Addis-Abeba, le 6 juillet 2026 (CEA) – Face à la réduction des budgets d’aide traditionnels dans les principaux pays donateurs, les pays africains subissent une pression croissante pour mobiliser davantage de leurs propres ressources afin de financer leur développement.
Les données de l’OCDE montrent que l’Aide publique au développement (APD) mondiale a chuté de 23,1 % en 2025, un record, passant de 215,1 milliards de dollars en 2024 à 174,3 milliards de dollars des États-Unis.
L’aide bilatérale à l’Afrique a également fortement diminué. L’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et la France représentent à eux seuls 95,7 % de cette baisse mondiale – une première, où les cinq principaux donateurs d’aide au monde ont réduit tous leur assistance la même année.
Quelles conséquences pour les 1,6 milliard d’Africains, dont la population devrait atteindre 2,5 milliards d’ici 2050 ? Comment le continent peut-il continuer à financer les écoles, les hôpitaux, les routes, l’électricité, l’eau potable et les emplois nécessaires à une population qui croît à ce rythme ?
L’impact se fait déjà sentir dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’aide humanitaire et de l’adaptation au changement climatique, domaines où de nombreux pays africains dépendent depuis longtemps des financements extérieurs.
Dans certains pays, par exemple, la réduction de l’aide pourrait rendre plus difficile le maintien des services de santé essentiels sans alourdir le fardeau financier des patients.
Pour le Directeur de la Division de la macroéconomie, du financement et de la gouvernance à la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Stephen Karingi, le point de départ est que les pays africains se tournent vers leurs propres ressources et les mobilisent davantage afin de financer leur développement.
« Avant tout, il est de la responsabilité de chaque pays de financer son propre développement ».
M. Karingi affirme que les pays africains disposent déjà de nombreux outils nécessaires pour renforcer la mobilisation des ressources nationales. Le défi consiste à utiliser ces outils plus efficacement.
Si la fiscalité est souvent considérée comme la pierre angulaire de la mobilisation des ressources nationales (MRN), la MRN englobe bien plus que les impôts. Elle comprend les recettes issues des ressources naturelles, des marchés de capitaux nationaux, des fonds de pension et d’épargne, des partenariats public-privé, du financement de la diaspora et des efforts fournis pour lutter contre les flux financiers illicites.
Ces instruments de financement nationaux offrent aux pays de multiples voies pour financer leur développement tout en réduisant leur dépendance aux ressources extérieures.
L’impôt demeure la source de recettes publiques la plus durable, car il est plus prévisible et moins exposé aux chocs externes que l’emprunt, l’aide étrangère ou les rentrées d’argent inattendues liées aux matières premières. Il confère également aux pays un meilleur contrôle sur le financement et l’orientation de leur propre développement.
Cependant, l’élargissement de l’assiette fiscale n’est pas sans difficultés. Environ 80 % de la population active africaine travaille dans l’économie informelle, ce qui complique l’identification des contribuables et le recouvrement efficace des recettes par les gouvernements.
La technologie facilite cette tâche. L’Intelligence artificielle, le « Big Data » et les outils numériques renforcent l’administration fiscale tout en rendant les institutions publiques plus transparentes et responsables.
M. Karingi cite l’Égypte, où la numérisation a amélioré la mobilisation des recettes, et le Rwanda, où des systèmes de passation de marchés transparents ont contribué à réduire les fuites dans les dépenses publiques.
Il estime également que les pays africains pourraient mobiliser des milliards de dollars des États-Unis de ressources nationales supplémentaires en luttant contre les flux financiers illicites.
À cette fin, la CEA aide les pays à identifier et à quantifier ces flux, tout en soutenant les négociateurs africains dans les discussions sur la proposition de Convention des Nations Unies sur la coopération fiscale internationale, notamment sur les questions relatives aux flux financiers illicites et au transfert de bénéfices par les entreprises multinationales.
La Commission fournit également des conseils stratégiques, des recherches fondées sur des données et une assistance technique afin d’aider les États membres à renforcer la gestion des finances publiques, à améliorer l’administration fiscale et à identifier de nouvelles sources de financement national.
M. Karingi souligne que le financement du développement de l’Afrique est une responsabilité partagée. Les citoyens ont le devoir de contribuer par l’impôt, les gouvernements ont le devoir d’utiliser les ressources publiques de manière responsable, et les deux parties doivent être disposées à se rendre des comptes mutuellement.
Dans le cadre du dernier numéro de la série « Sustainable Africa », les citoyens interrogés au Cameroun, en République centrafricaine, au Kenya, au Nigéria, au Rwanda, en Ouganda et au Zimbabwe ont tous déclaré être disposés à payer des impôts, à condition que les gouvernements fassent preuve de transparence quant à l’utilisation des fonds publics.
« Il est de notre responsabilité de payer des impôts si nous voulons du développement dans notre pays. Mais si je continue à payer des impôts et que cet argent n’est pas utilisé, à un moment donné, je ressentirai l’envie de ne plus les payer », a déclaré Danny Zara, Vendeur de gâteaux au Cameroun.
Pour Ouassere Divin, de la République centrafricaine, la mobilisation des ressources nationales est aussi une question d’appropriation nationale.
« Payer des impôts garantit une plus grande autonomie. C’est ainsi que nous sommes mieux à même de définir nos propres priorités. Les partenaires étrangers ne devraient apporter qu’un soutien. Après tout, même ce qu’ils nous donnent doit être remboursé d’une manière ou d’une autre ».
La capacité de l'Afrique à financer davantage son propre développement ne dépendra pas d'une solution unique, mais de plusieurs facteurs. La capacité de l’Afrique à financer davantage son développement ne dépendra pas d’une solution unique, mais de l’efficacité avec laquelle les pays mobiliseront leurs ressources nationales, renforceront leurs institutions publiques et gagneront la confiance de leurs citoyens. Les outils existent déjà. Le défi consiste à les mettre en œuvre.
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