Dakar, Sénégal, 24 août 2026 (CEA) - Soixante hauts responsables sénégalais ont suivi une formation intensive de deux-semaines destinée à transformer la manière dont le pays planifie, finance et coordonne la protection sociale — en faisant passer celle-ci du statut de simple poste budgétaire destiné aux groupes vulnérables à celui de levier stratégique de transformation économique.
Cette formation a été organisée par l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP), la branche de formation de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), en collaboration avec la Délégation générale de la protection sociale et de la solidarité nationale (DGPSN) du Sénégal et le Consortium régional de recherche en économie générationnelle (CREG). Elle s’est déroulée en deux sessions consécutives de 30 participants chacune — du 10 au 14 août et du 17 au 21 août 2026 —, réunissant des hauts fonctionnaires et des responsables chargés de la conception, du financement, de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques de protection sociale à l’échelle nationale.
Les chiffres qui soulignent l’urgence
L’ampleur du défi a été exposée sans détours au cours de la formation :
- 37,5 % de la population sénégalaise vivait dans la pauvreté en 2021 — les communautés rurales représentant 75,4 % des personnes en situation de pauvreté.
- L’indice de capital humain du Sénégal s’élève à seulement 0,42.
- Moins d’un Sénégalais actif sur dix bénéficie d’une couverture de protection sociale.
- Seuls 15 % des personnes âgées perçoivent une pension.
Comme l’a clairement montré la formation, le défi ne consiste plus simplement à étendre les programmes existants, mais à repenser l’architecture globale du système — son financement, sa couverture et son articulation avec la politique nationale de développement.
Du filet de sécurité à l’investissement stratégique
La formation a établi un lien direct entre la protection sociale et la feuille de route de développement à long terme du Sénégal. Elle se situe au cœur du pilier « capital humain et équité sociale » de la Vision Sénégal 2050, le plan national visant à faire du pays une nation « souveraine, juste et prospère » — un pilier que les organisateurs décrivent comme traversant l’ensemble de l’économie en protégeant les ménages, en facilitant le passage du travail informel au travail formel et en alimentant une croissance inclusive.
Ce cadre marque une rupture délibérée avec le passé : la protection sociale n’est plus considérée comme une dépense visant à gérer la vulnérabilité, mais comme un investissement dans le capital humain et la résilience nationale à long terme.
Le Sénégal dispose déjà d’un large éventail d’outils de protection sociale : le Registre national unique (RNU), le Programme national de bourse de sécurité familiale (PNBSF), la couverture sanitaire universelle, les régimes de retraite et d’assurance maladie, les programmes de nutrition et de sécurité alimentaire, les cantines scolaires et l’aide aux personnes en situation de handicap. Deux programmes phares illustrent l’ampleur — et la rapidité — de la croissance du système :
- Le Registre national des usagers (RNU), principal outil de ciblage du Sénégal depuis le décret n° 2021-1052 du 2 août 2021, a presque doublé sa couverture, passant de 541 192 foyers en 2023 à 1 000 632 en 2025. Il alimente désormais 32 programmes différents et dispose de bureaux dans les 14 régions du pays.
- Le Programme national d’allocations familiales a vu son nombre de bénéficiaires multiplié par plus de sept, passant de 49 967 ménages bénéficiaires en 2013 à 354 984 en 2023 — ce qui a favorisé une augmentation de la consommation des ménages, de la diversité alimentaire, de la scolarisation, de la dignité des bénéficiaires et de l’activité économique locale.
Cette croissance est également à l’origine d’un nouveau défi : la coordination d’un système comportant autant de dispositifs, d’acteurs et de sources de financement devient de plus en plus complexe.
Le financement reste le principal frein. Les dépenses de protection sociale sont passées de 2,18 % du PIB en 2018 à 2,35 % en 2022 — après avoir atteint un pic de 2,93 % en 2020 pendant la pandémie de COVID-19. Sa part dans le budget national est passée de 7,65 % à 8,8 % au cours de la même période, atteignant un pic de 9,7 % en 2020 — une évolution qui reflète de réels progrès, mais qui souligne également l’ampleur du travail qui reste à accomplir en matière de financement durable.
Miser sur la jeunesse sénégalaise — et préparer son avenir
La formation est allée au-delà de l’audit des programmes actuels, en introduisant une perspective tournée vers l’avenir, fondée sur l’économie générationnelle et l’approche du cycle de vie — une approche tout à fait adaptée à un pays où 75 % de la population a moins de 35 ans et où l’âge médian n’est que de 19 ans, alors même que les responsables de la planification doivent également se préparer à un éventuel vieillissement de la population.
En s’appuyant sur les méthodologies des Comptes nationaux de transferts (NTA) et des Comptes nationaux de transferts temporels (NTTA), ainsi que sur des recherches spécifiques au Sénégal concernant le dividende démographique, la jeunesse et le vieillissement, les participants ont examiné comment les ressources circulent réellement entre les générations — et ce que cela implique pour une conception plus judicieuse des politiques.
La formation s’est appuyée sur trois sources d’expertise complémentaires : le ministère sénégalais de l’Économie et des Finances a replacé la protection sociale dans le cadre plus large de la planification du développement du pays ; la DGPSN a présenté la stratégie nationale, sa structure et les défis concrets liés à sa mise en œuvre ; et la CREG a apporté plus d’une décennie de recherche sur l’économie générationnelle et les transferts intergénérationnels.
Cette initiative reflète la mission fondamentale de l’IDEP, qui consiste à associer la planification du développement, la recherche appliquée et l’expérience institutionnelle afin de renforcer les institutions africaines. L’objectif est de mettre en place un système de protection sociale plus large, mieux coordonné, plus viable financièrement et plus solidement ancré dans les données et les preuves.
En formant deux promotions au lieu d’une seule, le programme a permis de renforcer les capacités de 60 fonctionnaires nationaux et parties prenantes simultanément, tout en conservant des sessions suffisamment restreintes pour favoriser des discussions approfondies, des échanges entre pairs et des travaux pratiques concrets.
L’IDEP et ses partenaires parient que la protection sociale au Sénégal peut remplir une double mission : réduire la pauvreté et gérer la vulnérabilité aujourd’hui, tout en développant le capital humain, la résilience et la transformation économique dont le pays a besoin pour demain.
À propos de l'IDEP
Créé en 1962, l'Institut africain de développement économique et de planification (IDEP) est l'institution de formation de la Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies (CEA). Basé à Dakar, l'IDEP contribue au renforcement des capacités des États membres africains dans les domaines de la planification du développement, de la gestion des politiques économiques et de la formulation et de la mise en œuvre de politiques publiques adaptées aux priorités du continent.
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