière cohérente et à grande échelle, de telles mesures produisent des résultats immédiats.

L’écart entre le simple fait de posséder un casque et celui de disposer d’un casque sûr n’est pas théorique. Au Rwanda, une étude par observation a révélé que si 98,7 % des motocyclistes et passagers portaient un casque, seuls 71 % le portaient correctement, et plus d’un tiers des casques utilisés étaient visiblement endommagés. Ce sont la certification et le contrôle de l’application des règles, et non la simple disponibilité du produit, qui transforment le port du casque en une véritable protection ; l’évolution de la demande du marché vers des casques certifiés montre d’ailleurs que les opportunités de fabrication se concrétisent déjà.

L’Afrique se trouve à un tournant décisif. L’urbanisation et la motorisation rapides impliquent que, sans intervention, le nombre de blessés sur les routes continuera d’augmenter. Toutefois, cette tendance peut être inversée grâce à une combinaison appropriée de volonté politique, d’investissements et d’actions coordonnées.

La sécurité routière constitue non seulement un impératif moral, mais aussi une nécessité économique. Il s’agit de protéger des vies, de préserver le capital humain et de sauvegarder les acquis du développement. Les outils existent déjà ; il faut désormais faire preuve de détermination pour agir à grande échelle et en urgence.

Rompre le cycle de cette pandémie silencieuse exigera du leadership. La CEA dispose à la fois de la plateforme et de la responsabilité nécessaires pour favoriser ce changement.

Robert Lisinge conclut : « Le Rwanda démontre que cette évolution est possible. Une norme, une marque de certification uniques et une application rigoureuse des règles transforment déjà la situation sur place et offrent ainsi un modèle que le reste du continent peut suivre. ».

Publié par :
Section de la communication
Commission économique pour l’Afrique
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Addis-Abeba
Éthiopie
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